Les Bleus en finale

Il ne manque désormais plus qu’une victoire à la France pour s’élever une nouvelle fois sur le toit de la planète soccer.

Chronique

Vers une deuxième étoile ?

Ils ont perdu une grande finale. Ils ne voudront pas en perdre une autre. Il y a deux ans, les Français disputaient la finale de l’Euro chez eux, à Paris, contre une équipe portugaise très dépendante d’un seul joueur, Cristiano Ronaldo. Les Bleus étaient largement favoris, surtout après avoir éliminé les champions du monde au tour précédent.

Que les Français soient sacrés champions en France, comme la génération de Michel Platini à l’Euro 1984 et celle de Zinédine Zidane au Mondial de 1998, semblait aller de soi. C’était, disaient certains, leur destin. Et pourtant, la victoire leur a échappé, même sans Ronaldo sur le terrain, sorti très tôt sur blessure.

Cette finale perdue n’est « toujours pas digérée, toujours restée là », a confié le sélectionneur français Didier Deschamps au terme de la victoire de son équipe, 1-0, face aux Diables rouges belges, hier à Saint-Pétersbourg, en demi-finale de la Coupe du monde. Par « là », il voulait bien sûr dire « en travers de la gorge ».

Deschamps et plusieurs joueurs de l’équipe de France disputeront donc une deuxième finale de suite, dimanche à Moscou, contre un adversaire qui sera déterminé aujourd’hui. Peu importe que ce soit la Croatie ou l’Angleterre, les Français seront de nouveau favoris. Mais contrairement à 2016, il serait étonnant qu’ils succombent à un excès de confiance.

Deschamps a été capitaine de l’équipe championne du monde il y a 20 ans et de la sélection française championne d’Europe deux ans plus tard. Il sait gagner. Et c’est exactement ce qu’il a fait hier contre un adversaire belge redoutable. Les Belges ont eu beau dominer la possession du ballon (à 60 %), les Bleus n’ont pas été inquiétés outre mesure par l’attaque des Diables rouges.

Hugo Lloris, très solide dans les buts encore une fois, a stoppé du bout des doigts une frappe dans la surface de son coéquipier à Tottenham Toby Alderweireld, à la 20e minute. Nombre de centres dangereux ont été distribués par De Bruyne et Hazard. Mais les Belges, gorgés de confiance, n’ont pas profité des occasions qui se présentaient à eux.

Romelu Lukaku, auteur de quatre buts pendant le Mondial, a très peu été mis à contribution. L’attaquant de Manchester United, beaucoup plus effacé, a été moins tranchant que lors des matchs précédents. C’est en quelque sorte un trait de caractère de ce joueur extrêmement talentueux, à l’instar du capitaine belge Eden Hazard. En club, ils peuvent être fabuleux… ou se faire oublier pendant de longues périodes lorsqu’on arrive à les neutraliser. Les Français y sont parvenus hier.

Les Belges n’ont pas su exploiter l’inexpérience et la vulnérabilité des défenseurs latéraux français. Benjamin Pavard, malgré son magnifique but contre l’Argentine (le plus beau du tournoi), et Lucas Hernandez ont montré des signes de nervosité face à l’Uruguay et à l’Argentine. C’était moins le cas hier, même si Pavard a été coupable d’une mauvaise remise au milieu de terrain qui a fait avorter une contre-attaque en début de match et qu’Hernandez a perdu des duels en étant trop ambitieux devant Kevin De Bruyne.

Le milieu des Bleus bétonné par N’Golo Kanté, Paul Pogba et Blaise Matuidi était constamment là pour s’assurer que le bloc défensif demeure étanche, devant une charnière centrale qui a été phénoménale. Raphaël Varane et Samuel Umtiti ont formé un bloc impénétrable face à l’attaque la plus prolifique du tournoi (14 buts belges, pour une moyenne de près de trois buts par match).

Les Bleus sont demeurés patients, jouant le contre en profitant de la vitesse de Kylian Mbappé et de ses courses incisives pour décontenancer une défense belge aguerrie, mais vieillissante. Mbappé est l’un des meilleurs joueurs du tournoi et pourrait être l’une des cibles du Real Madrid, son « club de cœur », après le Mondial et le transfert de Cristiano Ronaldo à la Juve (à moins que le Real ne lui préfère son coéquipier brésilien du PSG, Neymar).

