Les prix des chantiers montréalais en hausse de 13 %

Des prix en hausse, le nombre d’entrepreneurs en baisse. La multiplication des chantiers dans les rues de la métropole pourrait avoir contribué à faire augmenter de 13 % en deux ans le prix des travaux d’infrastructures, conclut une analyse de la Ville de Montréal.

La direction des infrastructures de Montréal a mené en juin une analyse pour suivre l’évolution des prix des chantiers. Celle-ci a constaté que l’ensemble des contrats conclus en 2016 avaient été accordés à des prix 4 % inférieurs aux estimations. Mais en 2018, la moyenne a grimpé à 8,7 % au-dessus des estimations. « Ces constatations reflètent une augmentation des prix du marché de l’ordre de 13 % par rapport à 2016 », peut-on lire dans un document remis mercredi dernier aux élus de l’administration Plante.

Pour expliquer la hausse des prix, les fonctionnaires soulignent que la cadence des travaux a considérablement augmenté. Il y a deux ans, Montréal avait lancé pour 400 millions en appels d’offres. En 2018, le total des projets d’infrastructures s’élève désormais à 730 millions. Et ce, sans compter les nombreux chantiers menés par le ministère des Transports (l’échangeur Turcot, par exemple) ou sur le nouveau pont Champlain.

L’administration Plante dit suivre la situation de près. « C’est sûr qu’il faut demeurer vigilant », dit l’élu Sylvain Ouellet, responsable des travaux d’infrastructures. Celui-ci a commandé une analyse supplémentaire pour tenter de mieux comprendre la hausse.

Le conseiller municipal ajoute que les appels d’offres dont les prix sont 20 % au-dessus de l’estimation sont automatiquement annulés et repris. 

« Quand les prix sont trop élevés, on n’hésite pas à annuler les appels d’offres. Ce n’est pas vrai qu’on va accepter des prix qui n’ont pas d’allure. »

— Sylvain Ouellet, élu responsable des travaux d’infrastructures

M. Ouellet estime que la situation pourrait n’être que temporaire. Il rappelle que les prix avaient chuté dans la foulée de la commission Charbonneau, alors que le nombre de chantiers avait momentanément connu une forte diminution. « Beaucoup de compagnies n’avaient plus rien à manger. Mais là, si le carnet de commandes des entrepreneurs est plein, soit ils ne soumissionnent pas, soit ils demandent un prix plus élevé pour tenir compte des embauches à faire ou de l’équipement à acheter », explique l’élu.

Cette pression dans le carnet de commandes des entreprises pourrait diminuer prochainement alors que certains gros chantiers doivent prendre fin ou ralentir. Le nouveau pont Champlain doit être terminé au cours de l’hiver. Les travaux sur l’échangeur Turcot doivent se poursuivre quelques années encore, mais le pic observé cet automne sera alors chose du passé.

Moins d’entreprises

L’analyse de juin a également constaté que le nombre d’entreprises participant aux appels d’offres a aussi diminué. En 2016, 5,9 soumissionnaires manifestaient leur intérêt pour décrocher chacun des contrats mis de l’avant par Montréal. En 2018, la moyenne est tombée à 4,3.

Pour expliquer la baisse du nombre de soumissionnaires, la métropole note que certaines entreprises qui participaient habituellement aux appels d’offres ont été acquises par des compétitrices. Le bassin s’est ainsi réduit dans la région.

Malgré la hausse des prix et la baisse du nombre de soumissionnaires, Montréal ne craint pas un retour de la collusion. « L’analyse nous amène à croire que ce marché est présentement en libre concurrence », écrivent les responsables de la direction de l’infrastructure.

Liste « grise »

La Ville de Montréal a cité les résultats de cette analyse sur le coût des chantiers pour justifier l’attribution d’un contrat à une entreprise inscrite à la liste des firmes au rendement insatisfaisant. L’administration Plante a en effet accepté de confier à Pavages D’Amour le mandat d’aménager une piste cyclable de 570 mètres entre Sainte-Anne-de-Bellevue et Kirkland, pour la somme de 362 000 $.

L’entreprise est inscrite depuis août 2017 sur cette « liste grise » après avoir fait l’objet d’un rapport de rendement insatisfaisant pour un contrat de déneigement dans le Sud-Ouest. Cette inscription fait en sorte que Montréal se réserve le droit de refuser l’attribution d’un contrat à une entreprise qui a connu des difficultés dans l’exécution d’un contrat passé.

L’administration Plante a toutefois décidé de ne pas se prévaloir de cette clause dans ce cas, « dans la mesure où ils n’ont pas fait l’objet d’une évaluation non satisfaisante dans le secteur d’activité faisant l’objet de l’appel d’offres ». Montréal note que Pavages D’Amour n’a aucune tache à son dossier pour des travaux d’infrastructures. Depuis 2011, l’entreprise a obtenu 14 de ces chantiers, pour une valeur de 30 millions. La métropole estime que l’entreprise « a démontré sa compétence pour ce type de contrat ».

Écarter Pavages D’Amour coûterait aussi plus cher. L’entreprise qui venait au deuxième rang des plus bas soumissionnaires – cinq entreprises ont participé à l’appel d’offres – demandait en effet 26 % de plus pour exécuter les travaux dans la piste cyclable. Le chantier pour la piste cyclable doit être terminé d’ici à la fin d’octobre.

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