Massacre de Mormons au Mexique

L’enquête pointe vers les narcotrafiquants

Les proches des victimes croient qu’elles ont été visées délibérément

Les mormons massacrés lundi dans le nord du Mexique ont été, selon les derniers éléments de l’enquête, les victimes collatérales de la guerre que se livrent les trafiquants de drogue dans cette région, tandis que leurs proches affirment qu’ils ont été la cible directe d’une attaque.

Le secrétaire mexicain à la Défense nationale, le général Homero Mendoza, a déclaré mercredi au cours d’une conférence de presse qu’un groupe de narcotrafiquants, la Linea, avait dépêché des hommes armés pour empêcher une autre organisation, Los Salazar, de contrôler une parcelle de territoire dans les limites des États de Sonora et Chihuahua.

« Nous pensons que cette organisation criminelle [la Linea] a décidé d’envoyer une cellule entre les localités de Janos et de Bavispe pour limiter les mouvements d’une autre organisation [Los Salazar]. Cela a débouché sur un affrontement armé entre les deux groupes dans ce secteur. C’est à cela que nous attribuons l’agression contre les familles LeBaron et Langford », a expliqué le général Mendoza.

Il a précisé que les membres de cette Église américaine étaient « en chemin près de la localité de La Mora » lorsque la fusillade a éclaté. « La route part de San Miguelito et de là commence le chemin de terre », où s’est produit la tuerie, a-t-il dit.

« C’est un massacre »

Cette thèse est cependant rejetée par les proches des victimes. L’un d’eux, Julián LeBaron, interrogé par de nombreux médias mexicains, a affirmé que les mormons avaient été la cible directe des assaillants.

« Ma cousine Rhonita allait chercher son mari à l’aéroport de Phoenix, aux États-Unis. Ils leur ont tendu une embuscade, ils ont ouvert le feu sur la camionnette et ils l’ont incendiée avec ses quatre enfants. C’est un massacre. » — Julián LeBaron, proche des victimes

Sur CNN Mexico, Adrian LeBaron, père ou grand-père de cinq des six enfants tués, a par ailleurs fait état de menaces reçues par la communauté des mormons qui sont installés dans cette région depuis la fin du XIXe siècle.

« Nous sommes l’une des familles les plus productives de cet État. Qui a voulu transmettre un message en assassinant ma fille ? Je l’ignore. Il n’y a pas eu d’accident. Aucune erreur. Ils ont assassiné trois mères et leurs enfants », a-t-il déclaré.

Les autorités mexicaines ont confirmé le bilan macabre de trois femmes tuées ainsi que six enfants. Tous se déplaçaient dans trois véhicules lorsque les auteurs de l’attaque les ont bloqués et ont ouvert le feu.

Quelques heures plus tard, la police a retrouvé les corps sans vie de neuf personnes, trois femmes et six enfants. Cinq ou six autres enfants, dont un qui a été blessé par balle, ont réussi à s’échapper et à rentrer chez eux en marchant.

Armes américaines

L’enquête révèle par ailleurs un autre aspect qui est source de tension entre le Mexique et son voisin américain : les armes utilisées dans le massacre de lundi soir ont été convoyées directement des États-Unis par des voies illégales.

Le secrétaire à la Sécurité, Alfonso Durazo a confirmé cette information, précisant que les preuves recueillies par les experts sur les lieux du crime avaient permis d’identifier « un calibre de .223 de fabrication Remington et d’origine nord-américaine ».

Ce marché illégal génère un profit de 127 millions de dollars par an dans les caisses de l’industrie américaine de l’armement.

Au cours d’une conférence de presse, M. Durazo a annoncé qu’un programme bilatéral visant à « contrôler le trafic d’armes entre les États-Unis et le Mexique » serait bientôt opérationnel. Sur la totalité des « armes liées à un acte criminel, 70 % sont américaines », a-t-il insisté.

Le voisin nord-américain, soucieux non seulement d’endiguer le flot de migrants, mais aussi de maintenir le calme à sa frontière sud, a sommé le Mexique de « déclarer la guerre » aux cartels de la drogue qui sévissent dans le secteur.

« Si Mexico a besoin d’aide ou en demande pour se débarrasser de ces monstres, les États-Unis sont prêts à faire le travail avec rapidité et efficacité », a tweeté mardi le président américain Donald Trump.

M. Trump et son homologue mexicain Andrès Manuel López Obrador, qui va marquer dans moins d’un mois le premier anniversaire de son arrivée au pouvoir, se sont entretenus au téléphone mardi après-midi.

Avec 25 890 morts dans des violences depuis le début de l’année au Mexique, un nouveau record pourrait être battu en 2019 dans ce domaine.

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