Cette rencontre tendue, on le savait, allait se jouer sur des détails, au millimètre près. Benjamin Pavard a été stoppé du dessus du rebondi du protège-tibia de Thibaut Courtois, irréprochable, à cinq minutes de la pause. Et Samuel Umtiti, impérial, a fini par marquer de la tête sur corner, à la 51e minute, en dominant le spécialiste de jeu aérien qu’est Marouane Fellaini.

Après avoir pris les devants, les Français ont dominé la deuxième mi-temps, malgré les apparences et les statistiques de passes et de possession laissant entendre le contraire. Les Bleus, plus détendus, ont même joué avec style, à l’image de ce splendide jeu de talonnades de Matuidi et Mbappé, dans la surface, qui a malheureusement abouti au pied d’Olivier Giroud…

Parlons, si vous le permettez, d’Oliver Giroud. Certes, hier, c’est son tir dévié par Vincent Kompany qui a provoqué le corner qui a mené au but d’Umtiti. Mais depuis le début de la compétition, il est cruellement inefficace. On le voit gesticuler et rouler des yeux afin de manifester son mécontentement à ses coéquipiers. Ils sont patients, ses coéquipiers. Giroud semble incapable de s’entendre avec eux. Il n’y a pas la moindre anticipation dans ses appels, pas de fluidité dans ses enchaînements.

Hier encore, après une construction de jeu de Mbappé et de Griezmann, il a dévissé une frappe en orbite, au-dessus de la cage de Thibaut Courtois. Objectif Lune. Le numéro 9 français n’a pas cadré le moindre tir depuis le début de cette Coupe du monde. Et il joue en pointe d’attaque !

Thierry Henry, légendaire attaquant des Bleus et entraîneur adjoint des Diables rouges en Russie, a un jour déclaré que jamais Arsenal, son ancien club, ne gagnerait quoi que ce soit avec Olivier Giroud dans son effectif. Titi avait raison. Giroud a été transféré à Chelsea en janvier. Bien des Belges doivent se demander comment un coup franc n’a pas été accordé à son coéquipier chez les Blues, Eden Hazard, lorsque l’attaquant français l’a fauché à la 80e minute, devant l’arbitre, juste à l’extérieur de la surface de réparation…

Les Diables rouges seront déçus d’avoir échoué si près du but, comme à leur seule autre présence en demi-finale, en 1986 au Mexique. Mais cette génération dorée belge se sera malgré tout montrée (enfin) à la hauteur de sa réputation, ce dernier mois en Russie.

Après le sifflet final, Thierry Henry a enlacé son ancien capitaine Didier Deschamps, en lui soufflant quelques mots à l’oreille. « On va en finale ! On va en finale ! », chantaient les adjoints de Deschamps, sautillant en cercle, bras dessus, bras dessous.

Vingt ans après les Bleus « black-blanc-beur » de Deschamps et Henry, douze ans après le coup de boule de Zizou contre l’Italie, la France de Mbappé, au deuxième rang des équipes les plus jeunes du tournoi, veut marquer l’histoire de la Coupe du monde de sa propre légende. Et le maillot français, d’une deuxième étoile.

Frénésie chez les Français de Montréal

Les Bleus ne manquaient pas de supporteurs de notre côté de l’Atlantique, hier. La Presse s’est rendue au bar L’Barouf, château fort des Français dans la métropole.

L’Angleterre prête à rêver… malgré Modric

Moscou — Et si la surprise durait encore un peu ? Personne n’attendait l’Angleterre avant le début de la Coupe du monde, mais la voilà à un match d’une finale, niveau jamais atteint depuis 1966. Reste à écarter la Croatie et son génie Luka Modric, aujourd’hui à Moscou.

Vingt-huit ans que l’Angleterre n’avait plus pointé son nez en demi-finale d’un Mondial. C’était le 4 juillet 1990, à Turin, et la sélection aux Trois Lions s’était inclinée aux tirs au but devant la future championne, l’Allemagne de l’Ouest de Lothar Matthäus.

