Plus d’argent pour contrer la tricherie

Le Comité international olympique promet d’injecter 10 millions US supplémentaires dans la lutte antidopage

KATOWICE, Pologne — Le nouveau grand patron de l’Agence mondiale antidopage a exigé plus d’argent. Le Comité international olympique (CIO) lui a dit « oui ».

Le président du CIO, Thomas Bach, a promis 10 millions US pour lutter contre le dopage dans le sport, dont la moitié serait consacrée au stockage d’échantillons des contrôles effectués avant les Jeux olympiques pendant 10 ans et l’autre moitié aux enquêtes et à la recherche.

Il s’agit d’une bonne entrée en matière pour Witold Banka, nouveau président de l’AMA, qui, après avoir pris la parole à la suite de la présentation de Bach pendant une conférence mondiale antidopage mardi, a promis qu’il ne tolérerait ni la tricherie ni les manipulations.

« Le nouvel avenir de l’antidopage commence aujourd’hui », a affirmé Banka.

Il a ensuite invité les dirigeants sportifs, les gouvernements et les entreprises privées à contribuer à une cause qu’il a présentée comme étant massivement sous-financée.

« Il est ridicule qu’une organisation dotée du statut d’organisme de réglementation mondial dispose d’un budget inférieur à 40 millions. Un club de football moyen a un budget plus important. »

— Witold Banka, nouveau président de l’Agence mondiale antidopage

« Nous devons convaincre nos plus gros partenaires que, si vous parrainez un sport, vous devez également soutenir un sport propre. »

La moitié du budget d’environ 40 millions par an de l’AMA provient du mouvement olympique et l’injection par le CIO d’une nouvelle contribution de 10 millions est considérable.

Des centaines d’échantillons des Jeux olympiques de Pékin et de Londres ont déjà été réanalysés, ce qui a permis de révéler au moins 123 contrôles positifs. Bach a déclaré qu’il en coûterait environ 5 millions pour construire un centre de stockage similaire pour les échantillons déjà testés.

« Cela ajouterait beaucoup au facteur de dissuasion, en particulier combiné aux nouvelles méthodes de contrôle développées ces dernières années », a ajouté Bach.

Banka sera officiellement élu pour remplacer Craig Reedie plus tard cette semaine lors de la réunion du conseil d’administration de l’AMA. Il sera sous haute surveillance, alors que l’AMA doit composer avec une affaire interminable de tricherie en Russie.

La Russie répond actuellement à des questions sur la manipulation des données de son laboratoire de Moscou utilisées pour sanctionner des dizaines de cas de dopage. Une décision sur le sort de l’agence antidopage du pays est attendue le mois prochain.

« Nous ne pouvons pas garder nos athlètes dans cette situation pendant une aussi longue période, a déclaré Yuri Ganus, responsable de l’agence antidopage russe. Nous vivons cette crise depuis cinq ans, et elle est malheureusement devenue encore pire et plus profonde maintenant. »

Resserrer l’étau sur l’entourage des sportifs

Par ailleurs, Bach a souligné « l’urgence » de resserrer l’étau de l’antidopage sur l’entourage des sportifs, tout en renvoyant la balle aux autorités publiques.

Dopage en Russie, opération Aderlass ou Nike Oregon Project, Bach a cité « tous ces cas, aussi différents soient-ils », qui « soulignent l’urgence de se concentrer davantage sur l’encadrement des athlètes ».

« L’athlète n’est pas le seul coupable », a-t-il poursuivi, énumérant les entraîneurs, agents, officiels et médecins qui les encadrent, et contre lesquels les organisations sportives ont peu de moyens d’action, selon lui.

« Quand, par exemple, le CIO identifie un médecin impliqué dans un cas de dopage, la seule chose que nous pouvons faire est de le renvoyer des Jeux olympiques […] Mais ensuite, le médecin rentre chez lui dans la plupart des cas et peut poursuivre ses activités néfastes sans aucune conséquence », a ajouté Bach, jugeant ce décalage « inacceptable ».

« C’est pourquoi nous encourageons les gouvernements » à légiférer pour « punir sévèrement » les encadrants, a demandé Bach.

Un médecin impliqué devrait également se voir « retirer sa licence médicale, à tout le moins », a-t-il encore déclaré, alors que l’ancien médecin de l’équipe britannique de cyclisme et de l’ex-Team Sky (devenue Ineos), Richard Freeman, comparaît actuellement devant un tribunal de l’ordre des médecins dans son pays, notamment pour des achats de testostérone, un produit interdit par l’AMA.

Le mouvement olympique et les États, les deux piliers et financeurs de l’AMA, se renvoient régulièrement la responsabilité des failles de la lutte antidopage ou de son budget insuffisant.

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