Opinion 

Conditions de travail des enseignantes
Un sursis avant la guerre

Avec juin vient la fin d’année. C’est toujours pareil, il s’agit de la dernière ligne droite avant les vacances estivales. En voyant la fin arriver, on sait qu’on doit préparer les élèves aux nombreuses évaluations finales, participer aux activités de fin d’année, faire des adieux souvent émotifs aux enfants, dire au revoir pour quelques semaines à nos collègues de travail tout en commençant, malgré le temps qui nous en sépare, à préparer la prochaine rentrée. Cette fin d’année ne fera pas exception. Les enseignantes s’en iront paisiblement reprendre des forces.

Une période de repos qu’on souhaite des plus revigorantes, car à l’automne, il faudra être bien énergisées. Vous n’êtes pas sans savoir que le début de la négociation des employés du secteur public est prévu pour l’automne. Il sera important que les enseignantes se tiennent debout jusqu’à ce que le gouvernement comprenne que l’amélioration du système d’éducation passe par une bonification de leurs conditions de travail. On ne doit plus négliger notre santé et nos valeurs pour limiter la lutte.

La donnée la plus significative pour entamer cette négociation est que, même en considérant le coût de la vie, les enseignantes sont les moins bien payées au Canada. Le salaire des enseignantes est d’autant moins alléchant quand on le relativise avec le nombre d’heures de travail supplémentaires effectuées les soirs et les fins de semaine. Si on le compare à l’Ontario, le salaire maximal des enseignantes québécoises est de 16 % inférieur. Le gouvernement au pouvoir dit faire de l’éducation sa priorité et il veut créer des emplois payants de qualité. Ce serait alors naturel de payer les enseignantes à leur juste valeur.

En plus de leur faible salaire, les enseignantes sont débordées par toutes sortes de tâches connexes (surveillance, paperasse, plans d’intervention, suivis variés, activités parascolaires, etc.) qui limitent leur temps de perfectionnement, de préparation de leçons et d’enseignement.

Aussi, à cause des programmes d’enrichissement qui pullulent et de la compétition subventionnée des écoles privées, les classes ordinaires confiées aux enseignantes n’en sont plus réellement étant donné qu’elles sont désertées par les meilleurs élèves.

Des améliorations passent invariablement par une réorganisation du temps de travail, par un ratio d’élèves plus bas dans les classes ordinaires, par des services de dépistage plus nombreux, par des suivis professionnels bonifiés et par plus de « team-teaching ».

L’amélioration des conditions de travail des enseignantes améliorera les services aux élèves et, donc, leur réussite. On doit offrir le meilleur à nos enfants, rendre la profession plus attirante pour la relève et traiter correctement les enseignantes déjà en place. D’ailleurs, la lutte contre la pénurie actuelle qui cause son lot de travail supplémentaire passe en grande partie par l’amélioration de nos conditions de travail.

Mesdames, il n’est pas question d’être laissées de côté encore une fois. J’en appelle à toutes mes collègues, ne signons pas d’ententes à moins d’avoir réalisé des gains substantiels. Reposez-vous bien cet été, car à l’automne, il se peut que nous ayons à troquer nos craies contre des pancartes et une bonne paire de bottes.

* Le féminin est employé puisque la majorité des enseignantes sont des femmes. C’est malheureusement pour cette raison que leurs conditions salariales sont traditionnellement moins bonnes que celles des métiers à prépondérance masculine. Il est temps que cela change. On se voit à l’automne.

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