L’Islande, point bas

L’Angleterre, en ce moment, se repasse les images en noir et blanc de « sa » finale du Mondial de 1966 remportée à Wembley contre l’Allemagne de l’Ouest, avec notamment un triplé de Geoff Hurst.

Depuis ? La demi-finale de 1990, les quarts de 1970, 1986, 2002, 2006 et tant d’épisodes honteux, comme cette élimination au premier tour il y a quatre ans, au Brésil. Sans parler d’une sortie de route infamante dès les huitièmes de finale de l’Euro 2016, contre le Petit Poucet islandais.

« On a appris de nos erreurs, on a corrigé les choses et on a vu comment le pays était derrière nous », a expliqué Eric Dier lundi. Car si on s’est largement moqué des Trois Lions après la campagne européenne ratée, l’opinion publique a vite viré de bord lors de ce Mondial, encouragée par le jeu enthousiasmant de l’équipe.

Jeunes

Après tout, l’Angleterre n’est pas en demi-finale par hasard : elle a perdu contre la Belgique en phase de groupes, mais remporté tous ses autres matchs, contre la Tunisie, le Panamá, la Colombie en huitièmes de finale – petit miracle ! – aux tirs au but et contre la solide Suède en quarts.

« Je pense que l’Angleterre faisait partie des favoris dès le début de la compétition. C’est une équipe jeune, affamée, sans superstars de cinéma international. Ce ne sera pas facile pour nous. »

— Le Croate Andrej Kramaric

Les Trois Lions s’appuient en effet sur des cadres plutôt jeunes, le buteur Harry Kane (24 ans), qui pèse déjà six réalisations, la sentinelle Jordan Henderson (28 ans), qui semble rassuré sur l’état de ses ischiojambiers, le défenseur John Stones (24 ans) et le gardien Jordan Pickford (24 ans), qui vient de mettre à mal le cliché des gardiens anglais mieux connus pour leurs boulettes que pour leurs arrêts.

La réussite anglaise est aussi à mettre au crédit du sélectionneur Gareth Southgate (47 ans), habile à déminer les éventuelles polémiques : il a été qualifié de « gentleman » par le Daily Mirror, moins de deux ans après son arrivée surprise et pas franchement applaudie à l’époque.

Polémiques croates

Suffisant pour arriver en finale contre la France, qui s’est imposée 1-0 hier contre la Belgique à Saint-Pétersbourg ? Il faudra passer sur le corps de Croates consistants, qui ont survécu à deux séances de tirs au but de suite, contre le Danemark et la Russie, et à toutes les polémiques lors de ce Mondial.

Le sélectionneur Zlatko Dalic, méconnu mais loué par ses troupes, a ainsi entrepris la compétition dans le lourd contexte de l’affaire Zdravko Mamic, du nom de l’ancien homme fort du soccer croate condamné à la prison ferme en juin. Il a ensuite renvoyé chez lui l’attaquant de la Fiorentina Nikola Kalinic, coupable d’avoir refusé d’entrer en jeu lors du premier match de la phase de groupes.

Il a enfin dû gérer un début de crise diplomatique quand un ancien international intégré au personnel de la sélection, Ognjen Vukojevic, a publié une vidéo le montrant aux côtés d’un des buteurs du quart de finale, Domagoj Vida, célébrant l’élimination de la Russie au cri de « gloire à l’Ukraine ».

Le premier a été écarté et a écopé d’un avertissement et d’une amende de la FIFA, le second a reçu un avertissement.

Modric, un phénomène

Expérimentée et joueuse, la Croatie est portée par un milieu de terrain phénoménal, le numéro 10 chevelu Luka Modric. Troisième de la Coupe du monde de 1998, elle se verrait bien atteindre la finale pour la première fois de sa jeune histoire.

« On sait comment sont les gens en Croatie, et pour nous, ce sera un souvenir qui ne s’effacera jamais », a confié le défenseur croate Dejan Lovren, hier. 

« On a mérité d’être ici, on continue de croire en nous et on pense qu’on peut faire encore mieux. »

Et arracher une première étoile dimanche à Moscou ? Cela lui en ferait autant que l’Angleterre, dont la sélection existe depuis la deuxième moitié du XIXe siècle…

Croatie c. Angleterre, aujourd’hui à 14 h

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