Société

UN EMPLOI EXIGEANT PHYSIQUEMENT N’ASSURE PAS LA SANTÉ… LOIN DE LÀ

Il vaut mieux marcher dans ses temps libres qu’au travail, selon une nouvelle étude australo-danoise. Les gens qui exercent un travail où ils sont actifs physiquement sont paradoxalement moins en forme que ceux qui ne font rien du tout. L’inflammation liée au travail répétitif serait plus dommageable que l’inactivité.

LE PARADOXE DU TRAVAIL

« Travailler, c’est trop dur », chantait Zachary Richard. Il ne croyait pas si bien dire. « Plusieurs études ont montré que les gens qui exercent des métiers durs physiquement, où ils sont très actifs, courent un risque cardiovasculaire plus élevé, explique Dorothea Dumuid, épidémiologiste à l’Université d’Australie du Sud et auteure principale de l’étude publiée en novembre dans l’International Journal of Obesity. Certaines données montrent qu’ils compensent en consommant plus d’alcool, en regardant plus la télévision et en mangeant de la nourriture plus grasse et plus abondante. Nous avons voulu voir ce qu’il en était vraiment. À notre grande surprise, les personnes actives au travail, mais peu à la maison, couraient un risque plus élevé que ceux qui sont inactifs tant au travail que dans leurs temps libres. »

LIONS ET KOALAS

La chercheuse australienne a utilisé des données danoises – les pays scandinaves recueillent une multitude de données populationnelles grâce à des règles moins strictes par rapport au consentement à participer à des études épidémiologiques. « Notre coauteur a eu l’idée des noms des quatre groupes de notre échantillon en soupant un soir avec sa famille, dit Mme Dumuid. Les enfants ont spontanément donné des noms d’animaux à ces quatre types d’activité. » L’étude a divisé les personnes en fourmis (qui bougent tout le temps), en koalas (qui ne bougent jamais), en chimpanzés (qui bougent dans leurs temps libres, mais pas au travail) et en lions (qui bougent au travail, mais restent assis le reste du temps).

INFLAMMATION

Quel mécanisme pourrait expliquer que l’exercice physique au travail ne diminue pas le risque d’obésité ? « Peut-être que le stress du travail joue un rôle, dit Mme Dumuid. Dans nos temps libres, l’exercice se fait parfois dans la nature, avec des amis. Il y a aussi les effets néfastes des efforts trop prolongés dans des positions particulières et des charges lourdes. On sait qu’un stress physique prolongé active l’inflammation. D’ailleurs, les fourmis qui faisaient de l’exercice physique tout le temps n’avaient pas de risque moins élevé d’obésité que les chimpanzés, qui s’activaient seulement dans leurs temps libres. » Alors, est-ce qu’un exercice physique stressant, par exemple dans un contexte de compétition ou de pression sociale, pourrait générer de l’inflammation ? « C’est très possible, tous les exercices physiques ne sont pas égaux. Si on se met trop de pression, ça peut annuler l’effet bénéfique. »

COLS BLANCS ET COLS BLEUS

La prochaine étape est de reproduire les résultats sur un autre échantillon. « L’échantillon danois comportait surtout des cols bleus, dit Mme Dumuid. Est-ce qu’on voit la même chose chez les cols blancs ? Il se pourrait qu’il soit difficile de trouver des cols blancs très actifs dans leur travail. Nous voulons aussi suivre d’autres mesures, le risque cardiovasculaire, la dépression et la douleur. »

LES RÉGIMES ENCORE PLUS EN VOGUE

La proportion d’Américains qui tentent de perdre du poids a augmenté de 34 % à 42 % entre 2000 et 2015, selon une étude publiée en novembre dans la revue JAMA Network Open. Les nutritionnistes de l’Université Tulane rapportent que la restriction de nourriture et l’exercice physique étaient les techniques favorites, suivies par la consommation accrue d’eau, la restriction calorique, la diminution de la quantité de gras et de glucides, le fait de sauter des repas et enfin l’achat de produits allégés (par exemple, le Coke diète ou le yogourt 0 %). Les autres approches, comme la prise de médicaments, de laxatifs ou de suppléments diététiques, avaient moins de 5 % d’adhérents.

CHIFFRES

91,7 cm : tour de taille chez les cols bleus danois qui sont peu actifs au travail et modérément actifs dans leurs temps libres

93,3 cm : tour de taille chez les cols bleus danois qui sont actifs au travail et dans leurs temps libres

94,8 cm : tour de taille chez les cols bleus danois qui sont peu actifs, que ce soit au travail ou dans leurs temps libres

96 cm : tour de taille chez les cols bleus danois qui sont actifs au travail et peu actifs dans leurs temps libres

Source : International Journal of Obesity

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