Partage des tâches et charge mentale  Ariane Hotte-Henry

« Ça ne finit jamais, les tâches »

Le partage des tâches et la charge mentale – c’est-à-dire la responsabilité de l’organisation familiale et l’espace mental que cette responsabilité occupe – sont deux obstacles à l’égalité homme-femme. Pourquoi ? Année après année, les statistiques montrent que c’est encore la femme qui exécute la majorité des tâches domestiques en plus d’organiser la vie familiale et le soin des enfants. Cela s’explique bien entendu par le fait qu’il n’y a pas si longtemps, les femmes ne travaillaient pas à l’extérieur du foyer. Aujourd’hui ce n’est plus le cas. La grande majorité des femmes au Québec est active sur le marché du travail. Or, les études montrent que la plupart du temps, elles accomplissent une double tâche : leur emploi ET les tâches domestiques.

Dans les couples, la discussion autour du partage des tâches est à peu près inévitable. On essaie tant bien que mal de trouver un équilibre. Certains réussissent mieux que d’autres. Comment font-ils ? Ariane Hotte-Henry et Nicolas Bertrand sont les parents de Floriane, 9 ans, et de Henry, 3 ans. De son propre aveu, au début de leur relation, Ariane était plutôt du genre laisser-faire. « Nicolas, lui, était super organisé. Il me laissait des post-it partout et ça m’enrageait », confie la jeune femme. Un des objets de dispute : devait-on laver la vaisselle après le repas, avant de se coucher ou le lendemain matin ? Qui n’a pas déjà eu ce genre de discussions ?

Au fil des ans, et après l’arrivée d’un deuxième enfant, le couple semble avoir trouvé son modus operandi. « Les applications mobiles nous aident beaucoup, confie Ariane. On peut partager des listes, les mettre à jour, etc. » Chaque soir, le couple fait le point sur la journée du lendemain. Le vendredi, à l’heure du 5 à 7, Ariane et Nicolas se réservent un moment pour parler de choses et d’autres et planifier les projets à plus long terme, comme les vacances. Malgré cette belle organisation, ils estiment tout de même avoir « de la broue dans le toupet ». On a toujours l’impression que ça ne finit jamais, les tâches », lance Ariane qui a gentiment accepté de nous décrire la répartition des responsabilités au sein de son couple.

Ariane

Prépare les repas dans 90 % des cas (elle dit aimer cuisiner).

Aide aux devoirs dans 70 % des cas, habituellement en préparant les repas (elle est conseillère en formation et a étudié en adaptation scolaire).

Raconte l’histoire du soir.

Accompagne Floriane à son cours de ballet (et en profite pour s’entraîner).

Planifie les camps de vacances.

Nicolas

Assume les tâches extérieures : le pelletage, les poubelles, le recyclage.

Fait la vaisselle.

Paie les comptes.

A supervisé l’achat de la maison (agent immobilier, banque, notaire, etc.).

A géré les travaux de rénovation.

Prend les rendez-vous avec le dentiste et le médecin.

Planifie les camps de jour.

Il est souvent le parent appelé en cas d’urgence ou de maladie, car il travaille près de la garderie.

Ariane, Nicolas ou les deux

Le couple se partage l’épicerie et le lavage.

Ils vont reconduire et chercher les enfants à tour de rôle.

Ils planifient et achètent les vêtements des enfants.

Ils assistent tous deux aux rencontres de parents à l’école ou à la garderie.

Ils accompagnent leur fils, qui a des problèmes aux pieds, à ses rendez-vous chez le médecin. Une grand-mère offre également son aide.

Ils supervisent le brossage de dents.

Ils vont au cours de natation des enfants.

Des solutions

« Les derniers chiffres montrent qu’il y a une légère progression du temps que consacrent les pères aux tâches domestiques, observe Diane-Gabrielle Tremblay, professeure à l’École des sciences de l’administration de l’Université TELUQ et spécialiste de la conciliation travail-famille. Mais ce que les chiffres montrent surtout, c’est que les pères sont encore beaucoup dans ce qu’on appelle “l’edutainment”, c’est-à-dire plus près du jeu que des responsabilités domestiques. La plupart des pères qui participent aux tâches domestiques font ce qu’il y a sur la liste. Mais ce sont encore majoritairement les femmes qui rédigent la liste. » Bonne nouvelle, il existe des solutions pour que les parents se sentent moins pressés par le temps, des mesures qui favorisent en outre une certaine flexibilité et qui assurent une plus grande implication des pères. La professeure Diane-Gabrielle Tremblay en a établi trois.

1. Un congé de paternité plus long

Les études le démontrent, un plus long congé de paternité est garant d’une plus grande implication du père par la suite. Le Canada vient d’emboîter le pas au Québec en adoptant le congé de cinq semaines réservé aux pères. Dans les pays scandinaves, ce congé peut aller jusqu’à trois mois. Et l’implication des pères est à l’avenant.

2. Une plus grande flexibilité au travail

En décembre dernier, sans tambour ni trompette, Ottawa a adopté le projet de loi C-63 qui apporte certaines modifications au Code canadien du travail. En gros, il accorde aux travailleurs qui occupent le même emploi depuis six mois le droit de demander, par écrit, des aménagements flexibles à leur horaire de travail. Cette nouvelle disposition leur permet également de refuser des heures supplémentaires pour des raisons familiales en plus de leur accorder trois journées mobiles supplémentaires pour assumer des responsabilités familiales. La balle est dans le camp de l’employeur. C’est lui qui, dans la négative – il a 30 jours pour répondre –, doit justifier les raisons de son refus. Ces mesures s’appliquent seulement au sein des entreprises régies par la loi fédérale du travail.

3. Une campagne de sensibilisation

Et si on diffusait des publicités pour sensibiliser la population à l’importance du partage des tâches ? Diane-Gabrielle Tremblay croit qu’on pourrait rejoindre plusieurs personnes de cette façon. « En Europe, certaines entreprises l’ont fait de manière très efficace, souligne-t-elle. On adopte un peu la même approche que pour des questions de santé publique en diffusant des publicités dans les médias. »

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