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Lyon, ville connectée, économe et végétale…

J’ai habité Lyon en 1995 et 1996, une ville bourgeoise, tranquille, un peu ronron pour tout vous dire. J’ai bien aimé, mais ça ne m’a pas arraché le cœur de la quitter, disons.

Vingt ans plus tard, j’y suis retourné. J’ai remarché sur les rives du Rhône. J’ai arpenté les berges de la Saône. J’ai visité la vieille ville, traversé les traboules, grimpé Fourvière.

Et je n’ai tout simplement pas reconnu la ville. Wow !

L’histoire de Lyon a beau remonter à plus de 2000 ans, la ville a eu besoin d’à peine 20 ans pour se métamorphoser, pour devenir une métropole dynamique qui attire l’attention des investisseurs, des architectes, des geeks et des écolos.

La ville intelligente, la voilà ! Et pas juste parce qu’elle a pris le virage techno.

La ville de Lyon se rêve « connectée, économe et végétale », et tout ce qu’elle entreprend participe de cet objectif. Son parc de véhicules électriques en libre-service. Ses édifices qui produisent plus d’énergie qu’ils n’en consomment. Son tunnel pour navetteurs à vélo. Ses berges devenues, sur 50 km, un véritable musée à ciel ouvert !

C’est comme si on prenait tous les projets les plus fous qui ont été imaginés à Montréal au cours des dernières années… et qu’on les réalisait. Y compris le tramway, les bâtiments les plus déjantés et l’ouverture d’une fenêtre sur le fleuve.

Lyon a fait tout ça en 20 ans. Ça, et tant d’autres choses.

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Ma plus grande surprise, je l’ai vécue dans un quartier que je n’avais même pas visité en 1995. Un quartier central qu’on appelle Confluence, situé à la rencontre du Rhône et de la Saône.

À l’époque, c’était un trou. Seuls les gens envoyés en prison y allaient. Aujourd’hui, c’est un laboratoire de la ville de demain, c’est un des cinq quartiers les plus écologiques d’Europe, c’est un terrain de jeu qui attire les plus grandes pointures de l’architecture mondiale.

Sans exagération.

« Confluence, c’est Lyon qui se réapproprie l’eau qui l’entoure. C’est à la fois du développement durable, une réhabilitation des bâtiments anciens et une façon de faire pénétrer la rivière dans la ville », s’enthousiasme le maire, Gérard Collomb.

Ce projet, c’est son plus grand legs. Celui sur lequel il travaille le plus activement. Après notre rencontre, d’ailleurs, le maire devait peaufiner les détails de la phase 2 du quartier avec nul autre que Pierre de Meuron, du célèbre bureau d’architectes Herzog & de Meuron.

Car voyez-vous, contrairement à ce qu’on a fait à Griffintown, le maire de Lyon a décidé de planifier le lotissement de Confluence et non de le laisser aux mains des promoteurs. Mieux, il a donné à Herzog & de Meuron, après concours, le mandat de tracer les grandes lignes urbanistiques de la presqu’île. Puis il a imposé des règles strictes pour tous les nouveaux bâtiments. Si bien qu’on s’y balade aujourd’hui comme dans un musée.

À gauche, un bâtiment aux grandes baies vitrées dessiné par Christian de Portzamparc.

À droite, un îlot qui produit plus d’énergie qu’il n’en consomme dessiné par Kengo Kuma.

Plus loin, un chantier sur lequel planche Jean Nouvel. Un cube orange signé Jakob & Macfarlane. Un musée à la Frank Gehry imaginé par Coop Himmelb(l)au.

Il manque juste la signature du grand Norman Foster. Sa candidature a été rejetée…

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Pour en arriver là, Lyon a dû s’impliquer, beaucoup. Son maire, surtout, qui s’était fait une idée de ce qu’il voulait en visitant Barcelone et Buenos Aires. Le premier geste a donc été la mise sur pied d’une société publique, comme l’a fait Montréal pour son havre à une autre époque.

« Le maire était le compositeur, nous étions le chef d’orchestre, explique Pierre Joutard, directeur de la Société Publique Locale Lyon Confluence. On a commencé par élaborer des scénarios, puis un plan et des budgets. Ensuite, on a acquis les terrains, on a mis les sols en état, on a remembré tout ça. Puis on a revendu. »

Simple… mais coûteux. Car pour vendre, il fallait attirer les acheteurs. Et pour attirer les acheteurs, il fallait d’abord donner de la crédibilité à ce quartier malfamé. Il fallait envoyer un signal clair aux investisseurs, il fallait dépenser. « Quand on investit 1 euro d’argent public, note le maire, le privé investit 7 ou 8 euros en moyenne. Ça vaut la peine ! »

Pour tous ces projets d’envergure, Lyon a appliqué la même recette. Une recette qui commence toujours par le même ingrédient : les transports en commun. 

C’est une condition sine qua non, aux yeux de Gérard Collomb, qui n’a pas hésité à desservir tous ces secteurs par le tramway.

« Une fois cela fait, dans le cas de Confluence, je suis allé voir le journal Le Progrès, dont les bureaux étaient décentrés, précise le maire. Je les ai convaincus de déménager dans le quartier en leur expliquant notre vision. Ils se sont dit : “Banco, on y va !” »

Et soudainement, le trou n’était plus un trou. C’était un lieu en émergence. Surtout que la Ville venait de creuser un vaste bassin, en plein centre, façon d’amener la rivière à l’intérieur du quartier… et de donner de la valeur aux terrains avant de les revendre.

En un rien de temps, les promoteurs se sont alors bousculés pour investir. Si bien qu’aujourd’hui, Confluence est l’un des plus importants chantiers d’Europe. Et une grande fierté pour Gérard Collomb.

« Vous savez, j’ai fait visiter le quartier à Denis Coderre en 2014. Il avait beaucoup aimé… »

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