FRANÇOIS CARDINAL

Attention à nos enfants…

Avec la rentrée vient l’inquiétude. C’est comme un réflexe chez moi. Une réaction automatique que je partage avec bien d’autres parents, je le sais bien.

L’enfant redevient élève, il s’éloigne à nouveau du nid, il doit affronter le grand monde. Seul.

Pour certains pères, certaines mères, la peur prend la forme du petit tough dans la cour d’école, qui a fait si souvent brailler le petit dans le passé. Pour d’autres, c’est la peur que son enfant ne tombe sur un mauvais prof. Ou encore la peur de l’échec scolaire, des mauvaises fréquentations, des personnes malveillantes qui pourraient rôder autour de l’école…

Moi, ma peur, c’est… les autres parents.

Avez-vous déjà pris le temps d’observer le ballet automobile autour des écoles matin et soir ? Avez-vous constaté la multiplication des manœuvres dangereuses dans les zones scolaires ? Avez-vous noté le changement de comportement des automobilistes une fois que leur enfant a quitté la voiture ?

Moi, si. Et depuis, je me dis que comme parents, on s’énerve trop pour les mauvaises raisons, pas assez pour les bonnes…

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J’ai l’air d’un papa poule, comme ça, rongé par une peur irrationnelle. Mais ce n’est pas le cas. Je ne suis pas papa poule (meuh non…). Et ma peur n’a rien d’irrationnel (pantoute).

Je le sais, car le CAA a fait exactement la même chose que moi, ces dernières années : il s’est placé à proximité de 13 écoles de la province, et à l’aide d’une grille d’analyse, il a observé ce qui se passait à l’arrivée des élèves.

Conclusion : les enfants sont en danger, et les parents en sont les principaux responsables.

« On a tout vu !, raconte Philippe St-Pierre, porte-parole du CAA. Des gens qui ne s’immobilisent pas en voyant les feux d’arrêt d’un bus scolaire. Des gens qui font semblant de ne pas voir le brigadier scolaire avec son stop dans les mains. Des virages à 180 degrés, de la vitesse excessive, etc. »

En une seule journée, entre 7 h et 8 h 30, les experts du CAA ont dénombré pas moins de… 1972 infractions et comportements à risque. 

Des autos roulant jusqu’à 87 km/h à proximité d’une école. Des brigadiers frôlés volontairement par des voitures. Des parents qui textent en roulant.

« Imaginez ! En Estrie, on a même vu un père au volant d’une minivan qui ne s’est pas arrêté pour faire descendre son enfant ! Il a simplement ralenti, puis le garçon est sorti, comme un militaire qui sort d’un hélicoptère en marche… »

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Personnellement, ce qui m’enrage le plus, c’est de voir certains parents approcher l’école tranquillement, puis repartir en fou une fois que leur enfant est en sécurité sur le trottoir. Comme si le corridor scolaire ne visait qu’à protéger leur propre enfant.

Anecdotique, vous dites ?

« Je vous confirme qu’on voit souvent ce changement de comportement autour des écoles, précise Lorraine Normand-Charbonneau, présidente de la Fédération des directions d’établissement d’enseignement. Les parents déposent leur enfant, toujours le plus près possible de la porte. Ça, c’est très important. Puis, dès que la portière de l’auto est refermée, ils sont préoccupés par leur journée de travail et ils repartent très vite. »

« On dirait qu’on perd tranquillement toute pensée collective, ajoute cette ancienne directrice d’école. Un peu comme ces parents qui viennent systématiquement chercher leur enfant 5 ou 10 minutes avant la fin des cours. Juste pour éviter le brouhaha de la sortie des classes ! Et je vous le dis, ils sont nombreux à faire ça… »

« Or le parent doit se rappeler que l’école est un lieu collectif qui accueille plein d’enfants. Pas juste le sien. »

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Les gens sont pressés. Stressés. Et ils se croient toujours meilleurs conducteurs qu’ils ne le sont vraiment. Si bien qu’ils sont persuadés que leur comportement à eux est justifié et, surtout, qu’il n’a rien de dangereux.

« Trop souvent, les parents ont l’impression d’agir en toute sécurité, alors que c’est l’inverse, explique l’inspecteur-chef Éric Lalonde, du SPVM. Ils se garent en double là où ils n’ont pas le droit, parfois même en triple ! Ils mettent les feux de détresse, et ils croient que leur enfant peut se rendre en sécurité à l’école. Mais du coup, ils l’obligent à se faufiler entre les voitures… »

« Et une fois l’enfant bien en sécurité, les gens pensent au travail et ont trop souvent un comportement qui n’est pas sécuritaire pour les autres enfants. Ils pensent que le danger est passé. Mais par leur comportement, ils causent du danger. »

Le conseil de la police : partez plus tôt. Garez-vous plus loin de l’école. Marchez un peu avec votre enfant s’il le faut. Et de grâce, respectez le Code, les brigadiers, la signalisation qui ne sert pas à décorer le paysage…

Ce qui me rappelle ce panneau que l’on voit encore dans certains villages du Québec. Un panneau que j’ai toujours trouvé absurde, mais qui possède finalement un fond de vérité : « Attention à nos enfants, c’est peut-être… le vôtre. »

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