Sinemia

Confusion au cinéma

Guzzo poursuit le promoteur d’un service d’abonnement

Les Cinémas Guzzo ont déposé une requête en injonction interlocutoire pour que Sinemia, une entreprise établie en Californie, cesse d’utiliser les noms de ses cinémas dans la promotion de son service d’abonnement.

Encore très peu connue au Québec, Sinemia offre depuis quelques mois au Canada une formule comparable à un abonnement à différents cinémas. Ses forfaits, qui vont actuellement de 3,99 $ à 28,99 $ par mois, permettent d’assister à un nombre prédéterminé de projections chaque mois, peu importe où.

Sur son site internet, l’entreprise publie une carte géographique répertoriant les cinémas « où vous pouvez profiter de Sinemia ». On y trouve la plupart des cinémas québécois, notamment ceux de Guzzo. Or, l’entreprise québécoise fait valoir qu’elle n’a signé aucune entente avec Sinemia. C’est aussi le cas d’autres propriétaires de cinéma contactés hier par La Presse.

« La demanderesse n’a jamais signé de contrat ou d’entente avec la défenderesse à propos de la fourniture et/ou de la distribution de cartes d’accès à ses cinémas ou pour faire la promotion de ses cinémas. »

— Guzzo, dans sa requête

L’entreprise raconte dans sa requête avoir tenté à trois occasions de contacter Sinemia afin de lui enjoindre de cesser « sa publicité frauduleuse », sans succès.

Entre-temps, des clients ont commencé à se présenter dans ses cinémas équipés d’une carte de Sinemia. Guzzo raconte avoir dû les informer qu’elle ne détenait aucune entente avec Sinemia et leur refuser l’accès, ce qui les a mis en colère et nuirait à sa réputation.

Selon l’avocat des Cinémas Guzzo, Franco B. Iezzoni, sa cliente pourrait être désireuse de participer au programme de Sinemia, mais « ça doit être fait en bonne et due forme ».

« Présentement, les gens se présentent et on ne sait même pas c’est quoi », argue-t-il.

Raffaele Pappalia, des Cinémas Ciné Entreprise, et Claude Rémillard, exploitant de cinémas à Baie-Comeau et à Sept-Îles, ont aussi indiqué à La Presse être dans le noir relativement à ce programme, même si les noms de leurs établissements figurent sur le site de Sinemia. Ils ignorent notamment comment ils seraient payés s’ils acceptaient les détenteurs de la carte.

Partenariat avec Mastercard

Joint au téléphone, le président de Sinemia, Rifat Oguz, a expliqué que les transactions financières se faisaient par le truchement de Mastercard.

La mécanique de Sinemia est un peu complexe pour ses utilisateurs. Théoriquement, ils peuvent se présenter dans n’importe quel cinéma avec leur carte. Ils doivent cependant aussi utiliser au même moment l’application mobile du programme pour déterminer leur position géographique. Des frais supplémentaires peuvent aussi s’ajouter à chaque transaction, ce qui a d’ailleurs valu à l’entreprise une action collective aux États-Unis.

Après que les utilisateurs eurent prouvé leur présence dans un cinéma à l’aide de l’application, Sinemia transfère les fonds requis au compte auquel est associée leur carte, qui fonctionne comme une carte débit prépayée. Ces fonds ne peuvent être utilisés que pour l’achat d’un billet de cinéma et l’exploitant de cinéma reçoit le plein prix du billet par l’entremise de Mastercard.

M. Oguz reconnaît que ce ne sont pas tous les cinémas qui sont au courant du fonctionnement. Le Canada est l’un des cinq pays où le programme est actuellement offert.

« On a juste des problèmes au début, le temps de se faire connaître », fait-il valoir.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.