politique

Tour d’horizon des nouvelles politiques sur la scène fédérale.

Politique fédérale

Les libéraux ne veulent pas de Mark Norman devant un comité parlementaire

Les partis de l’opposition ont continué hier à talonner Justin Trudeau à propos du vice-amiral et de l’abandon des accusations à son endroit

OTTAWA — Le vice-amiral Mark Norman affirme avoir « une histoire importante à raconter » aux Canadiens dans la foulée de la décision de la Couronne de suspendre l’accusation d’abus de confiance qui pesait contre lui depuis plus d’un an. Mais les libéraux de Justin Trudeau ne veulent pas qu’il raconte sa version des faits devant un comité parlementaire.

Tout indique en effet que les députés libéraux qui sont membres du comité permanent de la défense vont rejeter la requête des partis de l’opposition visant à examiner cette affaire en convoquant notamment une douzaine de témoins, dont le premier ministre Justin Trudeau lui-même et le vice-amiral Mark Norman.

Contre toute attente, la Couronne fédérale a suspendu l’accusation d’abus de confiance qui pesait contre M. Norman, qui était soupçonné d’avoir divulgué des secrets d’État au chantier naval québécois Davie ainsi qu’à un journaliste dans le but d’influencer les décisions du gouvernement Trudeau dans l’attribution d’un contrat de près de 700 millions. La Couronne a pris cette décision après avoir reçu de nouvelles informations qui offraient « un plus grand contexte » à l’affaire.

En fin de semaine, le Parti conservateur et le Nouveau Parti démocratique ont réclamé la tenue d’une réunion d’urgence du comité parlementaire d’ici cinq jours pour « examiner la question de la conduite du gouvernement dans les enquêtes et les poursuites du haut gradé des Forces armées canadiennes.

« À de nombreuses reprises, le premier ministre a porté préjudice à la conduite de l’affaire en prévoyant à tort que l’enquête de la GRC donnerait lieu à des poursuites. Cela suggère que lui et son cabinet ont eu un accès inapproprié à des informations concernant une procédure pénale indépendante », peut-on lire dans la lettre signée par les députés du Parti conservateur et du Nouveau Parti démocratique au greffier du comité de la défense.

« Il est également clair que le gouvernement a tenté de s’ingérer politiquement dans un contrat de construction navale. Quand cela a été révélé, il a réagi en dénigrant la réputation d’un officier de marine hautement respecté. »

— Extrait de la lettre signée par les députés du Parti conservateur et du Nouveau Parti démocratique

Le président du comité de la défense, le député libéral Stephen Fuhr, n’a pas donné suite au courriel de La Presse quant aux intentions des libéraux.

Mais le député libéral Marco Mendicino, un avocat de formation qui est aussi le secrétaire parlementaire du ministre des Infrastructures et des Collectivités, François-Philippe Champagne, a soutenu que la démarche des partis de l’opposition était une manœuvre partisane à quelques mois des élections fédérales.

« Les conservateurs sont les seuls à alimenter les allégations voulant qu’il y a eu de l’ingérence politique dans cette affaire. Aucun autre des joueurs impliqués dans le procès du vice-amiral Mark Norman ne prétend cela. […] Pourquoi les conservateurs essaient-ils de faire de la petite politique en ramenant cette affaire devant un comité parlementaire qui est implicitement un forum partisan ? », a lancé M. Mendicino.

Accusations

Aux Communes, hier, le Parti conservateur a continué d’accuser le gouvernement Trudeau d’avoir injustement sali la réputation du vice-amiral en refusant de remettre aux avocats de Mark Norman des documents internes du cabinet qui auraient pu leur permettre de régler cette cause plus rapidement, entre autres choses.

Le ministre de la Justice, David Lametti, a répliqué que le Service des poursuites pénales du Canada avait agi de façon totalement indépendante dans ce dossier. « L’enquête en question a été menée par la GRC, une institution dont nous sommes très fiers au Canada. La GRC a donné son enquête au Service des poursuites pénales du Canada, une autre institution dont nous sommes fiers. C’est une poursuite pénale qui a été menée par la directrice du Service des poursuites pénales, et la décision d’arrêter les procédures a été sa décision. Il n’y a pas eu d’ingérence », a-t-il tranché.

Politique

La couverture cellulaire doit être étendue, presse le député de Pontiac

Ottawa — Alors que la crue des eaux pourrait atteindre son sommet à Gatineau aujourd’hui, le député fédéral de Pontiac William Amos se démène pour accroître la couverture cellulaire dans les régions rurales de sa circonscription, où l’absence des télécommunications complique la mise en œuvre des mesures d’urgence.

« Il y a plusieurs municipalités qui ont de grands trous noirs », a lancé le député Amos à La Presse. Les élus de la Chambre des communes ont adopté à l’unanimité une motion privée déposée par M. Amos mercredi dernier pour réitérer l’urgence d’étendre la couverture cellulaire et d’assurer l’accès à l’internet haute vitesse partout au pays.

« C’est devenu un standard », a-t-il plaidé, énumérant notamment les municipalités de Pontiac, de Waltham, de Bristol et de Thorne, où « des milliers » de résidants n’ont pas accès à un réseau de couverture cellulaire fiable. Une situation inacceptable, soulève M. Amos, surtout en pleine crise comme en ce moment, mais aussi comme ce fut le cas au printemps 2017 et lors du passage de tornades dévastatrices en septembre 2018.

C’est d’ailleurs après cette dernière catastrophe naturelle, en sortant pour constater les dégâts dans le secteur de Breckenridge à Pontiac, que l’élu a été frappé par l’ampleur du problème. « J’étais sur le terrain avec le premier ministre du Québec et on ne pouvait communiquer avec personne, le voisinage n’avait pas cette capacité non plus », raconte-t-il.

