Meurtre d’Olof Palme

Sur la piste de Stieg Larsson

L’auteur de Millénium avait enquêté sur le meurtre d’Olof Palme. Grâce à ses archives, l’ancien diplomate suédois Jan Stocklassa affirme avoir enfin résolu l’énigme.

Pour la société suédoise, ce fut un choc aussi traumatisant que l’assassinat de Kennedy à Dallas. 

Le 28 février 1986 au soir, alors que le premier ministre Olof Palme rentre du cinéma avec son épouse Lisbeth, un inconnu s’approche du couple, sort un 357 Magnum et fait feu par deux fois. Atteint dans le dos, le premier ministre s’écroule. Par miracle, sa compagne n’est que légèrement blessée. Le tireur prend alors la fuite à pied, en plein cœur de Stockholm. Malgré de nombreux témoins et l’arrivée rapide de la police, on perd la trace de l’inconnu… qui court toujours en 2019.

Il en fallait du culot à l’ex-diplomate et homme d’affaires Jan Stocklassa pour publier un livre-enquête qui entend élucider ce ténébreux mystère. D’autant que, depuis trente-trois ans, plus de 10 000 personnes ont été interrogées et de nombreux coupables désignés : un junkie, les Kurdes du PKK, l’extrême droite suédoise, le KGB, la CIA, un fou solitaire…

Un véritable trésor

Mais c’était compter sans l’aide du hasard qui s’est malicieusement invité dans la ­partie. Alors qu’il s’était lancé dans un ouvrage sur les scènes de crime célèbres, Jan Stocklassa est tombé sur un document relatif au dossier Palme signé de la main même de Stieg Larsson. Intrigué, il contacte alors Expo (le magazine de lutte contre les mouvements néonazis, dont Larsson était le pilier), qui lui ouvre les archives du reporter. Des documents depuis longtemps oubliés, remisés dans un hangar isolé. 

Stocklassa découvre alors, stupéfait, un véritable trésor. 

« Je pensais avoir accès, au mieux, à quelques dizaines de pages manuscrites. En fait, il s’agissait d’une vingtaine de casiers remplis à ras bord ! » 

Il faut dire que, dans le plus grand secret, le plus acharné des journalistes avait consacré dix ans de sa vie à tenter de résoudre le meurtre d’Olof Palme. 

Eva Gabrielsson, la compagne de Larsson, confie que Stieg y mettait d’autant plus d’énergie qu’il pensait que l’affaire pouvait être résolue. « Mais il ne faisait pas confiance à la police pour ça, se souvient-elle, à cause des questions stupides qu’ils étaient venus lui poser à la maison. Stieg pensait que Palme avait été tué pour des motifs internationaux, que l’Afrique du Sud pouvait être impliquée, notamment parce que Palme dénonçait l’apartheid et les trafics d’armes… »

La piste sud-africaine

Persuadé que l’auteur de Millénium était sur la bonne piste, Jan Stocklassa finit par retrouver les chaînons manquants d’une vaste conspiration. Et par approcher, grâce à une belle Praguoise aux méthodes aussi intrépides que celles de Lisbeth Salander, le tireur probable, un illuminé d’extrême droite qui semble prêt à cracher le morceau pour ses beaux yeux. 

Mais ce dernier n’aurait été qu’un « idiot utile », manipulé par des maîtres espions sud-africains, Bertil Wedin et Craig Williamson, spécialistes de l’élimination des opposants à l’apartheid dans un monde alors en pleine guerre froide. Des hommes toujours bien portants, mais difficiles à approcher sans risque. 

« Lorsque j’ai enfin rencontré Bertil Wedin dans la partie turque de Chypre, je savais que je me trouvais pratiquement dans une zone de non-droit, un environnement très dangereux. D’autant que lui comme Williamson sont des prédateurs. Des prédateurs en sommeil, car ils n’ont pas tué depuis longtemps… mais qui peuvent se réveiller à tout moment ! »

Accessible

Inspiré par Larsson, Stocklassa décrit dans son livre vif comme un polar ses rencontres secrètes, ses filatures et ses méthodes d’approche dignes de Mikael Blomkvist – Stieg Larsson : micros espions, caméras cachées et infiltrations discrètes dans les arcanes du Net. 

« Je voulais écrire une bonne histoire, accessible à tous, reprend Stocklassa. On apprend énormément de choses dans mon livre. Il y a un début, une fin, on comprend les tenants et les aboutissants du meurtre. C’est l’essentiel. Mais je regrette d’avoir dû me passer d’un tas d’épisodes passionnants… » 

Quoi qu’il en soit, Stocklassa reste convaincu que, si Stieg Larsson avait vécu, il aurait abouti aux mêmes conclusions que lui. Et, que, faute de les publier dans un article, il les aurait au moins intégrées dans un autre épisode de la saga Millénium. « Il avait déjà disséminé des indices dans le tome 3, remarque-t-il, avant de conclure : aujourd’hui, je suis convaincu de détenir la vérité. D’ailleurs, la police, après avoir commis tant d’erreurs, se sert désormais de mon livre comme d’un manuel d’investigation ! » 

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