À bien y penser

Les patients fantômes

Le ministre Bolduc se dit outré par les subventions versées pour le transport d’« élèves fantômes ». Il l’était beaucoup moins quand on évoquait les primes qu’il avait lui-même reçues pour les « patients fantômes » qu’il n’a pas traités.

— Charles Lafleur, enseignant retraité du Collège de Maisonneuve

Opinion  Programme de procréation assistée

L’infertilité est une maladie

C’est le cœur gros, mais avec encore un petit peu d’espoir, que je vous écris aujourd’hui. Mon conjoint et moi sommes infertiles. Médicalement infertiles. Nous ne pourrons jamais avoir d’enfants sans des traitements de fertilité, et encore là, rien n’est certain à 100 %.

50 mois. Cela fait maintenant 50 mois que nous espérons, et désespérons. Nous avons fait d’abord des inséminations, puis 4 fécondations in vitro. Une seule grossesse, qui s’est avérée ectopique (à l’extérieur de l’utérus), donc non viable. Cela remonte à un an.

Puis, nous avons décidé de passer des tests plus poussés, aux États-Unis. Notre but : déterminer si je suis candidate à un don d’ovules, avant de défrayer encore plus d’argent. Nous avons jusqu’à présent payé plus de 15 000 $ seulement en médicaments puisque mes assurances me couvrent à 80 %. Alors non, les traitements ne sont pas tout à fait gratuits.

Les coûts relatifs à une autre fécondation in vitro sont de 7 000 $ à Royal Victoria, où je suis suivie. Les coûts non remboursés par mes assurances privées s’élèvent à 3500 $ à chaque fécondation in vitro (FIV) que je fais. Dans la plupart des cas, il faut plus qu’une FIV avant que ça fonctionne. La science n’est pas exacte et fonctionne par essais et erreurs. Nous n’avons jamais fait deux fois le même protocole. C’est pour cette raison que le programme actuel couvrait trois cycles de FIV.

Les tests poussés que nous avons passés (1200 $) nous ont un peu éclairés sur les raisons de notre infertilité, jusqu’alors inexpliquées. Mon conjoint a un problème dans son ADN, ce qui fait que la fécondation est impossible de façon naturelle. Nous devons avoir recours à un processus scientifique qui ponctionne les spermatozoïdes à la source, sélectionne ceux avec un faible taux de fragmentation, afin de les injecter dans mes ovules avec le procédé de fécondation in vitro.

Nous débourserons donc un autre 10 000 $ début 2015 pour faire une 5e tentative sans aucune garantie du résultat. Nous voulons des enfants, plus que tout. Et nous nous endettons afin de réaliser notre rêve qui devait pourtant être si simple et si plaisant à réaliser.

Je vous écris aujourd’hui pour vous sensibiliser à la réalité des couples qui, comme nous, désespèrent d’avoir un enfant.

L’infertilité est une maladie et, au Québec, nous aidons les gens malades. Je suis d’accord que le programme a été mal balisé au départ, et que des couples non médicalement infertiles y ont eu recours. Mais il y a des façons moins drastiques de modifier le programme sans avoir à éliminer ceux qui ont absolument besoin de cette méthode de dernier recours.

Pour tous les couples qui ne pourraient avoir un enfant autrement, pour ceux qui sont médicalement infertiles, de grâce, maintenez la gratuité en place. Il faut que ce programme reste accessible, et devoir défrayer 10 000 $ par FIV ne l’est pas. Le programme de crédit d’impôt pour une seule FIV seulement ne fait pas de sens.

La majorité de la population n’est pas confrontée à notre réalité et n’hésite pas à nous condamner sur la place publique. Seulement 15 % des couples sont infertiles, et parmi ceux-ci, seulement une infime partie aura besoin d’un traitement de FIV pour arriver à leur fin. Nous faisons partie d’une société : ensemble, avec les impôts que nous payons, faisons en sorte que le fardeau repose sur toute une population et non seulement sur un groupe de personnes, moins chanceuses.

Au lieu de vouloir se dissocier du problème des autres, pensez-y la prochaine fois que vous aurez besoin d’un service payé par nos impôts, et la chance que vous avez de pouvoir y accéder à moindre coût.

D’une femme qui désespère de devenir maman,

Karine

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