Chronique Lysiane Gagnon

FRANCE Les malheurs d’Emmanuel

Mauvais été, mauvaise rentrée. Emmanuel Macron, l’homme à qui tout réussissait, frappe le premier écueil de sa vie.

Les sondages le montrent encore moins populaire que François Hollande ne l’était après un an au pouvoir.

La démission surprise de Nicolas Hulot a eu beaucoup de retentissement parce qu’elle a agi comme un coup de fouet sur les écolos du monde entier, mais cet événement n’explique aucunement l’impopularité actuelle du président Macron.

M. Hulot est bien connu en France pour ses émissions de télé, bien connu aussi pour être une personnalité mi-idéaliste, mi-opportuniste, peu encline au travail en équipe, et chroniquement réfractaire aux compromis inhérents à toute action politique.

Hulot était une belle prise pour Emmanuel Macron, mais son départ sera à peine plus marquant, dans la réalité gouvernementale, que la démission appréhendée de Stéphane Bern, un autre populaire animateur de télé, chargé celui-là de la sauvegarde du patrimoine régional.

Ce dernier, outré de voir l’État monopoliser 450 millions pour rénover le Grand Palais à Paris, se plaint de la minceur de ses budgets, de même que de l’inefficacité du ministère de la Culture… qui est effectivement à la dérive sous la tutelle de l’ancienne éditrice d’Actes Sud Françoise Nyssen.

Éditrice respectée, Mme Nyssen s’est avérée un désastre comme ministre – elle a perdu sept des dix membres de son cabinet en un an, sans compter qu’elle est actuellement poursuivie pour avoir agrandi illégalement les locaux de sa maison d’édition.

Coïncidence ou pas, Mme Nyssen, de même que MM. Hulot et Bern, tous trois non élus, sont issus de la société civile que le président Macron voulait privilégier au détriment des politiciens professionnels pour renouveler la France… Mais peut-être qu’un entraînement politique n’est pas superflu pour faire du bon boulot en politique !

Quoi qu’il en soit, ces péripéties seraient anecdotiques si elles ne survenaient après une accumulation de déconvenues.

La grande majorité des anciens électeurs du PS avaient voté pour Macron au premier tour de la présidentielle. Ils étaient ses alliés les plus enthousiastes, pendant qu’à droite on rageait sur le fiasco de la candidature de François Fillon.

Mais le président Macron a gouverné trop à droite, estime-t-on dans la gauche modérée. La plupart des mesures phares de la première année du quinquennat ont été à l’avantage des entreprises.

Cela a rétabli un climat de confiance pour les investisseurs, mais les retombées ne se font pas encore sentir, tandis que l’électorat de droite attend toujours qu’on s’attaque résolument à la diminution des dépenses publiques.

On reconnaît volontiers que le jeune président a brillamment remis la France sur la carte du monde, mais là comme ailleurs, c’est sur les questions de politique intérieure, non pas sur les enjeux internationaux, que les électeurs jugent leurs gouvernements.

Pour Emmanuel Macron, l’été s’est avéré calamiteux sur le plan personnel.

Il y a eu l’affaire Benalla, du nom de son fidèle garde du corps qui avait molesté des manifestants en mai. L’affaire a éclaboussé non seulement la police, mais de proches collaborateurs du président, et donné (faussement) l’impression que ce dernier souhaitait une garde personnelle échappant au contrôle de l’État, comme dans les dictatures.

La semaine dernière, l’ombudsman du journal Le Monde a dû se défendre contre les nombreux lecteurs qui reprochent au quotidien d’avoir transformé en affaire d’État un simple fait divers (la dérive personnelle du jeune Alexandre Benalla).

Il reste que cette affaire, qui d’ailleurs se poursuit dans une commission d’enquête au Sénat, a eu d’autant plus d’impact que M. Macron projette souvent l’image d’un monarque autoritaire et méprisant.

Dans un récent discours au Danemark, il qualifie les Français de « Gaulois réfractaires au changement ».

À un ado impertinent qui le salue en l’appelant « Manu », M. Macron adresse une remontrance interminable, l’enjoignant d’étudier s’il veut réussir dans la vie.

À des jeunes qui le taquinent sur son beau costume, il rétorque qu’ils n’ont qu’à travailler pour s’en payer un.

Dans un discours, il départage les gens « qui réussissent » de ceux « qui ne sont rien »…

Geste qui pue le népotisme à plein nez, le président vient de nommer au prestigieux poste de consul général à Los Angeles un écrivain, Philippe Besson, qui a publié avant la présidentielle un « roman » hagiographique sur le couple Macron.

Pour avoir les coudées franches, le président avait promulgué, le 3 août, un décret permettant au gouvernement de nommer à sa discrétion 22 postes consulaires.

Il y a certes des écrivains qui ont représenté la France à l’étranger, mais ils avaient presque tous une expérience diplomatique.

S’agissant de Besson, ami intime de Brigitte Macron et thuriféraire du président, impossible de ne pas y voir une nomination pour services rendus.

Pour quelqu’un qui avait promis un renouveau de la vie politique, ce comportement a des relents d’ancien régime et n’aidera pas M. Macron à faire remonter sa cote de popularité.

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