Santé

Un vaccin contre le Zika testé au Québec

Avec deux instituts américains, l’Université Laval participe à la première étude clinique humaine sur un vaccin contre le virus Zika. Les chercheurs espèrent avoir des résultats au début de l’an prochain, ce qui permettrait de tester l’efficacité du vaccin avant la fin de 2017. Nos explications.

LONGUE COLLABORATION

« Nous travaillons depuis plusieurs années avec le Dr David Weiner à Philadelphie », explique Gary Kobinger, directeur du Centre de recherche en infectiologie de l’Université Laval, qui travaillait jusqu’au début de l’été au laboratoire national de l’Agence de santé publique du Canada à Winnipeg. « Nous travaillons sur le Zika de façon intensive depuis neuf mois, à partir d’une approche que nous avions utilisée pour un vaccin contre l’influenza. Nous avons aussi travaillé ensemble sur l’Ebola et il a aussi travaillé sur le virus du Nil occidental, apparenté au Zika. Nous avons développé le modèle animal pour tester le vaccin, qui n’existait pas auparavant. » Sans ce modèle animal, il n’aurait pas été possible de démarrer l’essai clinique sur les humains.

L’ESSAI CLINIQUE

La phase 1 des essais cliniques, qui débutera d’ici quelques semaines quand les 40 volontaires auront été recrutés dans les 3 laboratoires participants, vise à vérifier l’innocuité du vaccin pour les humains et à évaluer la réponse immunitaire. Ensuite viendront deux phases d’efficacité, avant que le vaccin puisse être sur le marché. La phase 1 devrait être terminée en février, selon le DKobinger. Les chercheurs de l’Université Laval, de Winnipeg et de l’Université de Pennsylvanie ont travaillé avec les sociétés américaines Inovio Pharmaceuticals et GeneOne Life Science.

LES AUTRES VACCINS

Dix-sept autres vaccins sont en chantier dans le monde, selon un récent dossier de la revue Nature. Au printemps, le directeur de l’Institut national des allergies et des maladies infectieuses des États-Unis, Anthony Fauci, a annoncé que la phase 1 des essais cliniques de son vaccin commencerait en septembre. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) prévoit qu’il sera impossible de distribuer un vaccin anti-Zika à la population avant 2018 au plus tôt.

UNE ÉTRANGE TRANSMISSION

Le fils d’un homme ayant été infecté par le Zika lors d’un voyage en Amérique du Sud a été infecté à son tour, ont annoncé lundi les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) du gouvernement américain. Le problème, c’est que la transmission n’a eu lieu ni par une piqûre de moustique, ni sexuellement, ni par transfusion sanguine, les seules méthodes connues d’infection. Le fils a pris soin de son père âgé, qui est mort parce qu’il souffrait déjà d’une maladie chronique aggravée par le Zika, selon les CDC, qui précisent que le patient qui est mort avait une concentration 100 000 fois plus élevée du virus Zika dans son sang. Cela pourrait obliger les hôpitaux à mesurer la charge virale de leurs patients et à isoler les plus touchés.

UN NOUVEAU SIDA ?

Le Zika est le seul virus connu qui est à la fois transmissible par des piqûres d’insectes et sexuellement, selon Laurie Garrett, spécialiste de la santé publique au Council on Foreign Relations de New York, qui a cette semaine sonné l’alarme en posant la question : au-delà des moustiques, le Zika deviendra-t-il le prochain sida ? Certainement moins mortel que le sida, le Zika est par contre très dangereux pour les fœtus, causant une microcéphalie souvent mortelle, sinon débilitante. Son faible taux de mortalité fait justement en sorte qu’il se propage à une proportion importante de la population – les deux tiers en Polynésie française. L’OMS a cessé de compter, en avril dernier, le nombre de cas en Amérique latine, qui atteint plusieurs centaines de milliers. Le virus peut aussi survivre deux mois dans le sperme, et une transmission sexuelle de la femme à l’homme a été rapportée pour la première fois cette semaine à New York.

EN CHIFFRES

150 

Nombre de cas de Zika au Canada, dont 149 sont dus à des voyages dans des pays où les moustiques peuvent transmettre le virus et 1 par transmission sexuelle

24 sur 100 000

Proportion des cas de Zika qui donnent lieu à une paralysie de type Guillain-Barré

1750

Nombre de bébés qui sont nés avec une microcéphalie parce que leur mère était infectée par le Zika (95 % des cas sont survenus au Brésil).

66 %

Proportion de la population de la Polynésie française qui a été infectée en 2013-2014

75 % à 80 %

Proportion des cas de Zika qui sont asymptomatiques

SOURCES : OMS, CDC, ASPC

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