COURSE À LA DIRECTION DU PQ

Trois aspirants-chefs, trois volte-face

« Il n’y a que les fous qui ne changent pas d’idée », a lancé le candidat à la direction du Parti québécois Jean-François Lisée, cette semaine. Il commentait ainsi la volte-face de son rival Alexandre Cloutier sur le port des signes religieux dans la fonction publique. Or, il aurait très bien pu appliquer ce commentaire à lui-même. Ou à Martine Ouellet. Car il est arrivé aux trois principaux aspirants à la succession de Pierre Karl Péladeau de retourner leur veste. En voici la démonstration, ainsi que les explications des candidats à ce sujet.

Jean-François Lisée

LE VOILE INTÉGRAL

Le député de Rosemont s’est dit ouvert à l’interdiction de la burqa et du niqab dans l’espace public, jeudi. S’il devient premier ministre, il statuera sur cette question après avoir mené une consultation et recueilli les avis d’experts. M. Lisée tenait pourtant un tout autre discours à l’époque de la commission Bouchard-Taylor. À l’époque, il critiquait l’approche française et disait ne voir aucun problème avec le voile musulman. Pourquoi son discours a-t-il changé ? M. Lisée affirme que ses positions passées sur la question sont bien connues. Il ne cache pas que sa pensée a évolué à la lumière du discours public au cours des dernières années. « Bouchard-Taylor a introduit la notion que certains agents de l’État ne devraient pas porter de signes religieux, quels qu’ils soient, a-t-il affirmé. À partir de cette proposition-là, on s’est tous mis à réfléchir à l’ampleur que devait avoir la recommandation de Bouchard-Taylor. »

Martine Ouellet

LE PÉTROLE D’ANTICOSTI

Ministre des Ressources naturelles sous Pauline Marois, Martine Ouellet a été huée, dimanche dernier, après avoir rejeté sur l’ex-première ministre la responsabilité du lancement de l’exploration pétrolière dans l’île d’Anticosti. Elle s’est amendée par la suite en affirmant qu’elle avait bien signé le contrat avec Hydrocarbures Anticosti, mais qu’elle souhaitait un examen du BAPE avant la tenue de trois forages exploratoires par fracturation hydraulique. Or, cette affirmation est contredite par une entrevue datant de février 2014. Invitée à s’expliquer, Mme Ouellet a dit qu’à l’époque, elle militait en coulisses pour que l’examen du BAPE soit institué avant les forages. « Il y avait encore un débat qui était en cours et il n’y avait pas de décision de prise, a-t-elle expliqué. Comme ministre des Ressources naturelles, je ne pouvais pas prendre position publiquement parce que je me devais de laisser cette marge de manœuvre qui, au bout du compte, appartenait à la première ministre. »

Alexandre Cloutier

LES SIGNES RELIGIEUX CHEZ LES ENSEIGNANTS

Lors de la dernière course à la direction, l’an dernier, le député de Lac-Saint-Jean disait miser sur le « consensus » québécois. Il proposait d’interdire le port de signes religieux aux employés de l’État en position d’autorité comme les policiers et les juges, ainsi que le suggérait la commission Bouchard-Taylor. Mais il allait plus loin que les commissaires en proposant d’ajouter les enseignants à cette catégorie. Il s’opposait par ailleurs à une « clause grand-père » qui aurait permis à des fonctionnaires de conserver leur poste. M. Cloutier a confirmé cette semaine qu’il avait renoncé à cette approche. Il a expliqué qu’il avait « pris conscience » de la difficulté à appliquer une telle interdiction. Il se dit maintenant opposé au congédiement de tout fonctionnaire qui porterait un signe religieux. « Je cherche à avoir l’approche qui est la plus consensuelle », a-t-il résumé mercredi.

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