À suivre cette semaine

L’inflation en arrière-scène des conflits commerciaux

Chaque lundi, La Presse Affaires invite un professionnel du secteur des placements à discuter de ses principales préoccupations concernant l’économie et les marchés financiers. Notre invité cette semaine : Stéphane Rochon, chef stratège chez BMO Nesbitt Burns, la principale filiale boursière de la Banque de Montréal.

Qu’est-ce qui vous interpelle le plus dans l’actualité économique ?

C’est le déferlement des barrières tarifaires des États-Unis à l’encontre de ses principaux partenaires commerciaux. Parce qu’elles ont déjà des effets négatifs sur les marchés financiers, qui appréhendent des impacts subséquents dans l’économie mondiale.

Aussi, parce qu’on ignore jusqu’où l’administration Trump ira avec ses menaces de guerre commerciale, en suivi de ses messages électoralistes affirmant que les États-Unis se « font avoir » depuis trop longtemps par les autres puissances économiques.

Manifestement, l’administration Trump ne se rend pas compte du risque de dommages économiques suscité par ses déclenchements de tarifs protectionnistes. Et en particulier dans l’économie américaine et les États pro-Trump ciblés par la riposte tarifaire de l’Union européenne, du Canada et, depuis vendredi, de la Chine.

Dans ce contexte, que suivrez-vous le plus au cours des prochains jours, des prochaines semaines ?

Sans perdre de vue ces hostilités commerciales, ce qui nous importe beaucoup en tant que gestionnaire d’investissements à long terme est d’anticiper la performance des marchés d’actions et d’obligations. Et pour ce faire, nous suivons de près les tendances inflationnistes dans les principales économies du monde, à commencer par les États-Unis.

Ça nous sert pour analyser l’orientation de la politique monétaire [niveau des taux d’intérêt] des principales banques centrales, en particulier de la Réserve fédérale américaine (Fed).

Cette semaine, je suivrai la mise à jour [jeudi] de l’indice des prix à la consommation [CPI pour « Consumer Price Index »] aux États-Unis. Je n’anticipe pas de surprise avec cette mesure de l’inflation dans l’économie de consommation, parce que cet indice CPI est la résultante de diverses mesures plus spécialisées sur les prix et les coûts à divers niveaux de l’économie.

Selon ces récentes mesures, comme l’indice PPI du coût des intrants des producteurs [matières premières, énergie] ou encore la progression des salaires [publiée vendredi dernier avec les données de l’emploi en juin], on constate que les pressions inflationnistes sont de plus en plus fortes parmi les entreprises.

L’indice CPI de jeudi devrait nous informer sur la capacité des entreprises à transférer la hausse de leurs coûts vers des hausses de prix à leurs clients.

Pour les investisseurs en actions de ces entreprises, surveiller cette capacité devient de plus en plus important pour anticiper leurs prochains résultats, à cette étape avancée du cycle économique.

Où en est la répartition d’actifs parmi vos clients-investisseurs ?

Dans un portefeuille de type « équilibré », nous recommandons une surpondération en actions à 55 %, assortie de 5 % d’encaisse et de 40 % en titres à revenu fixe, avec une échéance moyenne de 3 à 4 ans.

Dans la portion en actions, nous maintenons la surpondération en actions américaines que nous recommandons depuis sept ans à nos clients, et qui les a bien servis depuis.

La vigueur de l’économie américaine et les baisses d’impôt de l’administration Trump continuent d’être porteurs pour les bénéfices des entreprises aux États-Unis pour quelques trimestres encore.

Sur la Bourse américaine, nous voyons le plus de valeur dans le secteur des produits et technologies de soins de santé ; dans la consommation de base comme les grands fabricants d’aliments et boissons ; ainsi que dans les grandes banques.

Et sur la Bourse canadienne ?

Malgré notre intérêt pour ce marché, nous demeurons hésitants face au déséquilibre considérable de la Bourse canadienne entre quelques secteurs dominants. Et son choix limité d’entreprises de grande capitalisation et d’envergure internationale.

Cela dit, notre préférence ces temps-ci se concentre dans le secteur de l’énergie, dont les prochains résultats et la valeur boursière bénéficieront le plus de la remontée importante du prix du pétrole [environ 60 % depuis un an].

Pour les investisseurs conservateurs, nous préférons les grandes entreprises de pipelines comme TransCanada et Enbridge. Pour les investisseurs un peu plus agressifs, nous suggérons des producteurs de pétrole et de gaz naturel comme Encana et Canadian Natural Resources.

DANS L’ACTUALITÉ BOURSIÈRE CETTE SEMAINE

RÉSULTATS TRIMESTRIELS

(échantillon d’entreprises en vue)

À la Bourse canadienne

Aujourd’hui : Alimentation Couche-Tard

Demain : Exfo (technologies)

Mercredi : Cogeco (télécoms, radio/télé)

À la Bourse américaine 

Demain : PepsiCo

Vendredi : banques Citigroup, JPMorgan Chase, Wells Fargo

INDICATEURS ÉCONOMIQUES

Au Canada

Mercredi : décision de taux d’intérêt de la Banque du Canada

Aux États-Unis

Jeudi : indice CPI des prix à la consommation (inflation, juin)

Sources : Thomson Reuters, billets d’économistes bancaires

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.