Train de vie

Retourner aux études à 31 ans

Les chiffres

Alexandre, 31 ans

Revenus : 63 500 $ 

Revenus de Marilyne : 69 920 $

REER : 86 000 $

CELI : 79 800 $

Fonds de pension de l’emploi actuel : 30 000 $

Hypothèque : 219 000 $

Coût de la formation : 1100 $

Dette d’études de Marilyne : 100 $ par mois

Paiement de voiture de Marilyne : 370 $ par mois

La Situation

Alexandre* a une fillette de 4 ans avec sa conjointe Marilyne*. Le jeune père voudrait bien passer Noël avec elles et, surtout, voir briller les yeux de son enfant au cours de la sainte nuit. Car dans 10 ans, il sera trop tard. La fillette se sera transformée en ado et la magie des fêtes aura disparu. Or son emploi actuel ne le lui permet pas.

« Je travaille dans le domaine ferroviaire, raconte-t-il lors d’un entretien téléphonique. J’appelle ça la prison ! Je travaille toujours les fins de semaine et les jours fériés. Et ça fait 10 ans que je fais ça. »

À 31 ans, Alexandre a décidé de changer de carrière. Pour l’aider à planifier sa nouvelle vie professionnelle, il a consulté un orienteur.

« On a passé trois heures ensemble, explique-t-il. On a exploré des métiers et c’est la gestion immobilière qui m’a interpellé. »

La formation se donne à temps plein au Collège Montmorency à Laval et dure neuf mois. Alexandre ne pourra donc pas travailler pendant ses études. Les cours coûtent 1100 $.

Les questions

Le futur étudiant veut savoir quelle est la meilleure stratégie pour payer ses études, son hypothèque et les dépenses de la famille durant cette période de transition. « Est-ce que je devrais prendre le REEP, le Régime d’encouragement à l’éducation permanente ? », demande-t-il.

Alexandre nous a fourni des informations détaillées des dépenses et des revenus de la famille. En plus d’avoir un budget équilibré, le couple réussit à économiser 150 $ par mois pour les vacances et prévoit une cotisation de 100 $ par mois dans le REER de Marilyne. Les dépenses mensuelles totales s’élèvent à 4036 $.

Chantal Matos, directrice gestion privée chez Optimum gestion de placements et le vice-président, Sylvain B. Tremblay, ont analysé les finances personnelles de la famille. Selon leurs calculs, le revenu brut de 69 920 $ de Marilyne suffira pour équilibrer le budget jusqu’en 2021.

« Nous avons estimé ses revenus après impôt à 52 000 $, soutient Chantal Matos. Et nous n’avons pas tenu compte de la déduction pour la garderie ni de la déduction de REER. Le revenu net par mois donne 4335 $. Ils ont un surplus mensuel de 299 $. »

« Ils n’ont pas de prouesses mathématiques à faire pour financer cette année d’études, poursuit Sylvain B. Tremblay. Ils ont suffisamment de revenus avec un seul salaire. Et la conjointe ne prend pas de retard dans ses cotisations REER malgré le fait que son conjoint retourne aux études pendant près d’un an. C’est assez impressionnant ! »

En plus d’avoir un fonds de pension de son ancien employeur d’une valeur de 30 000 $, Alexandre a utilisé tous ses droits de cotisations REER et même atteint le maximum des cotisations permises pour son CELI. Ce compte d’épargne lui a procuré jusqu’à présent 16 300 $ d’intérêts à l’abri de l’impôt. Le jeune homme de 31 ans a bien géré ses finances, mais aussi reçu un héritage relié à trois tristes évènements : la mort de ses deux parents et de son grand-père.

L’option du REEP

Le REEP, le Régime d’encouragement à l’éducation permanente, permet de retirer des sommes de son REER pour financer ses études ou celle de son conjoint sans payer d’impôts. Le remboursement s’échelonne sur une période de 10 ans. Il est possible de retirer jusqu’à 10 000 $ par année pour un maximum de 20 000 $.

Bien que le REEP soit un programme intéressant, est-ce une bonne option pour Alexandre ? Nos deux experts sont catégoriques. Ce régime n’est pas nécessaire avec une telle situation financière.

« Je ne m’embarquerais pas là-dedans, affirme M. Tremblay. Il faut faire des remboursements sur une période de 10 ans et dans ce cas-ci, la famille a suffisamment de revenus pour combler les dépenses pendant un an. »

En sortant quelques milliers de dollars de son REER, Alexandre n’aura plus de rendements à l’abri de l’impôt sur ce montant. Le duo de planificateur a fait une estimation des pertes qu’il pourrait avoir s’il retire le maximum permis, soit 20 000 $, et qu’il rembourse le dixième de la somme, soit 2000 $ par année pendant 10 ans. Selon les calculs des planificateurs, avec des rendements de 3 %, l’étudiant pourrait perdre 2378 $.

« Je ne vois pas pourquoi il l’utiliserait, il n’en a pas besoin. C’est pourquoi je ne lui recommande pas », soutient Sylvain B. Tremblay.

LA SOLUTION

Les planificateurs estiment qu’Alexandre pourrait payer ses droits de scolarité de 1100 $ à même le budget familial actuel, puisqu’il y a un surplus de 299 $ par mois. Sinon, il peut aisément puiser dans son CELI.

« Je crois que ce serait la meilleure chose à faire », insistent les planificateurs.

Marilyne, de son côté, pourrait utiliser le crédit d’impôt fédéral non remboursable auquel Alexandre aura droit pour ses droits de scolarité d’étudiant à temps plein. N’ayant peu ou pas de revenus, Alexandre ne pourra pas l’utiliser en 2020. Le montant n’est toutefois pas énorme. Le 15 % des frais qui est offert équivaut à 165 $.

Au provincial, le montant n’est transférable qu’aux parents et non au conjoint de fait ou aux époux. Cependant, tout comme le crédit du fédéral, il peut être reporté l’année suivante lorsque l’étudiant devient un travailleur avec des revenus. Ce crédit provincial est moins généreux. Ici, Alexandre obtiendra 88 $, soit 8 % de ses droits de scolarité.

L’OPTION SUPPLÉMENTAIRE

La formation en gestion immobilière se terminera à la fin août 2020. Si Alexandre ne retourne au travail qu’en janvier 2021 et ne déclare pas de revenus en 2020, Marilyne pourra bénéficier du crédit d’impôt de conjoint à charge d’un montant de 1810 $ lors de sa déclaration de revenu de cette même année.

S’il décide de recommencer à travailler après l’obtention de son diplôme, mais que ses revenus des mois de septembre à décembre ne totalisent pas plus de 11 000 $, Marilyne pourra aussi utiliser ce crédit d’impôt.

Parions qu’Alexandre sera tellement heureux de sa formation qu’il voudra démarrer sa nouvelle carrière sur les chapeaux de roue et multiplier les contrats lucratifs. Ce crédit sera alors très loin dans le rétroviseur.

*Bien que le cas mis en lumière dans cette rubrique soit réel, les prénoms utilisés sont fictifs.

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