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Bouchard et Barrette s’affrontent

Si le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, n’a pas respecté son entente avec l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP), c’est qu’il a « cédé au lobby des médicaments génériques », estime Lucien Bouchard. En conférence de presse, hier après-midi, l’ancien premier ministre du Québec, aujourd’hui négociateur en chef pour les pharmaciens propriétaires, a mené une charge à fond de train contre M. Barrette, qu’il accuse de ne pas aimer les pharmaciens. Le ministre Barrette estime quant à lui que « tout n’a pas été dit » dans ce dossier.

Après trois mois de blitz de négociations, les pourparlers ont pris fin abruptement vendredi entre Québec et ses pharmaciens propriétaires. Les représentants de l’AQPP et MLucien Bouchard ont fortement critiqué ce qu’ils estiment être un manque de volonté du ministre pour régler le conflit.

Selon Me Bouchard, le ministre Barrette n’est « pas l’homme du consensus ». « Manifestement, il préfère faire les choses lui-même, à sa façon, par des coups de force. […] Alors que des choses aussi délicates, dans une société de droit, ça se traite avec des partenaires », a affirmé MBouchard.

Le ministre Barrette estime que Me Bouchard est un « fin politicien » et un « grand avocat » qui « connaît le jeu ». « Il comprendra que je ne commenterai pas une cause qui est devant la cour actuellement », a dit le ministre en fin de journée.

UNE VOLTE-FACE QUI DÉRANGE

En juin 2015, les pharmaciens propriétaires ont signé une entente avec Québec dans laquelle ils acceptaient de céder 400 millions sur trois ans au gouvernement. En échange, Québec s’engageait à lever le plafond de leurs allocations professionnelles. Aussi appelées ristournes, ces allocations sont des sommes versées par les sociétés de médicaments génériques aux pharmaciens sous forme de rabais-volume.

En avril 2016, alors que les pharmaciens avaient déjà versé près de 80 millions au gouvernement, le ministre a annoncé que le plafond des allocations professionnelles serait plutôt levé partiellement et progressivement.

« On s’est posé la question : “Comment un ministre sérieux […] a-t-il pu violer sa parole comme il l’a fait ?” » a déclaré MBouchard, qui dit « soupçonner » que le ministre Barrette a « cédé au lobby des médicaments génériques ». « Il préfère se battre contre les pharmaciens que de se battre avec des multinationales », a affirmé Me Bouchard.

« Dans ce dossier, je me bats pour les patients. Je ne me bats pas contre les pharmaciens », a répliqué M. Barrette.

RUPTURE DU LIEN DE CONFIANCE

Le ministre Barrette explique que s’il a « revu sa stratégie » dans ce dossier, c’est qu’il n’avait « pas eu au départ toutes les informations de la part de plusieurs intervenants ». « On signe une entente avec certains paramètres. Mais il peut arriver que l’on prenne une décision qui ne nuit pas aux parties, mais qui change les paramètres de l’entente », dit-il.

Me Bouchard affirme plutôt qu’il est rarissime de voir un ministre revenir ainsi sur une entente signée et que cette situation « jette un discrédit sur la fonction gouvernementale ».

DÉBAT DE CHIFFRES

L’AQPP affirme avoir déposé différentes propositions pour régler le litige, dont l’une impliquait la disparition des allocations professionnelles en échange d’une compensation du gouvernement. Selon les pharmaciens, cette proposition aurait permis au gouvernement de récupérer à son compte les allocations professionnelles et d’ainsi réaliser un gain de 341 millions sur quatre ans.

Le ministre Barrette affirme plutôt que la proposition des pharmaciens « a un coût » d’environ 250 millions par année pour le gouvernement. « Si j’étais M. Bouchard, je serais gêné, car ses clients ont omis de divulguer les coûts de leur proposition. Je suis surpris qu’on n’en parle pas », a noté le ministre, qui proposait de repousser les ponctions du gouvernement pour permettre aux pharmaciens d’éponger leurs pertes.

Pour Me Bouchard, l’offre de Québec « n’était pas une solution ». La proposition des pharmaciens permettait au contraire de « réviser leur mode de rémunération », et MBouchard estime qu’il s’agissait de « l’or en barre » pour le gouvernement.

À moins d’une entente, les deux parties se retrouveront devant un arbitre d’ici 30 jours.

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