Musique / Fanny Bloom

Sur son X

Plusieurs facteurs expliquent pourquoi Fanny Bloom est si libre sur son troisième album résolument pop, Liqueur. Elle a beaucoup appris d’une tournée solo et de deux camps d’écriture et elle s’apprête à franchir le cap d’une première décennie de carrière (le premier album de son ancien groupe, La Patère rose, est sorti il y a neuf ans jour pour jour). Tour d’horizon.

La tournée solo

Dans le cycle de son deuxième album, Pan, Fanny Bloom a fait une tournée solo en 2016 et sorti un album piano-voix. « Même Dumas me l’avait dit : “Ça va te changer”, raconte Fanny Bloom. C’est vrai. La tournée m’a disciplinée, groundée et m’a permis de trouver ma zone de confort. Depuis La Patère rose, j’avais toujours été accompagnée sur scène dans un cadre énergique, demandant. Or, je suis une pianiste, je compose… J’avais l’impression que cela se perdait derrière les paillettes. »

Fanny Bloom a ressenti le besoin de transférer « cette énergie » dans la création d’un nouvel album avec Thomas Hébert et Julien Harbec… ses deux anciens acolytes de La Patère rose (et membres du groupe Valaire).

Deux camps d’écriture

L’an dernier, Fanny Bloom a participé à deux camps d’écriture. Un premier avec Gilles Vigneault, chez lui, à Saint-Placide. Le bilan ? Presque libérateur.

« J’étais bloquée dans des patterns d’écriture. Comme auteure, le danger est d’être trop confortable et de ne pas essayer d’aller plus loin. Je voulais rallumer l’étincelle que j’avais quand j’étais jeune et que j’écrivais sans trop réfléchir. Avec le temps, je me suis mise à beaucoup analyser. »

— Fanny Bloom

« Étrange à dire, mais Gilles Vigneault m’a beaucoup aidée là-dedans ! s’exclame Fanny Bloom dans un éclat de rire. À force d’écouter ses conseils pendant une semaine, j’ai pris l’écriture autrement. J’ai été capable d’aller chercher quelque chose qui était déjà là et qui flottait. C’est de se faire confiance, en fait. À la base, j’ai de bons instincts. Mais c’est de la rigueur aussi d’écrire. »

Fanny Bloom a également pris part au deuxième camp d’écriture organisé par la SOCAN, en avril 2017. En est issue la suave chanson pop À bicyclette, qu’elle cosigne avec Philémon Cimon et sur laquelle figurent Tommy Kruise et Shash’U.

« Coécrire, je n’avais jamais fait cela. C’est confrontant et enrichissant », souligne Fanny Bloom.

Il faut aussi une bonne dose d’humilité pour montrer ses compositions à ses pairs à la fin de la journée.

C’est également au camp d’écriture de la SOCAN, auquel Fanny Bloom a participé avec Thomas et Julien, qu’est né le deuxième extrait de son nouvel album, On s’aimera. Difficile de ne pas succomber à ces beats coquins, à l’atmosphère lounge et au refrain féminin.

L’étape du troisième album

Résumons-le ainsi : un premier album est un test pour un artiste. Succès ou pas, le deuxième est encore plus stressant, car il est attendu.

Pour Fanny Bloom, ce n’est pas si simple que cela. Avant son envol solo, son groupe La Patère rose a cessé d’exister bien malgré elle, après une victoire au concours Les Francouvertes, suivie de tubes comme Marelle, de sélections à l’ADISQ et d’une tournée en France en première partie de Mika. Ses acolytes Thomas Hébert (alias Roboto) et Julien Harbec (alias Kilojules) ont fait le choix difficile de se consacrer à leur groupe, alors toujours appelé Misteur Valaire.

Nous avions assisté au poignant spectacle d’adieu donné en juin 2011 au Cabaret du Mile End (aujourd’hui le Théâtre Fairmount).

Or, la vie fait bien les choses. Fanny Bloom est toujours en couple avec Thomas Hébert. Et c’est avec Julien Harbec et lui qu’elle a fait Liqueur.

Liqueur est synonyme de plaisir et de bien-être. « Quand j’ai sorti mon premier album solo, Apprentie guerrière [en 2012], j’étais complètement perdue, raconte Fanny Bloom en se prenant la tête. Puis quand j’ai sorti Pan, le deuxième [en 2014], j’ai commencé à avoir du fun. »

« Mais avec Liqueur, poursuit-elle, il y avait une nonchalance. Je me sentais en team avec les gars. Tous les trois, nous nous sommes laissés aller sans prendre trop notre temps. L’album a été bouclé en un an. Je voulais rester dans la spontanéité sans surpenser les choses.

« Je trouve que c’est mon album qui se tient le plus avec une ligne directrice », ajoute-t-elle.

Du plaisir et du sérieux

Si Liqueur est un album pop et joyeux, il n’est pas que léger.

Ballade au piano, Lily est dédiée à la belle-mère que Fanny Bloom n’a jamais connue. « Cela fait 15 ans que je connais Thomas. Sa mère me fascine, j’aime cette personne-là, mais je ne la connaîtrai jamais. C’est fucked up. Je voulais écrire une chanson à ce propos-là depuis longtemps. C’est après avoir rêvé à elle que j’ai écrit une chanson. Or, j’ai gardé cela secret jusqu’à la dernière minute. »

À l’inverse, la chanson Jaser jaser est née dans un contexte d’ivresse. « C’était une chanson où je me disais : “Restons dans le plaisir”. »

Queue leu leu a tout pour devenir un tube. La pièce-titre Liqueur ? « Je l’adore ! C’est ma préférée ! C’est mon chou à la crème. »

Le spectacle à venir ? « Cela m’enchante, lance Fanny Bloom. Je pense que je vais prendre plus le devant de la scène. Moins me cacher derrière mon piano. J’ai envie d’être dans mes membres et de bouger. »

Conclusion ?

Fanny Bloom est aujourd’hui une artiste féminine québécoise établie et même incontournable dans un gala ou un spectacle choral.

« Petit train va loin, lance-t-elle. Je suis satisfaite de la place que j’occupe. Il faut toujours aspirer à plus, mais je profite de ce qui passe dans le présent. »

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