LIBRE-ÉCHANGE

Deux fois plus d’échanges commerciaux d’ici 2025

OTTAWA — Signe indéniable du réchauffement rapide des relations entre les deux pays depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement Trudeau, le Canada et la Chine entament des pourparlers préliminaires dans le but de conclure un accord de libre-échange.

Au terme d’une rencontre avec son homologue chinois, Li Keqiang, hier, à Ottawa, le premier ministre Justin Trudeau a indiqué que les deux pays souhaitent aussi doubler leurs échanges commerciaux d’ici 2025.

Déjà deuxième partenaire commercial du Canada après les États-Unis, la Chine s’apprête donc à prendre une place de plus en plus importante dans les relations commerciales que le Canada entretient avec les autres pays du monde. La valeur totale des exportations canadiennes vers la Chine en 2015 s’élevait à 20,2 milliards de dollars tandis que les importations en provenance de ce géant asiatique frisaient les 65,6 milliards de dollars.

Au cours de la prochaine décennie, donc, les deux pays ambitionnent de faire passer leurs échanges commerciaux de 85 milliards de dollars à 170 milliards de dollars par année. L’annonce de pourparlers de libre-échange entre les deux pays survient trois semaines après la fin de la première visite officielle de huit jours de M. Trudeau en Chine.

« Lorsque j’ai rencontré le premier ministre (durant ma visite officielle en Chine), nous avons discuté des moyens pour le Canada et la Chine de travailler ensemble pour créer des emplois, renforcer la classe moyenne, et faire croître nos économies. Nous avons donc continué cette conversation ici à Ottawa. (…)

« Nous savons qu’il y a un énorme potentiel inexploité dans nos relations commerciales. Et cette nouvelle cible commerciale profitera aux travailleurs, aux entrepreneurs canadiens tout en créant de bons emplois bien rémunérés. »

— Justin Trudeau

Le premier ministre n’a toutefois pas voulu donner d’échéancier pour conclure un accord.

L’AUSTRALIE A NÉGOCIÉ 10 ANS

L’Australie a déjà conclu un accord de libre-échange avec la Chine, lequel est entré en vigueur en décembre 2015. Il aura fallu près de 10 ans de négociations entre les deux parties avant de conclure cet accord, qui élimine 85 % des droits de douane sur des denrées comme le lait, la viande bovine, le bétail, les fruits et légumes, les minerais, le vin, l’électronique. Mais les produits comme le sucre, le riz, le coton ou le blé ne sont pas ou peu touchés par cet accord.

Pour le premier ministre chinois, il est évident que les relations canado-chinoises entrent dans une nouvelle ère avec le début de ces pourparlers.

« En moins d’un mois, les deux premiers ministres ont réalisé une visite croisée, ce qui montre que notre relation bilatérale entre dans une nouvelle phase de développement. C’est rare dans l’histoire de nos relations bilatérales et cela correspond également aux intérêts communs des deux pays. »

« Nous considérons tous que la Chine et le Canada partagent de nombreux intérêts communs et une excellente base de coopération. »

— Le premier ministre chinois Li Keqiang, par la voix d’un interprète

M. Trudeau a aussi annoncé hier que les deux pays avaient finalement conclu une entente pour régler le conflit sur les exportations canadiennes de canola. Cette entente est valable jusqu’en 2020.

« C’est une excellente nouvelle pour nos producteurs de canola. Les progrès dans ce dossier montrent que deux pays qui sont prêts à collaborer peuvent résoudre des défis difficiles ensemble. Le Canada et la Chine sont également d’accord pour doubler les visites entre nos deux pays d’ici 2025 et de signer un accord sur le tourisme. Ces deux mesures renforceront les liens entre nos populations », a-t-il dit.

« Il est dans l’intérêt de nos deux pays que nous ayons des relations solides et stables, une relation qui est fondée sur le respect mutuel et sur des échanges réguliers honnêtes », a-t-il ajouté.

Selon les données du gouvernement du Canada, le nombre de touristes chinois qui visitent Canada a plus que doublé en cinq ans, passant de 248 000 en 2011 à 511 000 en 2015.

TRAITÉ D’EXTRADITION

M. Trudeau a aussi confirmé que les deux pays ont entrepris des pourparlers afin de conclure un traité d’extradition. À ce sujet, le premier ministre a de nouveau tenté de rassurer ceux qui craignent que le Canada devienne complice de la torture et de l’exécution sommaire en Chine, un pays où la peine de mort est toujours appliquée.

Les deux leaders ont tenu une conférence de presse dans le foyer de la Chambre des communes au moment même où quelque 300 personnes manifestaient sur la colline parlementaire pour dénoncer la répression en Chine contre les membres du groupe Falun Gong.

Le premier ministre chinois est en visite officielle au Canada jusqu’à samedi. Après avoir participé hier soir à un dîner offert par le premier ministre et son épouse, Sophie Grégoire, au Musée canadien de l’histoire, M. Li sera à Montréal aujourd’hui où il doit notamment s’entretenir avec le premier ministre du Québec Philippe Couillard, et le maire de Montréal Denis Coderre.

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