Jonathan Ames

« Joaquin Phoenix est comme un animal sauvage »

Glauque, noir, violent, traversé de silences glaçants, le film You Were Never Really Here de Lynne Ramsay (We Need to Talk About Kevin) met en vedette un Joaquin Phoenix en grande forme. En entrevue avec La Presse, Jonathan Ames, auteur du roman éponyme duquel a été tiré le film, exprime son enthousiasme tant en ce qui concerne l’acteur que l’adaptation de son ouvrage.

Une chance que Joaquin Phoenix est sorti de sa retraite !

Qui s’en souvient ? Après Two Lovers en 2008, le comédien affirmait à qui voulait l’entendre qu’il songeait à prendre d’autres avenues que celle du septième art.

Ça n’a pas vraiment duré !

Au moins sept films plus tard, et quelques autres à venir selon IMDb, le talentueux acteur reste très recherché par les réalisateurs. Parlez-en à Lynne Ramsay et à Jonathan Ames, la première ayant réalisé You Were Never Really Here d’après le roman du second, qui a collaboré au scénario.

Au terme du Festival de Cannes de 2017, Phoenix est reparti avec le prix de la meilleure interprétation masculine. Et le film a décroché celui du meilleur scénario. Rien que ça !

You Were Never Really Here raconte l’histoire de Joe (Phoenix), ancien marine et agent du FBI, homme bourru et taciturne, qui paie son loyer en se faisant tueur à gages. Le tout, en essayant de survivre à de récurrentes hallucinations violentes et suicidaires et en s’occupant de sa vieille mère.

Lorsqu’un intermédiaire lui propose un jour de trouver Nina (Ekaterina Samsonov), la fille adolescente d’un politicien ambitieux enlevée par un réseau de prostitution, Joe accepte l’emploi. Et se retrouve dans une spirale de violence. La mort le précède, le côtoie et le suit.

« Joaquin possède une immense intensité, dit Jonathan Ames en entrevue téléphonique. Lorsque la caméra le regarde, on dirait qu’on voit un brasier, un animal sauvage. Il déborde d’énergie. »

Le romancier ajoute n’avoir jamais osé penser à proposer le rôle à un acteur d’une telle envergure pour incarner Joe, personnage central, aussi troublé que troublant.

« Il était le premier choix de Lynne. J’ai dit : “Oui, bien sûr, vas-y.” C’est incroyable qu’il ait accepté. »

— Jonathan Ames

Qualifiant son ouvrage de thriller, Jonathan Ames se réjouit également de la façon dont Lynne Ramsay en a transposé le contenu, mais surtout la lourde atmosphère, au grand écran.

« J’ai encouragé Lynne à s’approprier la matière, dit-il. Sur une période de deux ans, nous avons correspondu régulièrement. Ce que je voulais, c’est que le film soit divertissant, demeure un thriller. En l’écrivant, je voulais que les gens soient tenus en haleine, qu’ils ne puissent s’arrêter. Il m’importait que les cinéphiles vivent le même sentiment. »

New York glauque

L’histoire est campée dans un New York noir, glauque, sale. Un New York, en somme, loin des décors archiconnus de la Grosse Pomme dont les touristes sont friands. Lorsqu’on demande à Jonathan Ames si c’est le New York qu’il connaît, il répond : « C’est un des côtés de la ville que je connais et Lynne a très bien su le saisir. On se croirait dans un film des années 70. L’équipe a filmé un peu partout dans les cinq quartiers de la ville, dans Uptown, à Harlem, etc. »

D’aucuns, chez les journalistes en cinéma, ont évoqué l’environnement de Martin Scorsese. On pense par exemple à Taxi Driver, sorti en 1976. Bien au fait de ces comparaisons, M. Ames estime qu’il y a davantage d’accointances avec l’univers de The French Connection de William Friedkin.

En dépit de la lourdeur de l’histoire et des sombres pensées qui traversent l’esprit de Joe, il y a de l’espoir pour cet individu, nous assure Jonathan Ames. Et pour cause ! Il est en train d’écrire une suite à son roman.

« Il y a de l’espoir pour Joe comme il y en a pour chaque être humain », conclut-il.

You Were Never Really Here prend l’affiche le 20 avril.

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