Science

Déceler les faux sourires dès 3 ans

Que soient prévenus les adultes qui n’aiment pas vraiment les enfants de leurs amis : dès l’âge de 3 ans, peut-être même 2, un enfant est capable de distinguer un sourire de crocodile d’une vraie joie. Et un an plus tard, un enfant acquiert la capacité d’associer les sourires hypocrites aux faux jetons.

« Le sourire est un signal social très fort », explique Ruiting Song, psychologue à l’Institut Max Planck de Leipzig, en Allemagne, qui est l’auteure principale d’une nouvelle étude sur le sujet, parue cet été dans la revue Evolution and Human Behavior. « Il est normal que les enfants apprennent très tôt à distinguer les vrais des faux sourires. »

Les chercheurs ont montré à 150 enfants de 2 à 5 ans des photos d’adultes en train de sourire. Certains souriaient seulement avec les muscles zygomatiques de leurs joues, d’autres, aussi avec les muscles entourant leurs yeux. Le deuxième sourire est appelé « de Duchenne », du nom d’un neurologue français du milieu du XIXe siècle. Il est généralement utilisé dans les recherches en psychologie comme seul sourire sincère, parce qu’un sourire forcé n’implique généralement qu’un mouvement volontaire des zygomatiques, sans que les yeux soient utilisés. C’est aussi pourquoi les gens qui utilisent beaucoup de Botox pour éliminer leurs pattes d’oie autour des yeux donnent parfois l’impression de ne pas avoir un sourire sincère.

Pour étudier les enfants de 2 ans, la psychologue allemande, qui a travaillé avec des collègues britanniques, a enregistré la direction de leur regard. Ils regardaient légèrement plus longtemps les photos avec sourire de Duchenne, signe selon eux qu’ils préféraient ces adultes. À 3 ans, les enfants n’étaient pas capables d’indiquer verbalement quels étaient les sourires sincères, mais à 4 ans, ils pouvaient le faire trois fois sur quatre.

« Cela veut dire que la capacité de reconnaître un vrai sourire apparaît entre 2 et 3 ans, mais que l’enfant de 3 ans n’accorde toujours pas de valeur sociale à un sourire sincère. Il ne se méfie pas des adultes qui ont des sourires hypocrites. »

— Ruiting Song, auteure principale de l’étude

La dernière étude n’incluait que les enfants de 4 et 5 ans. On leur montrait des photos de deux enfants, dont l’un avait un sourire de Duchenne et l’autre, un sourire uniquement zygomatique, et on leur expliquait qu’il s’agissait de jumeaux au caractère très différent. On leur demandait lequel des deux enfants était le plus susceptible de partager avec eux des autocollants.

Les enfants de 4 ans considéraient très légèrement plus souvent les enfants au sourire sincère comme probablement généreux. Cette tendance était bien établie à 5 ans. « L’interprétation sociale d’un signal important comme le sourire semble apparaître et se consolider très rapidement entre 4 et 5 ans », résume Mme Song.

La prochaine étape est de déterminer plus finement quels muscles sont utilisés dans les jugements sociaux tirés des sourires, parce qu’il existe plusieurs muscles autour des yeux. La psychologue allemande veut aussi étudier la capacité des enfants à sourire pour renforcer la crédibilité d’un mensonge, ce qui pourrait être utile lors des interrogatoires des enfants en cour et par les travailleurs sociaux des services de protection de l’enfance.

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