Opinion Recours contre les CHSLD

La bougie d'allumage d'une réflexion sociale ?

Le Conseil pour la protection des malades a déposé cette semaine une demande d’autorisation d’exercer une action collective à l’encontre du gouvernement du Québec et de multiples CHSLD afin que soient indemnisées « toutes les personnes résidant au Québec et étant résidantes ou ayant résidé dans un centre d’hébergement de soins de longue durée administré directement par les défendeurs et qui ont été privées de services de santé et de services sociaux adéquats, suffisants, et de qualité ».

La requête reprend essentiellement les histoires d’horreur rapportées par les médias depuis les dernières années quant aux soins et aux services reçus dans certains CHSDL.

Différents critères doivent être satisfaits pour que la Cour accorde l’autorisation demandée. Notamment, la procédure doit regrouper des demandes qui soulèvent des questions de droit ou de fait identiques, similaires ou connexes. Cette étape, comme les suivantes, peut s’avérer difficile à franchir.

Si l’autorisation est accordée, il faudra par ailleurs démontrer une réelle atteinte à un des droits garantis par le Charte des droits et libertés de la personne, tel que le droit à la dignité.

Il est difficile d’envisager quel sera l’aboutissement de toute cette affaire.

Chose certaine, il est à espérer que cette demande soit l’élément déclencheur d’une réflexion sociale quant à ce que nous souhaitons comme système de santé et quant à la place des aînés dans celui-ci.

Nous approchons 2020. Alors que dans les années 70, nous devions soigner une majorité de personnes relativement « jeunes », consultant généralement pour des maladies aiguës, sans régime d’assurance, nous sommes maintenant en présence d’une population de plus en plus vieillissante et assurée. Elle est maintenant aux prises avec des problèmes de santé chroniques qui nécessitent une approche de soins et des services de longue durée et multidisciplinaires.

De façon générale, si vous vous adressez à des résidants de CHSLD, à d’anciens résidants ou à des membres de leur famille, ils vous diront que le personnel fait bien de son mieux. Mais comment faire bien, même de son mieux, sans temps, sans aide et sans ressources financières adéquates ?

Pourtant, depuis les dernières années, le gouvernement nous annonce, de temps à autre, des injections de sommes importantes dans les services de santé et les services sociaux offerts aux aînés. Mais où va cet argent ? Est-il bien investi ? Quelles sont les garanties spécifiques de soins et de services dont peuvent bénéficier les aînés ?

Malheureusement, essentiellement, seul l’acte médicalement requis est garanti au Québec et reconnu comme pertinent par nos gouvernements. Il est bien encadré légalement et transparent. Les autres soins dits « complémentaires » semblent être offerts de façon non transparente et inconstante entre régions, au gré des décisions des gestionnaires et beaucoup en fonction des budgets variables. Il est difficile pour le citoyen, voire même impossible, d’y voir clair et d’avoir des assises tangibles pour exercer ses droits.

Depuis son entrée en fonction, le ministre de la Santé a réformé notre système de santé, mais à la pièce. Une commission visant cette réforme aurait été pertinente. Elle n’a pas eu lieu. Il n’est toutefois jamais trop tard pour bien faire. Il serait par ailleurs pertinent d’intégrer à cette réflexion les éléments permettant aussi de revoir notre politique de soutien à domicile qui n’a pas été mise à jour depuis 2003. Après tout, en présence d’un vieillissement notable de la population, le soutien à domicile de qualité sera intrinsèquement lié à viabilité de notre système de santé, et nous le savons. N’attendons pas des recours qui, qu’ils réussissent ou non, nous coûtent cher à tous.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.