Chronique

Du coup, Les invisibles, ça le fait !

Je kiffe grave la série Appelez mon agent, disponible sur Netflix et l’Extra de Tou.tv. Vous voyez ? Je vous en parle et, du coup, voilà, j’adopte l’accent parisien pointu.

L’art de se la péter, quoi. Allez, on va boire des coups dans une guinguette avec Arlette, Hervé et toute la bande de chez ASK, sans oublier Jean Gabin, bien sûr !

L’adaptation québécoise de cette série comique et sophistiquée sur les coulisses du showbiz, orchestrée par les producteurs Sophie Lorain et Alexis Durand-Brault, ne déçoit pas. Ça s’appelle Les invisibles et ça prendra l’antenne de TVA le lundi 7 janvier à 21 h. Et comme on dit dans le 8e arrondissement, ça le fait, carrément. Traduction en queb : c’est crissement bon.

Dans Appelez mon agent, les fameux agents d’artistes s’appellent Mathias, Andréa, Arlette et Gabriel. Dans Les invisibles, Mathias devient Jean-Frédéric (Bruno Marcil) et Andréa change pour Alexandra (Karine Gonthier-Hyndman). Arlette et Gabriel demeurent Arlette (Danièle Lorain) et Gabriel (Benoît Mauffette). Par contre, le chien Jean Gabin d’Arlette a été sacrifié. Tout comme les cigarettes, que fument à la chaîne les personnages parisiens.

Le concept des Invisibles se résume assez simplement : quatre agents névrosés se décarcassent pour plaire à leurs clients capricieux. Et dans chacun des épisodes, des vraies vedettes s’amènent et présentent une version exagérée d’elles-mêmes.

Par exemple, le premier épisode des Invisibles se colle au canevas de base de la version française. Une actrice connue – Hélène Florent reprend la partition de Cécile de France – est jugée trop vieille pour un rôle dans un film international. Solution ? Botox et acide hyaluronique pour combler les rides de la marionnette.

Au deuxième épisode, la « productrice » Sophie Lorain exige que le comédien Pierre-Luc Brillant se rase la barbe pour tourner dans sa nouvelle télésérie. Et aucun compromis sur la longueur du poil : c’est peau de fesse ou pas de rôle. Vous allez y découvrir une Sophie Lorain chiante, intransigeante et extrêmement contrôlante. Chapeau pour l’autodérision.

Le troisième, c’est la trame de Line Renaud et Françoise Fabian dans Appelez mon agent, mais avec France Castel et Louise Marleau qui se chicanent pour apparaître dans le remake cinématographique de Symphorien. C’est délicieux.

L’adaptation québécoise évacue le côté « bande dessinée » d’Appelez mon agent, où les assistants jouent vraiment gros pour l’effet comique. Dans Les invisibles, le flamboyant Hervé, qui s’appelle Jérémie (Guillaume Rodrigue), bascule moins dans le stéréotype, tandis que Noémie (Virginie Ranger-Beauregard) ne flirte plus autant avec le burlesque.

C’est réaliste et nettement plus conforme à la réalité d’ici, où les employés ne s’évanouissent pas quand une « star » débarque sans s’annoncer. Par contre, cette vraisemblance ampute la série de plusieurs séquences rigolotes.

Ah oui, l’agence dans Les invisibles s’appelle AMG, pour Agence Michel Gallant, le grand patron incarné par Michel Mongeau.

Le personnage de Camille (Carla Turcotte), dont je ne divulgâcherai pas l’importance, reste presque pareil, sauf qu’au lieu de quitter la Côte d’Azur, elle fuit Saguenay.

Avec un budget infiniment plus petit que celui des Français, les producteurs des Invisibles ont quand même réussi à garder intact l’esprit d’Appelez mon agent. Cette tâche n’a pas dû être facile. Car Appelez mon agent, c’est aussi le glamour, le champagne à volonté, l’élégance parisienne, les magnifiques appartements haussmanniens et les marches du Festival de Cannes.

Autre changement notable : la télévision occupe une place super importante dans les enjeux des Invisibles, alors qu’Appelez mon agent n’en pince que pour le cinéma français et ses icônes.

D’ailleurs, l’auteure Catherine Léger saupoudre une tonne de références très actuelles dans ses répliques. Ainsi, la cassante Alexandra ordonnera à sa pauvre assistante : « Je veux que tu me changes mon lunch de place avec France Beaudoin. Je peux pas voir quelqu’un de gentil en ce moment. La simple idée d’avoir à sourire, ça me donne mal au cœur. »

Les personnages des Invisibles vont ainsi placoter de Guylaine Tremblay qui pleure tout le temps, de Yan England, Antoine-Olivier Pilon, Éric Bruneau, Sarah-Jeanne Labrosse, Guy A. Lepage, Fabienne Larouche, Anne-Marie Losique, Xavier Dolan et même de mes collègues Luc Boulanger et Nathalie Petrowski.

Comme dans Appelez mon agent, mon personnage favori demeure la chic et féroce agente Alexandra. Karine Gonthier-Hyndman est parfaite dans la peau de cette femme sans filtre. La Arlette québécoise bougonne pas mal moins que sa vis-à-vis française, alors que Jean-Frédéric a un côté plus douchebag et moins élégant que le Mathias français.

Quant à Gabriel, c’est Gabriel, un homme trop gentil et bonasse. Malgré son titre qui évoque la discrétion, Les invisibles de TVA ne passera pas sous le radar cet hiver.

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