Jean-Michel Blais

Virtuose de l’émotion

Le pianiste Jean-Michel Blais se produisait devant 1500 personnes au théâtre Maisonneuve de la Place des Arts, mardi soir, pour le premier de deux spectacles qui viennent clore la tournée de son album Dans ma main. Nous l’avons suivi du test de son jusqu’à son entrée en scène. Compte rendu ponctué de témoignages de spectateurs touchés par sa musique au grand pouvoir d’évocation.

« Un peu perfectionniste »

« Le son est bon, Guillaume ? »

Jean-Michel Blais veut être rassuré.

« Vraiment beau », lui répond son imprésario, Guillaume Decouflet.

Le test de son a débuté à 10 h. En après-midi, Jean-Michel a répété avec les trois invités qu’il accueillera sur scène : CRi, CFCF et Foxtrott. Tous figurent sur le EP dans ma main (remixes), sorti l’été dernier.

À notre arrivée en coulisse, Marie-Hélène Delorme (Foxtrott) chante à côté de Jean-Michel Blais.

Ensuite, elle s’assoit à côté de lui pour jouer du piano à quatre mains. De toute beauté.

Mais Jean-Michel Blais n’aime pas l’acoustique de l’un des deux pianos sur scène. Pas celui à queue, mais le vieux piano droit.

Heureusement, un accordeur arrive à 16 h 30.

À cette heure, le test de son devrait être terminé depuis 30 minutes. Or, la liste de chansons vient d’être remaniée, et Jean-Michel Blais veut revoir certains enchaînements.

La star de la soirée est « juste un peu perfectionniste », blague une membre de son équipe.

Vers 17 h, Jean-Michel Blais demande à des gens de son entourage de quitter la salle. Il veut être seul pour répéter la pièce qu’il espère interpréter en clôture….

Mystère.

Une soirée pas comme les autres

Il est 17 h 30 quand Jean-Michel Blais nous accueille dans sa loge. Il espérait faire un saut chez lui avant le spectacle, mais les répétitions ont duré beaucoup plus longtemps que prévu.

Ce n’est pas une soirée comme les autres. « Je suis à Montréal, c’est une grosse salle, des gens que j’aime seront là. Je veux que la foule sente que le moment est unique. Et c’est important de mettre la barre haut et de se renouveler », expose-t-il avec son enthousiasme habituel.

Avant de monter sur scène, Jean-Michel Blais prend habituellement le temps de se recueillir avec un petit rituel « de méditation et de respiration ». « Je m’habille et je prends 30 minutes pour sentir que cela s’en vient. »

Or, en soirée, Jean-Michel Blais était encore en train de répéter sur scène à 19 h 30, après être allé souper rapidement avec son copain.

Vingt minutes plus tard, les portes du théâtre Maisonneuve finalement se sont ouvertes, et les spectateurs ont gagné leurs sièges.

Un public varié

Tous les chemins mènent à Jean-Michel Blais, constate-t-on en discutant avec des spectateurs 20 minutes avant le concert.

Augustine, 9 ans, et sa grande sœur Clémence patientent avec leur père, Mathieu Renaud. « C’est leur cadeau de Noël », explique-t-il. Augustine, qui suit des cours de piano, a les yeux qui pétillent de bonheur. « J’ai hâte ! »

Delphine Lepage, 28 ans, a découvert Jean-Michel Blais à Tout le monde en parle en octobre dernier. C’était la première fois, hier soir, qu’elle voyait un spectacle au théâtre Maisonneuve. « Je l’écoute beaucoup en travaillant. Cela me permet de faire la vide et d’être dans la création. »

Son amie Laurence Havard, aussi architecte, l’a découvert pour sa part grâce à Spotify. « Mais le vinyle en vente en bas me tente », lance-t-elle.

« Je l’ai découvert il y a deux mois à la radio de Radio-Canada », nous explique de son côté Léonie Morrisseau. La mère de deux adolescents écoute aussi la pianiste Alexandra Stréliski, autre fière ambassadrice de Montréal du mouvement néo-classique. « J’aime le fait que leur musique soit accessible sans l’aura qui entoure le classique. »

Tous les chemins mènent à Jean-Michel Blais, disait-on. Mais au bout du compte quel est le secret de son succès ? « Sa virtuosité est toujours au service de l’émotion », comme le résume si bien son imprésario Guillaume Decouflet.

Place au spectacle

Il n’était pas certain de l’interpréter en clôture de son spectacle – c’était le mystère –, mais il l’a fait…

« Je vais essayer de quoi », a-t-il lancé en prenant une grande respiration.

Le public réuni au théâtre Maisonneuve mardi soir est le premier à avoir entendu Jean-Michel Blais interpréter sa pièce intitulée chanson, la seule de son répertoire où on peut entendre sa voix.

En d’autres mots, Jean-Michel Blais a chanté (et même les membres de son équipe l’entendaient pour la première fois).

Autre première pour le public montréalais, un « medley » – a-t-il blagué – de la trame sonore du film Matthias et Maxime, de Xavier Dolan, pour laquelle Jean-Michel Blais a gagné un disque d’or d’honneur en marge du Festival de Cannes.

En plus de ses deux albums officiels, Blais a sorti des EP, dont un avec le musicien électronique CFCF sous le nom Cascades.

C’était puissant de les voir partager la scène.

Et que dire du remixage avec CRi de la pièce blind : wow !

Fidèle à son habitude, Jean-Michel Blais a beaucoup parlé à la foule – comme si elle était dans son salon –, l’invitant à être « relax ».

Il n’y avait pas de rappel formel au programme, a-t-il expliqué, car il n’aime pas faussement prétendre que le spectacle est terminé.

Jean-Michel Blais est à l’image de sa musique. Vrai. Aussi touchant qu’accessible. Et très humain.

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