Élections provinciales Opinion

La campagne électorale à l’ère de #moiaussi

La campagne électorale bat son plein, et le mouvement #moiaussi plane au-dessus des partis même s’ils n’abordent pas la question de front.

Ils auront l’occasion de se prononcer, car plusieurs associations féminines et féministes les inviteront à débattre des enjeux qui concernent les femmes. Le groupe Pour le droit des femmes (PDF-Québec) ouvrait le bal, à Montréal la semaine dernière, et le Y des femmes organisera aussi son propre débat le 18 septembre (aussi à Montréal).

Quant à la Fédération des femmes du Québec, elle a planifié deux panels, les 23 et 26 septembre, à Québec et à Montréal, traitant de féminisme et de politique (Quel est le rôle des femmes élues ? Quel féminisme peuvent-elles exercer ?) ainsi que l’impact de notre système électoral sur les droits des femmes – je résume un échange avec la présidente Gabrielle Bouchard. Toutefois, ces discussions se feront sans représentant politique.

On aurait aimé que les chefs se prononcent personnellement sur les suites de #moiaussi, mais je veux bien croire qu’une campagne électorale a ses exigences. Laissons-leur le temps. Il reste encore trois semaines et un débat des chefs.

Des promesses, pas assez de vision

Le 6 septembre dernier, le groupe PDF-Québec organisait donc une soirée intitulée « Les partis politiques et les droits des femmes », avec quatre représentantes des principaux partis en lice : Jennifer Drouin pour le Parti québécois, Christine St-Pierre pour le Parti libéral, Viviane Martinova-Croteau pour Québec solidaire et Nadine Girault pour la Coalition avenir Québec.

L’animatrice Régine Laurent transmettait les questions de PDF-Québec et beaucoup de sujets ont été abordés, parmi lesquels la laïcité, la gestation pour autrui et le soutien aux femmes immigrantes. Les questions sur les violences conjugales et sexuelles ont suscité quelques affirmations d’engagement des partis, mais sans les intégrer dans une vision féministe et égalitaire de notre société : par exemple, comment, dans un contexte de coupes budgétaires, continuer à financer les centres de femmes qui viennent en aide aux victimes de violences ? Comment intégrer l’égalité des sexes dans les programmes scolaires et d’éducation à la sexualité pour lutter contre l’impunité en matière d’agressions sexuelles ?

Partis responsables

Or la politique y peut quelque chose. Et les partis ont une responsabilité dans la transformation souhaitée par les femmes : par la voix du mouvement #moiaussi, elles exigent que la société et la classe politique prennent les choses en main.

Pendant la rencontre, Nadine Girault n’a toutefois pas voulu se prononcer sur la survie du Secrétariat à la condition féminine (SCF) et le Conseil du statut de la femme (CSF), essentiels en matière de prévention, de pédagogie et de recherche, advenant un gouvernement caquiste : mais elle a dit aussi que s’ils disparaissaient, d’autres organismes joueraient le même rôle. Pourquoi cette affirmation ? Dans la mouvance actuelle, le CSF et le SCF, leur expertise et leurs ressources ne sont-elles pas incontournables ?

Dans sa plateforme, Québec solidaire propose, au chapitre intitulé « Pour un Québec féministe », la modification du processus judiciaire et une campagne de sensibilisation contre la culture sexiste dans laquelle nous vivons. De son côté, le Parti québécois propose entre autres la création d’un tribunal spécialisé à la Cour du Québec pour les violences sexuelles et conjugales ainsi que l’abolition du délai de prescription imposé aux recours civils découlant d’une agression sexuelle.

Les enjeux de violence sexuelle sont si grands, impliquant à la fois les secteurs de l’éducation, de la santé, de la justice, qu’il faudrait peut-être en venir, dans les partis (certains en ont déjà eu), à la création de commissions féminines, pour faire face aux questions d’égalité, et particulièrement aux suites à donner au mouvement #moiaussi.

On ne voit pas comment, sans réflexion en profondeur, les choses changeront.

LISE PAYETTE 1931-2018

En un seul mandat, cette femme a fait de la politique un moyen de transformer le monde. Elle l’a fait « en tant que femme », c’est-à-dire en profitant de son pouvoir pour améliorer la vie des Québécoises. On l’a beaucoup dit ces derniers jours, elle a fait progresser le Québec (Loi sur l’assurance automobile, sur la protection du consommateur, entre autres), et légiféré pour que les femmes soient plus émancipées de la tutelle patriarcale, ainsi que le démontrent les changements au Code civil (partage de l’autorité parentale, reconnaissance du statut des femmes « collaboratrices », entre autres).

Bien sûr, la riche carrière de Lise Payette a connu des angles morts, comme suggérer l’idée que l’immigration est une cause de la disparition du français dans son documentaire Disparaître, un troublant raccourci. Dans la balance, on ne peut nier ce qu’elle a fait pour le bien commun. Si, à cause de ses positions, on lui avait refusé une reconnaissance publique, alors que tant d’hommes imparfaits en ont reçu, je vous laisse juger de l’ironie de la situation.

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