« Elle rappelait à ses enfants d’être prudents en traversant la rue »

Un proche de la piétonne qui a succombé à ses blessures après avoir été happée le 4 janvier par le conducteur d’un VUS dans le quartier Villeray lance un cri du cœur alors que Montréal vit son pire bilan en 10 ans pour la sécurité des piétons.

Elle avait hâte d’entamer l’année 2020, d’entreprendre une nouvelle décennie après le décès d’un proche dans le temps des Fêtes.

Elle habitait le quartier Villeray depuis plus de 30 ans, seule depuis la mort de son mari, il y a plusieurs années. C’était une dame énergique, indépendante, proche de ses enfants. Elle était en forme pour ses 79 ans.

Ses proches pensent qu’elle se rendait peut-être à l’épicerie, le 4 janvier, quand elle a traversé la rue Lajeunesse vers 17 h. Au même moment, un conducteur âgé de 28 ans au volant d’un VUS Land Rover de couleur sombre a effectué un virage à gauche pour s’engager sur la rue Lajeunesse, heurtant la dame de plein fouet.

« Elle était en train de traverser. Comment on fait pour ne pas voir une personne qui est au milieu de la rue ? »

— André Aubin, ami intime de la famille

M. Aubin a accepté de s’exprimer avec l’accord de la famille de la victime, anéantie depuis la collision survenue le 4 janvier. Il a toutefois demandé que nous taisions l’identité de la piétonne.

Il note avoir passé un beau temps des Fêtes avec elle et toute sa famille. « Quatre jours plus tard, sa vie était terminée. »

La victime, dit-il, était très prudente dans ses déplacements à pied dans le quartier. « Elle rappelait souvent à ses enfants d’être prudents en traversant la rue. Elle était très consciente du danger. »

C’est en entendant à la radio samedi qu’une dame âgée venait d’être happée par un automobiliste sur la rue Lajeunesse que les enfants de la dame ont pensé à leur mère. Ils ont contacté le 911 et ont appris que la victime avait été transportée à l’hôpital du Sacré-Cœur.

« Quand ils sont arrivés, ils ont constaté que c’était elle. »

Blessures mortelles

Les blessures infligées par la collision étaient telles que la dame a été maintenue en vie artificiellement et qu’elle avait peu de chances de survie. Mardi soir, la famille a décidé de retirer les tubes respiratoires.

« Je n’ai pas à vous dire que ça a été horrible pour eux de prendre cette décision, dit M. Aubin. Mais ils n’avaient plus le choix. C’est une décision tragique que ne devrait avoir à prendre aucun enfant dans sa vie. »

Quand une personne est très malade, on sait ce qui s’en vient, et parfois la mort est vécue comme une délivrance, dit-il.

« Mais un choc soudain comme celui-là… On lit ça dans les journaux, mais on ne réalise pas toute la sensibilité humaine qui se trouve derrière. »

M. Aubin appelle les conducteurs à ralentir et à être attentifs lorsqu’ils exécutent des virages, notamment dans des zones aussi populeuses que Montréal ou les autres grandes villes du Québec.

« Ce n’est pas parce que la limite est de 50 km/h que tu dois faire ton virage à 50 km/h… Il y a 90 % des conducteurs qui sont très respectueux. Mais il y a toujours 5 ou 10 % qui [font preuve de] je-m’en-foutisme. »

— André Aubin, ami intime de la famille

Selon la Direction des transports de Montréal, le scénario de collision entre véhicule et piéton le plus courant à Montréal survient « lorsque le conducteur d’un véhicule effectue un virage à gauche et que le piéton traverse en respectant la signalisation ».

Pire bilan en une décennie

Vingt-quatre piétons ont été tués dans les rues de Montréal en 2019, le pire bilan en 10 ans. Observée dans plusieurs villes nord-américaines, la hausse du nombre de morts chez les piétons est surtout attribuée à l’explosion de la popularité des VUS, dont le profil surélevé atteint la tête et le haut du corps des victimes.

Le coroner a ouvert une enquête, mais la famille et les proches de la victime n’ont pas de grandes attentes, dit M. Aubin.

« L’enquête policière et l’enquête du coroner concluront probablement à un fait divers banal. Quelles seront les conséquences pour le conducteur ? Pas de perte de permis ni [de primes] d’assurance plus élevées. Chez nous, c’est le système sans égard à la faute. »

Dans les années à venir, la technologie pourrait aider à limiter, voire à éliminer, ce type de décès, croit M. Aubin.

M. Aubin dit souhaiter que le conducteur soit conscient des conséquences de la collision. « Quand on regarde les dommages des deux côtés, ce n’est pas comparable… J’espère que cette personne-là a des regrets sincères et profonds. C’est à elle de juger. »

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.