intoxication au monoxyde de carbone

Des centaines d’écoles sans détecteurs

Des centaines d’écoles de la province n’avaient pas de détecteurs de monoxyde de carbone avant que Québec n’intervienne à la suite d’une intoxication dans une école primaire à la mi-janvier. À la Commission scolaire de Montréal, la plus importante au Québec, moins de 10 % des quelque 200 bâtiments ayant des équipements à combustion en étaient dotés, révèlent des documents obtenus en vertu de la Loi sur l’accès à l’information.

« Il n’y avait pas d’obligation à en mettre, mais la semaine où on a reçu la demande [du ministre], 2000 détecteurs ont été installés. C’est ça, l’important », dit Alain Perron, porte-parole de la commission scolaire. L’opération a coûté environ 300 000 $.

L’explication est la même dans plusieurs commissions scolaires, dont la Commission scolaire de la Capitale, à Québec, où seuls cinq bâtiments sur 63 étaient munis de détecteurs. Il s’agit de centres d’enseignement professionnel où se trouvent des garages.

« Ça ne fait pas partie des règles en vigueur, la réglementation dit qu’il doit y en avoir aux endroits où il y a des gens qui dorment. Ce n’était pas exigé, et il n’y a pas de gens qui dorment dans les écoles. »

— Marie-Élaine Dion, porte-parole de la Commission scolaire de la Capitale

Le mois dernier, des élèves et des membres du personnel d’une école primaire de LaSalle ont été intoxiqués par une fuite de monoxyde de carbone, si bien qu’une quarantaine de personnes ont été transportées dans différents hôpitaux de Montréal pour être soignées. Dans les corridors de l’école, la concentration de monoxyde de carbone était cinq fois plus élevée que la norme devant mener à une évacuation, a alors rapporté le Service de sécurité incendie de Montréal.

Le monoxyde de carbone est un gaz qui ne se voit pas et qui est inodore. Le respirer peut provoquer de graves symptômes pouvant aller jusqu’à la mort.

Par courriel, la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys explique qu’elle a installé de tels détecteurs dans tous ses établissements, mais n’a pas été en mesure de nous dire combien de ses écoles en avaient quand des enfants ont été intoxiqués en janvier, ni combien de détecteurs ont depuis été installés. La deuxième commission scolaire en importance de la province gère une centaine d’établissements.

À l’est de Montréal, la Commission scolaire des Affluents n’en a installé aucun dans ses écoles, « dans le respect de la législation », mais assure que ce sera fait d’ici mars 2019.

Des installations qui tardent

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a demandé le 17 janvier à toutes les commissions scolaires de se doter de tels dispositifs sans attendre la modification au Code du bâtiment.

« Déjà, plusieurs écoles ont confirmé soit que de tels dispositifs étaient déjà en place, soit qu’ils avaient été installés récemment, ou encore que des démarches étaient en cours en ce sens », explique l’attaché de presse du ministre, Francis Bouchard.

À la Commission scolaire des Trois-Lacs, dans la région de Vaudreuil-Soulanges, aucune école n’est dotée d’un tel détecteur, à l’exception d’un centre de formation professionnelle.

La commission scolaire n’a pas commencé l’installation de détecteurs dans la quarantaine d’écoles et centres qui en auraient pourtant besoin.

« Avant de se lancer dans l’installation de détecteurs et d’investir des sommes, on veut voir quels seront les changements dans le Code du bâtiment. »

— Sébastien Bédard, directeur des communications de la Commission scolaire des Trois-Lacs

À la Commission scolaire des Chênes, dans la région de Drummondville, on estime qu’il faudra encore deux mois pour analyser les solutions possibles et leur coût, puis encore du temps avant de pouvoir installer des détecteurs de monoxyde de carbone.

N’aurait-on pas dû en installer avant que le ministre intervienne, vu les conséquences qui peuvent découler d’une fuite de monoxyde ? « Je ne crois pas, compte tenu que nos systèmes de chauffage sont bien entretenus et bien vérifiés. C’est vraiment une mauvaise surprise que d’avoir une fuite », dit Yves Gendron, directeur des ressources matérielles de la commission scolaire.

— Avec la collaboration de William Leclerc, La Presse

« Un geste responsable, efficace et peu coûteux »

La Régie du bâtiment du Québec (RBQ) n’a pas répondu à nos demandes d’entrevue, hier. Même si la réglementation n’oblige pas encore les écoles à se doter d’un détecteur de monoxyde de carbone, la RBQ recommande l’installation d’un avertisseur de monoxyde de carbone certifié « dans tous les bâtiments publics et résidentiels où un combustible solide, liquide ou gazeux est utilisé. Il s’agit d’un geste responsable et efficace, facile et peu coûteux », conclut la Régie sur son site internet.

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