Science

Découverte québécoise majeure en paléontologie

De 40 000 à 50 000 ans. Le paléontologue Maxime Aubert a réussi à situer dans le temps les plus vieilles peintures figuratives connues sur la planète, découvertes il y a 25 ans. Et dans un article publié dans la revue Nature, il montre aussi que l’art rupestre a évolué de manière similaire aux extrémités de l’Eurasie. 

Une caverne à Bornéo

L’art rupestre que décrit aujourd’hui Maxime Aubert dans la revue Nature a été découvert dans les années quatre-vingt-dix dans des cavernes de l’est de Bornéo, en Indonésie. « C’est une région difficile d’accès qui n’est explorée par les paléontologues que depuis une trentaine d’années », explique M. Aubert, qui enseigne à l’Université Griffiths, en Australie, et a été joint à Jakarta, où il s’est rendu pour poursuivre ses fouilles. Des fossiles humains, des dessins et des peintures datant de 20 000 ans avaient déjà été mis au jour, mais cette nouvelle découverte repousse l’art rupestre en Océanie à au moins 40 000 ans avant le présent, peut-être même 52 000 ans. Il s’agit de dessins d’animaux ainsi que d’empreintes de mains.

Évolution simultanée

En 2014, l’équipe de M. Aubert avait retrouvé dans l’île des Célèbes (Sulawesi) des mains imprimées voilà 39 000 ans, ainsi que des dessins d’animaux datant de 35 000 ans. À Bornéo, ils ont aussi mis au jour des dessins de mains superposées avec des signes distinctifs et des liens les reliant, comme s’il s’agissait d’un arbre généalogique. D’autres dessins plus récents, datant au plus tard de 8000 ans avant Jésus-Christ, semblent aussi témoigner de l’évolution de l’art préhistorique de la région. Cette évolution est similaire à celle de l’art rupestre européen, ce qui signifie qu’une même évolution artistique serait survenue aux deux extrêmes de l’Eurasie. « Il est extraordinaire de penser que l’art rupestre a évolué de manière similaire aux deux extrémités de l’Eurasie », dit M. Aubert.

Paléontologie et géochimie

Maxime Aubert a étudié en paléontologie à l’Université Laval, puis a fait un stage en Australie. Sa maîtrise à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) à Montréal a bifurqué vers la géochimie et lui a valu une prestigieuse bourse du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG) pour son doctorat, toujours à l’INRS. « Je n’ai fait que les cours à Montréal, dit M. Aubert. En Australie, un appareil pour faire la datation de stalagmites très petites recouvrant les peintures et les dessins préhistoriques venait d’être mis au point. Quand j’ai fini mon doctorat au début du millénaire, on m’a offert un poste en Australie. »

Le Sundaland

L’homme moderne est arrivé il y a de 50 000 à 70 000 ans dans les îles de l’Océanie et en Australie, profitant de ponts terrestres qui s’étaient formés à cause de la glaciation qui avait entraîné un abaissement de 130 mètres du niveau des mers. Cette baisse des eaux a créé un continent appelé Sundaland, qui regroupait Bornéo et la pointe de l’Asie du Sud-Est, ainsi qu’un autre appelé Sahul, englobant l’Australie et la Nouvelle-Guinée. Une mer parsemée d’îles, la Wallacea, séparait le Sundaland du Sahul.

Néandertalien et Dénisovien

En Europe, des cavernes où ont habité des hommes de Néandertal, plus anciens que l’Homo sapiens moderne, semblent aussi comporter de l’art rupestre primitif, mais la datation est incertaine, selon M. Aubert, et il se pourrait que des Homo sapiens y aient séjourné. Un homme primitif, le Dénisovien, a aussi occupé l’Asie avant Homo sapiens.

En CHIFFRES

300 000 ans avant le présent : plus vieux fossile connu d’Homo sapiens, au Maroc

200 000 ans avant le présent : plus vieux fossile connu d’Homo sapiens hors d’Afrique, retrouvé en Israël

100 000 ans avant le présent : arrivée de l’homme moderne en Chine

De 60 000 à 70 000 ans avant le présent : arrivée de l’homme moderne en Australie

De 40 000 à 52 000 ans avant le présent : arrivée de l’homme moderne à Bornéo

40 000 ans avant le présent : arrivée de l’homme moderne en Europe

Source : Nature

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