Départ de 250 médecins saoudiens

Un responsable de McGill craint une « transition difficile »

Le départ forcé de plusieurs dizaines de médecins résidents saoudiens à très court terme entraînera une « transition difficile » parce qu’ils ne pourront pas être facilement remplacés, affirme un médecin et responsable de l’Université McGill dans un courriel interne obtenu par La Presse.

Les quelque 250 médecins saoudiens qui pratiquent au Québec sont dans leur grande majorité affiliés à l’université anglophone. Ils ont été rappelés par le gouvernement de leur pays en raison des tensions diplomatiques actuelles entre Riyad et Ottawa.

Selon la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), dont les membres supervisent ces professionnels en formation, la situation inquiète plusieurs professionnels qui verront leur charge de travail augmenter substantiellement.

« Les médecins résidents de l’Arabie saoudite se sont fait demander de partir d’ici la fin du mois. Ils sont inquiets pour leur avenir et sous le choc », rapporte le Dr Ahsan Alam, médecin et directeur du programme de résidence en médecine interne de l’université, dans un courriel interne. Les étudiants de ce programme pratiquent surtout à l’Hôpital général, au Royal Victoria et à l’Hôpital général juif.

« Nous ne pouvons pas remplacer tous ces médecins résidents saoudiens avec notre liste de remplacement et nous devons œuvrer dans les limites de la convention conclue avec la Fédération des médecins résidents du Québec », a continué le Dr Alam dans son courriel.

« Ce sont des temps difficiles pour nous, mais surtout pour nos médecins résidents saoudiens. »

—  Le Dr Ahsan Alam, médecin et directeur du programme de résidence en médecine interne de l’Université McGill

« Ce sera une transition difficile, mais nous apprécions votre soutien alors que nous tentons de trouver des solutions », poursuit le Dr Alam.

Ahsan Alam a refusé d’accorder une entrevue à La Presse.

Le nombre de quarts de travail pour les médecins résidents, établi sans prendre en compte les Saoudiens, demeurera le même pour la province. Mais le bassin d’individus capables de les assumer diminuera soudainement, surtout dans les hôpitaux du réseau McGill, qui compte 225 médecins résidents saoudiens. Les réseaux de l’Université de Montréal et de l’Université Laval en comptent aussi quelques-uns.

Des médecins inquiets

Mercredi, le ministre de la Santé Gaétan Barrette a affirmé que les patients québécois continueraient à recevoir des soins adéquats. « Pour ce qui est de la dispensation des soins dans notre réseau, ce ne sera pas affecté de façon significative. Je ne dis pas qu’il n’y a aucun effet, je dis que ce n’est pas significatif », a-t-il affirmé. Il a ajouté que certains protocoles de recherche pourraient être plus durement affectés.

Hier, la présidente de la FMSQ s’est dite d’accord avec l’évaluation du ministre Barrette quant à l’impact pour les soins. Toutefois, les médecins spécialistes pâtiront de la situation, a-t-elle ajouté.

« Mais sur le plan de l’organisation des centres hospitaliers universitaires, ça va avoir un impact », a dit Diane Francoeur.

« C’est clair que si au pied levé vous nous enlevez 250 paires de bras, ça va avoir un impact. »

— Diane Francoeur, présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec

« Je ne crois pas que la population doit s’inquiéter. Mais est-ce que les médecins sont inquiets ? Oui », a-t-elle ajouté.

Elle souligne que plusieurs hôpitaux sont déjà en pénurie de médecins résidents et qu’il sera d’autant plus difficile de pourvoir certains quarts de travail.

Tensions avec l'Arabie saoudite

Le Canada sollicite des alliés 

Le Canada a discrètement cherché conseil et soutien auprès de certains de ses alliés, dont l’Allemagne et la Suède, pour tenter de résoudre la crise sans précédent dans ses relations avec l’Arabie saoudite, a indiqué hier à l’AFP une source gouvernementale. Selon un haut responsable gouvernemental ayant requis l’anonymat, la ministre canadienne des Affaires étrangères Chrystia Freeland a échangé avec ses homologues allemand et suédois. L’Allemagne et la Suède ont aussi subi au cours des dernières années les foudres de l’Arabie saoudite pour avoir critiqué son bilan en matière de droits de l’homme. Mme Freeland a cherché à savoir comment ces pays étaient parvenus à régler leurs différends et leur a aussi demandé leur soutien, a ajouté le haut responsable. Ottawa prévoit également contacter les Émirats arabes unis et le Royaume-Uni, qui entretiennent de solides liens historiques avec Riyad. Le Canada n’a pas caché sa déception que des puissances occidentales, dont les États-Unis – partenaires et alliés des deux pays –, ne lui expriment pas publiquement leur soutien.

— Agence France-Presse

Actualités

L'Arabie saoudite maintient ses livraisons de pétrole au Canada

Le ministre de l’Énergie d’Arabie saoudite assure au Canada que le différend diplomatique entre Riyad et Ottawa ne nuira pas aux ventes de pétrole. L’agence de presse officielle saoudienne a publié un communiqué dans lequel le ministre Khaled al-Faleh indique qu’il existe « depuis longtemps une politique ferme qui n’est pas influencée par les circonstances politiques ». Le ministre de l’Énergie ajoute que « la crise diplomatique actuelle entre l’Arabie saoudite et le Canada n’aura aucune incidence sur les relations de [l’entreprise nationale] Saudi Aramco avec ses clients au Canada ». Environ 10 % des importations de pétrole du Canada proviennent de l’Arabie saoudite.

— Associated Press

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