Football universitaire

Parfum d’histoire à McGill

Les Redmen de McGill et les Stingers de Concordia se disputeront cet après-midi la Coupe Shaughnessy, un trophée créé en l’honneur de l’entraîneur Frank Shaughnessy, qui a été un véritable titan de son sport au début du XXe siècle.

Le Rouge et Or de l’Université Laval et les Carabins de l’Université de Montréal ont bâti au cours des dernières années de solides traditions, même si les deux programmes sont les plus jeunes du football universitaire canadien.

D’autres universités québécoises ont toutefois aussi connu leur heure de gloire, à d’autres époques, et aucune n’a un plus riche passé sportif que McGill, où une équipe de football existe depuis plus de… 144 ans !

En fait, c’est lors d’un affrontement entre des étudiants de McGill et de Harvard, à Cambridge au Massachusetts, les 14 et 15 mai 1874, qu’est né ce qui allait devenir le football nord-américain.

Jusque-là, les étudiants canadiens et américains pratiquaient une version du rugby britannique que les dirigeants des facultés entendaient mieux codifier. C’est dans ce contexte qu’une équipe de McGill a été invitée à Harvard au printemps 1874 pour disputer deux matchs au Jarvis Field. Un match revanche allait ensuite avoir lieu le 23 octobre à Montréal.

Il existe plusieurs récits de ces matchs. On sait notamment que le ballon était encore rond et que les joueurs portaient des uniformes dépareillés sans aucune protection. Le capitaine de McGill, David Rogers, avait le bras en écharpe en raison d’une blessure récente.

On raconte que Rogers a retiré l’écharpe avant le match pour l’accrocher au poteau des buts avant d’ordonner à ses équipiers de le suivre sur le terrain.

Le premier match a été disputé selon les règles de Harvard et les hôtes se sont imposés 3-0. Le lendemain, avec les règles de McGill, les deux équipes ont été incapables de marquer le moindre point en deux heures de jeu acharné. À l’automne, sur les terrains de cricket du Vieux-Montréal, emplacement actuel de l’église Saint-Jacques-Apôtre, les deux équipes ont convenu de règles uniformes et, cette fois, Harvard s’est encore imposé 3-0, après avoir nettement dominé le match.

Shaughnessy, le titan

D’autres universités canadiennes ont rapidement suivi l’exemple de McGill et les premières ligues organisées sont apparues au tournant du XXsiècle. Au Québec, Bishop’s a eu une équipe dès 1884 et, au cours des années, Loyola, Sir George Williams, Sherbrooke, Montréal, Concordia, l'Université du Québec à Trois-Rivières et Laval ont emboîté le pas.

Les règles du jeu, encore très proches de celles du rugby, ont évolué tout au long des décennies et c’est encore à McGill, à l’instigation du réputé entraîneur Frank Shaughnessy, qu’est née l’idée d’autoriser les passes en avant.

Ce Shaughnessy a d’ailleurs été un véritable titan du sport. Capitaine de l’équipe de football de l’Université Notre Dame au début des années 1900 avant de faire carrière au baseball majeur, il a été impliqué dans la gestion de plusieurs équipes professionnelles de baseball et de hockey, occupant notamment le poste de directeur général des Royaux de Montréal de 1932 à 1934.

Au football, il a dirigé des équipes à Yale et à Cornell avant de devenir en 1912 le premier entraîneur professionnel des Redmen de McGill.

C’est pendant son séjour de 17 ans à la barre de l’équipe qu’il a expérimenté (dès 1921) puis fait la promotion des passes vers l’avant, jusqu’à l’introduction d’une règle les autorisant en 1929.

En 1969, à sa mort, une coupe a été créée en son honneur. C’est cette Coupe Shaughnessy qu’on remettra cet après-midi au vainqueur du match entre les Redmen et les Stingers de Concordia, deux équipes qu’il a dirigées. Une façon de rappeler les centaines de joueurs et d’entraîneurs qui ont précédé les deux équipes sur les terrains de McGill depuis 1874.

L’entraîneur-chef Ronald Hilaire souligne d’ailleurs : « À McGill, l’histoire et la tradition sont importantes. On pense à la saison, à la lutte avec les Stingers pour une place en séries, mais c’est certain qu’on aimerait gagner cette coupe. »

En l’honneur de Percival Molson

Une autre dimension historique du match d’aujourd’hui entre McGill et Concordia tient évidemment au lieu où il est disputé, le stade Percival-Molson, qui doit son nom à un héros de la Grande Guerre. 

En plus de jouer au football pour les Redmen, Percival Molson a été l’un des plus grands athlètes canadiens de l’histoire. Né en Gaspésie, il a vite montré des dons exceptionnels pour le sport. Au hockey, il a remporté la Coupe Stanley en 1897, avec les Victorias de Montréal, alors qu’il n’avait que 16 ans. Détenteur du record du monde du saut en longueur en 1900, il a pris part aux Jeux olympiques de 1904 à St. Louis.

Aussi excellent au tennis, il a été, après l'obtention de son diplôme, le plus jeune membre du conseil de direction de l’Université McGill.

Officier pendant la Première Guerre mondiale, il a été gravement blessé en 1916 lors de la bataille du mont Sorrel, en Belgique, et a reçu la Croix militaire pour sa bravoure. De retour sur le front après une longue convalescence, il a été tué le 5 juillet 1917 par un tir d’artillerie près de la crête de Vimy. Dans son testament, il a légué une somme de 75 000 $ (1,5 million aujourd’hui) pour achever la construction du stade inauguré en 1915 et qui porte son nom depuis 1919. On trouve à l’entrée est du stade une série de panneaux explicatifs qui résument la vie de Molson et l’histoire de l'endroit.

Un Vert & Or revanchard face aux Carabins

Bien des gens à Sherbrooke n’ont toujours pas digéré le départ de l’entraîneur Jason Hogan, quelques jours avant le camp de préparation du Vert & Or, pour rejoindre les Carabins de l’Université de Montréal. Coordonnateur de l’attaque là-bas, Hogan n’est que responsable des quarts-arrières avec les Carabins, mais il souhaitait retourner à Montréal où il avait travaillé (avec les Alouettes) au cours des dernières saisons. Bien qu’autorisé par les règles du Réseau du sport étudiant du Québec, le transfert de Hogan a choqué l’entraîneur-chef du Vert & Or, Mathieu Lecompte. Il y a vu une « trahison », non seulement envers l’organisation, mais surtout envers les jeunes étudiants-athlètes qui avaient mis leur confiance en Hogan. Et sur le plan sportif, Lecompte estime que les Carabins sont favorisés : « Aussi bien leur donner notre livre de jeux », a-t-il résumé, cette semaine, en entrevue. Hogan ou l’entraîneur-chef des Carabins, Danny Maciocia, n’ont pas voulu revenir sur le sujet cette semaine, mais il devrait y avoir de l’ambiance, aujourd’hui à Sherbrooke, pour la visite des Bleus.

— Michel Marois, La Presse

Les matchs d’aujourd’hui

CONCORDIA à McGILL, stade Percival-Molson, 13 h

MONTRÉAL à SHERBROOKE, stade de l’Université, 14 h

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