OPINION

La solution passe par l’innovation

Malgré les centaines de millions investis en recherche, la productivité de notre système de santé est en décroissance

Au Québec, nous investissons des centaines de millions de dollars en recherche publique en santé. Le secteur privé en fait autant. À cela s’ajoutent les investissements de plus de sept milliards de dollars pour la construction de deux mégahôpitaux universitaires à la fine pointe technologique, le CHUM et le CSUM, l’agrandissement majeur du CHU Sainte-Justine et le regroupement des hôpitaux de recherche de Québec. Malgré cela, les données révèlent que la productivité de notre système de santé est en décroissance.

Cela s’explique en grande partie par le manque d’interaction entre deux secteurs clés : la santé et la recherche et innovation. Pourtant, la solution au manque d’efficacité de notre système de santé passe par l’innovation.

L’exemple du test biologique de dépistage du SARM, une bactérie ayant développé des résistances aux antibiotiques, illustre bien la problématique. Le SARM cause des infections difficiles à traiter. Il est en progression et responsable de 60 % des infections nosocomiales au Québec. En 2010, on a détecté 36 000 cas d’infections au SARM ayant entraîné la mort de 2 200 personnes dans les hôpitaux du Canada. Les coûts directs liés à ces infections ont été évalués à 250 millions.

Un test qui permet de détecter le SARM a été développé par une équipe de chercheurs de Québec et approuvé par Santé Canada en 2004. Ce test détecte la bactérie en 2 heures, alors que la méthode actuellement utilisée dans nos hôpitaux prend deux jours, soit un délai suffisant pour causer des dommages considérables.

Or, ce test biologique, bien qu’il soit commercialisé et utilisé aux États-Unis et ailleurs dans le monde, est très peu ou pas utilisé au Québec, et cela, même s’il a été développé chez nous.

Il semble que malgré les évidences sur l’efficacité du test, les approvisionnements des hôpitaux ne peuvent se le permettre puisque son coût est plus élevé que celui du test en place. Il y a quelques années, le CIRANO a tenté d’estimer la valeur de ce test, mais en vain, à cause de l’absence de données disponibles sur les infections.

Pour passer de la découverte à l’utilisation généralisée, et ainsi assurer aux citoyens un accès aux meilleurs soins possible, on doit être en mesure de démontrer la valeur ajoutée des innovations. Malheureusement, au Québec, l’absence de données relatives aux résultats et aux coûts par patient rend cette démonstration très difficile. Quant aux acheteurs potentiels de ces innovations (MSSS, hôpitaux), il est impératif qu’ils puissent bien saisir les avantages d’une innovation donnée, ainsi que les changements requis au sein de leur organisation pour faire en sorte que la population reçoive le maximum de bénéfices par dollar dépensé.

Pour y arriver, on doit, d’une part, introduire plus de flexibilité dans le système au niveau des enveloppes financières, et d’autre part, lier le financement des soins aux résultats de santé. Dans les faits, la façon dont le leadership s’exerce présentement nuit aux bénéfices qu’on devrait tirer de nos investissements en recherche et innovation.

Il faut donc non seulement prioriser l’innovation, l’autonomie et la responsabilisation, mais également encourager l’exercice du leadership à tous les niveaux du système de santé. Le succès d’une telle équation repose sur l’interaction entre les trois ministères concernés, et, surtout, sur la disparition des silos. Ainsi, les deux ministères responsables d’orienter les investissements en recherche et innovation (Économie, Innovation et Exportation et Enseignement supérieur, Recherche et Science) et celui dont le mandat consiste à maximiser l’offre de services en santé (Santé et Services sociaux) doivent impérativement exercer un leadership partagé, basé sur une vision et des objectifs communs. C’est ainsi que les contribuables retireront le maximum de retour sur leurs investissements : meilleure qualité de soins et hausse significative d’efficacité du système de santé. La solution passe par l’innovation.

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