Train de vie extrême

Regarder la réalité en face

En s’attaquant à leur problème d’endettement, Julie et Rock se préparaient à devoir faire d’importants changements et savaient qu’ils devraient prendre des décisions difficiles. Mais ils ont tout de même eu un certain choc en faisant leur premier devoir : un budget écrit, en bonne et due forme, en utilisant les documents de l’ACEF Rive-Sud.

« Ça m’a fait voir clair, dit Julie, qui reconnaît être la plus dépensière du couple. J’ai été estomaquée de voir les sommes qu’on payait en intérêts chaque mois. »

Deuxième choc : lors de leur rencontre avec une conseillère budgétaire de l’ACEF, Armande Darmana, la possibilité de faire une proposition de consommateur a été évoquée.

Une proposition de consommateur est une procédure qui permet généralement d’éviter la faillite. Elle consiste à offrir aux créanciers de leur rembourser une partie seulement de la dette totale (sans compter l’hypothèque), par mensualités ou par le versement d’une somme globale. Elle doit être présentée par un syndic et, évidemment, être acceptée par les créanciers. Elle offre l’avantage de suspendre l’accumulation des intérêts, mais elle demeure inscrite au dossier de crédit pendant trois ans, ce qui rend difficile l’obtention de nouveaux prêts.

Rock est conscient de la précarité de leur situation financière, mais il s’étonne de cette suggestion. 

« On n’est quand même pas sur le bord de la faillite, avec le salaire qu’on fait. Il doit y avoir d’autres solutions ! »

— Rock Cloutier

« S’ils ne changent rien à leurs dépenses, c’est malheureusement ce qui les attend », répond Armande Darmana.

D’autres options ont aussi été discutées au cours de la rencontre, des solutions déjà évoquées par Rock et Julie : vente de la maison pour en acheter une plus petite, déménagement à Montréal pour réduire leurs frais de transport, achat d’un duplex, où ils pourraient avoir des revenus de loyer pour aider au paiement de l’hypothèque…

« Mais avec quatre enfants, on a besoin d’espace, souligne Julie. À Montréal, les maisons coûtent très cher, et ce ne sont pas tous les quartiers qui nous conviendraient. »

En s’interrogeant sur la suite des choses, le couple devra faire une sérieuse réflexion sur ses valeurs et ses priorités, souligne Mme Darmana. « C’est très délicat d’aborder ces questions et la prise de conscience peut prendre un certain temps, dit-elle. Mais ils ne peuvent plus continuer comme ça. Ils parlent d’école privée pour leurs enfants au secondaire, mais je ne sais pas comment ils pourraient payer. Ils ont deux autos neuves, une grosse maison, une piscine…»

« Souvent, les gens veulent tout avoir et sont influencés par leur entourage. Ils disent aussi que c’est pour leurs enfants. Mais il y a plein d’enfants très heureux qui partagent leur chambre, n’ont pas de piscine et ne fréquentent pas l’école privée. »

— Armande Darmana, conseillère budgétaire de l’ACEF

Julie et Rock répètent effectivement en entrevue que l’épanouissement de leurs enfants est une priorité pour eux. Mais quand on leur demande à quels biens matériels, à quels éléments de leur confort ils seraient prêts à renoncer pour assainir leurs finances et avoir la liberté de faire les meilleurs choix pour leurs enfants, il leur est difficile de répondre.

OÙ TROUVER DE L’AIDE ?

Le couple est ressorti un peu déçu de sa rencontre avec la conseillère de l’ACEF. Ils auraient souhaité que toutes les dépenses de leur budget soient passées en revue, pour voir où des économies sont possibles.

Ils se demandent d’ailleurs à qui se fier pour avoir de l’aide. « À la banque, le conseiller financier qu’on a rencontré pour notre emprunt hypothécaire, finalement, il n’était pas là pour nous conseiller, souligne Julie. S’il nous avait vraiment conseillés, il nous aurait fait réaliser qu’on dépassait notre capacité financière. »

Ils ont aussi rencontré un représentant d’une firme de services financiers qui ne leur a pas été d’un grand secours. « Il nous a seulement dit qu’on devait prendre plus de REER, alors qu’on n’est même pas capables de rembourser nos dettes, s’indigne Rock. Et il nous a fait déménager nos REER pour qu’on prenne des placements avec lui. »

Armande Darmana souligne que le principal problème de leur budget, ce sont les dépenses de logement beaucoup trop élevées, et les frais d’essence astronomiques. Même de petites économies grappillées dans le budget ne parviendraient pas rétablir l’équilibre. Une seule solution serait efficace : déménager dans une maison moins chère et plus près de leur travail.

Revenu net de Julie et Rock : 6900 $/mois

Dépenses de logement : 2900 $/mois

(incluant hypothèque, chauffage, électricité, taxes, assurances, entretien)

soit 42 % de leur revenu net.

On recommande généralement de ne pas dépenser plus du tiers de son revenu net pour le logement. Dans leur cas, on parle de 2300 $ par mois. Ils devraient donc réduire leurs paiements hypothécaires de 2200 à 1600 $ par mois. Ce qui signifierait de déménager dans une maison beaucoup moins chère.

Signe que leur budget est beaucoup trop serré : ils ont contracté il y a quatre ans un prêt hypothécaire amorti sur 35 ans. Justement, pour éviter le surendettement des ménages comme eux, le gouvernement fédéral a resserré au cours des dernières années les règles encadrant les hypothèques. Les périodes d’amortissement de plus de 25 ans sont maintenant interdites, sauf quand la mise de fonds équivaut à 20 % du prix d’achat ou plus.

Le couple a aussi dû acheter une minifourgonnette l’année dernière. Avec l’arrivée d’un quatrième enfant, ils n’avaient pas le choix. Le prêt contracté pour ce véhicule s’étire sur huit ans, à raison de 300 $ par mois. Pour l’autre auto, il reste trois ans à payer, une somme de 470 $ par mois.

LES AUTRES DÉPENSES PRINCIPALES DU COUPLE : 

Épicerie : 850 $/mois

Essence : 585 $/mois

Garderie : 305 $/mois

Repas au travail ou au restaurant : 200 $/mois

Intérêts sur marge de crédit (incluant assurance) : 290 $/mois

Intérêts sur cartes de crédit : 110 $/mois

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