« La mairesse Johanne Labadie a dû retourner à l’hôtel de ville pour prendre l’appel du ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, illustre M. Amos. La situation rend tout l’effort de réponse à une urgence très, très problématique. »

Passer à la vitesse supérieure

Alors que ses électeurs composent une fois de plus avec la mise en place de mesures d’urgence, cette fois avec la crue printanière, William Amos espère passer à la vitesse supérieure pour que « la couverture des infrastructures numériques » soit déployée rapidement dans les régions rurales où elle est inexistante.

« Tout le monde sur le terrain comprend bien comment tout ça rend inefficace la gestion de crise et comment ça rend complexes les opérations. Parfois, on parle de choses aussi simples que : “As-tu besoin d’eau ? Veux-tu des sacs de sable ?” », dit-il.

Dans son plus récent budget, le gouvernement de Justin Trudeau a promis des investissements de 5 à 6 milliards de dollars pour que tous les Canadiens aient accès à l’internet haute vitesse. Pour y arriver, Ottawa mise aussi sur des mesures incitatives à l’investissement pour les entreprises privées afin d’étendre leurs services.

Selon lui, le vote unanime des élus de la Chambre des communes a envoyé un message clair au gouvernement qu’il devait poursuivre ses investissements.

Maintenir la pression

Le député Amos souhaite « maintenir la pression » pour que l’enjeu demeure dans « l’œil public » afin d’obtenir des actions. Avec l’adoption de sa motion, il pourra notamment plaider sa cause devant le comité permanent de la sécurité publique et le comité permanent de l’industrie, des sciences et de la technologie.

Ces deux comités parlementaires pourront alors mener des « études exhaustives » notamment pour comprendre « les causes profondes des lacunes du déploiement d’une infrastructure sans fil en milieu rural », trouver des solutions et examiner les « approches fiscales et réglementaires visant à favoriser des investissements massifs ».

Annonce fédérale de projets routiers

« [Ils] ont attaqué directement et publiquement le premier ministre du Québec »

OTTAWA — Le gouvernement Trudeau a manqué de respect envers le gouvernement Legault en annonçant trois projets routiers en partenariat fédéral-provincial sans juger bon d’y convier un représentant caquiste, a pesté l’opposition officielle à Ottawa.

Pendant la période des questions en Chambre, hier, le lieutenant politique du chef conservateur Andrew Scheer au Québec, Alain Rayes, a passé en revue les provinces avec lesquelles le gouvernement libéral est actuellement à couteaux tirés – une liste à laquelle s’ajoute le Québec.

Car en annonçant seul qu’Ottawa injecterait 345 millions de dollars dans la réalisation de projets, dont le prolongement de l’autoroute 19, le ministre fédéral de l’Infrastructure, François-Philippe Champagne, y est allé d’un véritable affront envers la province, a-t-il déploré.

Et c’est sans compter que cette annonce, où les caquistes brillaient par leur absence, survient quelques jours après que les libéraux Joël Lightbound et Jean-Yves Duclos eurent considérablement haussé le ton dans le dossier du tramway de Québec.

En Chambre, vendredi dernier, le député Lightbound a déclaré que si la Coalition avenir Québec (CAQ) ne voulait pas « faire du tramway une priorité à Québec », elle allait le « trouver sur son chemin ». Son collègue Duclos a tenu des propos semblables.

Ces attaques leur ont a valu les reproches d’Alain Rayes en Chambre, hier.

« [Ils] ont attaqué directement et publiquement le premier ministre du Québec et le gouvernement du Québec. Cette attitude est irrespectueuse envers le gouvernement du Québec », a déclaré le conservateur pendant la période des questions.

« Comment se fait-il que, dans un projet provincial-fédéral, un projet d’infrastructure pour le Québec, le gouvernement du Québec n’était même pas présent ? »

— Alain Rayes

Depuis quelques semaines, en coulisses, certains libéraux manifestent une impatience face à la lenteur de certaines provinces – comme l’Ontario et le Québec – à soumettre leurs projets d’infrastructures.

« Ce qu’on ne veut surtout pas, c’est que les gens soient pris en otage. Il y a un paquet de projets qui sont prêts », a exprimé hier en mêlée de presse le ministre Pablo Rodriguez lorsqu’on lui a demandé de dire si le torchon brûle entre Ottawa et Québec.

CONTEXTE PRÉÉLECTORAL

Dans les rangs libéraux, on met de l’avant l’argument que la saison de la construction approche à grands pas. Mais il y a aussi la campagne électorale qui se profile à l’horizon. Et le gouvernement Trudeau veut se présenter devant l’électorat avec des résultats.

C’est en tout cas le constat qu’a fait le ministre québécois des Transports, François Bonnardel. « On est en élections, et ils [les libéraux] veulent faire des annonces uniques pour chaque projet », a-t-il déclaré en mêlée de presse du côté de l’Assemblée nationale.

« Moi, j’avais proposé [...] d’être capable de faire une annonce globale pour six ou sept projets en même temps avec un montant global. Ils ont refusé. »

— François Bonnardel, ministre des Transports du Québec

Ce dernier a assuré qu’il n’y avait « pas d’animosité » avec « les ministres du fédéral ».

Le ministre Champagne a abondé dans le même sens en marge d’un point de presse sur les inondations à Montréal, cherchant à minimiser l’apparence de tensions entre Ottawa et Québec.

À ses côtés, la vice-première ministre du Québec, Geneviève Guilbault, a plaidé que si le gouvernement était absent de l’annonce, c’est qu’il n’était pas prêt à présenter son projet à la population. Elle a signalé que des amendements pourraient venir.

— Avec la collaboration de Tommy Chouinard, La Presse, et La Presse canadienne

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