Charles Hamelin

« L’épreuve la plus dure de ma vie »

Charles Hamelin a vécu une rupture amoureuse il y a un an. Comme pour n’importe qui, l’épisode a été douloureux. Mais le patineur de vitesse a dû l’affronter en pleins Jeux olympiques. Seul avec son mal à l’âme.

Charles Hamelin a le sommeil facile. En temps normal, il s’endort sitôt la tête sur l’oreiller. Pas aux Jeux olympiques de PyeongChang.

Perturbé par sa relation vacillante avec Marianne St-Gelais, le patineur de vitesse peinait à fermer l’œil dans sa chambre au Village des athlètes, en février dernier. Après quelques jours d’insomnie, il a demandé des somnifères à la médecin de l’équipe canadienne.

La Dre Suzanne Leclerc lui a d’abord proposé d’en discuter. Il l’a apostrophée : « Tu ne comprends pas, je veux des pilules,  ! Tu m’en donnes maintenant et pour tout le reste des Jeux. »

En racontant l’événement un an plus tard, Hamelin paraît lui-même étonné de sa saute d’humeur envers un membre de l’équipe de soutien. « Elle a comme été surprise parce que je n’ai jamais été comme ça, souligne-t-il. Elle a parlé avec [le préparateur mental] Fabien [Abejean], elle a compris, et je suis ensuite allé m’excuser. »

Aidé d’un ou deux cachets chaque nuit, il a retrouvé le sommeil. Mais pas la paix d’esprit. Au moment de disputer ses quatrièmes Jeux olympiques, l’anxiété le rongeait de l’intérieur.

Depuis quelques mois, son avenir avec St-Gelais, avec qui il devait se marier l’été suivant, se détricotait. « J’étais dans un état d’incompréhension, je pense. Dans la vie, quand les choses sont claires, c’est beaucoup plus facile de passer à travers. »

Le triple champion olympique n’avait hâte qu’à une chose : arriver en Corée du Sud pour s’aérer l’esprit avec ses « boys ». La situation s’est plutôt détériorée.

« Il faut croire que les Jeux n’ont pas été assez forts pour me changer les idées. Sur la glace, ça allait 8,5, 9 sur 10. Hors de la glace, c’était un gros 0. Je n’étais pas là. »

— Charles Hamelin

Fabien Abejean, à qui il se confiait presque quotidiennement, a été sa bouée de sauvetage, celui avec qui il faisait « sortir tout le méchant ».

Sinon, son épreuve personnelle, il l’a gardée pour lui. Personne de son entourage ne l’a su, pas même son grand frère François, avec qui il était coéquipier pour la troisième fois aux Jeux à PyeongChang.

Par hasard, ce dernier avait été témoin de l’échange sec avec la Dre Leclerc. En retournant au Village des athlètes, il a demandé à son frère s’il avait quelque chose à lui confier. Charles lui a dit de ne pas s’en faire, qu’il lui parlerait en temps et lieu. Il ne voulait surtout pas perturber son aîné, dont il connaissait la propension à faire de l’insomnie.

« Je pense que ça l’aurait dérangé plus que moi ! s’exclame Charles. C’est sûr que si je lui lance cette bombe-là, je le tue, il ne dort plus des Jeux. »

En cette quinzaine cruciale, Hamelin refusait également de déranger ses trois autres coéquipiers. Son partenaire de chambre et ami Samuel Girard n’en a donc rien su… remarquant simplement que Charles et Marianne ne se voyaient pas souvent.

« Je ne voulais pas être le gars qui fait pitié, qui fait changer l’ambiance des Jeux, explique Hamelin. Quand tu vas aux Jeux, tes premiers Jeux, tu veux que ce soit une expérience inoubliable. Tu ne veux pas revenir de là et faire : “Pis, tes Jeux ?” “Ah, c’était vraiment cool, mais man, mon coéquipier nous a fait chier tout le long avec son problème…” »

Son père Yves, qui partageait une maison avec la famille St-Gelais en bordure du Parc olympique, a lui aussi été tenu dans l’ignorance. À l’aréna, l’ancien chef du programme de courte piste canadien a bien noté le léger manque d’impulsion de son fils sur la glace, sans comprendre réellement ce qui se passait.

Les jambes étaient là, la tête ne suivait pas. Hamelin a été disqualifié ou pénalisé à chacune de ses trois distances individuelles. Les arbitres ont été sévères avec lui, analyse-t-il. Mais la tempête personnelle qu’il traversait a pesé lourd. 

« [La rupture] est clairement la seule et unique raison pour laquelle je n’ai pas gagné de médaille individuelle. »

— Charles Hamelin

Il a quand même gardé le cap. Girard a gagné l’or au 1000 m. Au relais, le quatuor canadien a remporté le bronze après avoir mené la majeure partie de la course. Pour Hamelin, cette médaille avait le goût de l’or.

« J’étais dans un état d’esprit de merde, mais j’ai quand même réussi à passer à travers les Jeux avec un sourire fendu jusqu’aux oreilles. »

« Ce sont les boys qui m’ont sauvé. Frank, Sam, Charlot [Cournoyer], Pascal [Dion]… »

— Charles Hamelin

Dans l’avion du retour, il a exposé la situation à François, qui en a eu les larmes aux yeux. « J’aurais aimé être là pour lui, exprime-t-il. Mais ça m’aurait affecté et ça aurait probablement affecté l’équipe. Charles en a vraiment pris une pour l’équipe en compromettant ses performances personnelles. Encore aujourd’hui, j’ai de la misère à comprendre comment il a réussi ça. »

À Montréal, Hamelin a annoncé sa séparation au reste de ses coéquipiers avant la publication d’un communiqué. À la veille des Mondiaux disputés dans la métropole, il a révélé, à la surprise générale, son intention de poursuivre sa carrière. Quelques jours plus tard, il est devenu champion mondial pour la première fois.

« Quand je suis revenu des Jeux, on dirait que j’étais déjà prêt à passer à autre chose, prêt à tourner la page. »

— Charles Hamelin

« Ça a paru dans mon laisser-aller, dans mon image entre les Jeux et le Mondial. Je regarde mes entrevues aux Jeux et celles pour le Mondial. Oui, je suis Charles Hamelin, mais mon ton de voix n’est pas pareil. C’est moi, mais ce n’est pas moi. »

Encore émotif en le racontant un an plus tard, Hamelin a mis le difficile épisode de PyeongChang derrière lui. Le patineur de 34 ans est heureux et de nouveau amoureux. Il regrette néanmoins qu’une rupture de couple ait assombri ce qui devait être l’apogée de sa carrière sportive.

« Ç’aurait été une épreuve comme une autre, mais dans les circonstances, c’était probablement le pire moment dans la vie d’un athlète olympique. Oui, je pense que ç’a été l’épreuve la plus dure de ma vie. »

Pékin en tête

Toujours en apprentissage avec son nouvel entraîneur Éric Bédard, Hamelin se donne jusqu’à la saison prochaine pour prendre son véritable élan. Le patineur veut s’engager une année à la fois, mais il ne cache pas dorénavant son intention de se rendre jusqu’aux sélections pour les Jeux olympiques de 2022 à Pékin. « J’ai retrouvé ces feelings que je n’avais jamais eus depuis vraiment longtemps, mieux qu’avant le Mondial [en mars dernier]. Je ne me commets pas pour trois ans encore, mais j’aimerais vraiment me rendre et faire les sélections, je ne le cache à personne. »

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