Immobilier  Secteur résidentiel

« Progression modérée » en 2020

Particulièrement forte cette année, la progression du marché de l’immobilier résidentiel au Québec devrait se poursuivre en 2020, mais à un rythme modéré, anticipent les économistes du Mouvement Desjardins dans leur rapport d’analyse « Zoom sur l’habitation » publié mardi.

« Étant donné que les incertitudes internationales prolongent la période de faiblesse des taux d’intérêt, la progression du marché résidentiel devrait se poursuivre l’an prochain. L’amélioration sera toutefois plus modeste qu’en 2019, alors que la croissance économique moins soutenue devrait ralentir la création d’emplois », écrit l’économiste Hélène Bégin, auteure principale du rapport.

Par conséquent, « le nombre de ventes au Québec pourrait augmenter de 5 % en 2020, comparativement à environ 10 % en 2019. L’augmentation des prix moyens se limiterait à 3 % l’an prochain, après avoir avoisiné 5 % cette année. »

Par ailleurs, malgré la multiplication des « surenchères d’offres » sur les prix de vente demandés dans certains secteurs de l’île de Montréal, Hélène Bégin considère que la conjoncture de « surchauffe » qui a cours dans le marché montréalais – quand la demande dépasse l’offre et fait gonfler les prix – n’a pas encore atteint un « degré de surévaluation » qui augmenterait le risque d’une correction du marché.

« Le degré de surévaluation demeure faible à Montréal, alors que le marché est loin d’être aussi problématique que l’était celui de Toronto il y a deux ans, avant un début de correction en 2017 », souligne Mme Bégin.

Par conséquent, « tant que l’économie, la création d’emplois et les taux d’intérêt resteront favorables, l’activité [de l’immobilier résidentiel] sera soutenue. À moins d’une réglementation plus restrictive, seul un choc économique d’envergure pourrait déstabiliser le marché immobilier montréalais. Pour l’instant, ce risque demeure relativement limité », estime l’économiste du Mouvement Desjardins.

Quant au marché de la construction résidentielle neuve, Hélène Bégin s’attend aussi à une modération des mises en chantier au Québec en 2020, mais après une année 2019 plus forte que prévu en raison de l’essor de la construction de logements locatifs.

« Les appartements conventionnels ainsi que ceux en résidences pour personnes âgées sont les deux seuls segments de marché en croissance. La construction neuve de maisons individuelles, jumelées et en rangée est nettement à la baisse », signale Mme Bégin.

« Cette vigueur [du locatif neuf] s’appuie entre autres sur le vieillissement de la population, qui gonfle la demande de logements locatifs traditionnels et également celle des résidences pour aînés. L’afflux d’étudiants et de travailleurs étrangers, qui améliore le bilan migratoire du Québec, explique aussi l’engouement pour le marché locatif. »

Par conséquent, anticipe l’économiste de Desjardins, « étant donné que le niveau de construction du marché locatif devrait se stabiliser l’an prochain et que les autres segments de marché ne seront pas en mesure de prendre le relais, les mises en chantier totales se limiteront à 47 000 en 2020, comparativement à 50 000 en 2019. »

Acquisition de Caltex

Les experts s’attendent à ce que Couche-Tard hausse sa mise

Alimentation Couche-Tard pourrait fort bien revenir à la charge avec une autre offre bonifiée pour le géant australien des dépanneurs et des stations-service Caltex, selon des observateurs.

Caltex a rejeté lundi la proposition de 34,50 $AU par action de Couche-Tard tout en lui offrant un accès à certains renseignements non publics pour l’aider à produire une nouvelle offre.

« Nous ne commentons pas les processus d’acquisition », a fait savoir la porte-parole de Couche-Tard, Laurence Myre Leroux. « Nous n’avons donc rien à ajouter sur le sujet pour le moment », a-t-elle ajouté.

Michael Simotas, de la firme Jefferies, est d’accord pour dire que l’offre de 34,50 $AU par action (environ 31,30 $CAN) est « trop basse », même si les crédits d’exonération pouvant être touchés par les actionnaires pourraient permettre de créer plus de valeur. « Le montant de base de l’offre doit être plus élevé », dit l’analyste.

La balle est dans le camp de Couche-Tard. « Je m’attends à ce qu’une offre plus élevée soit présentée », souligne-t-il.

Michael Simotas s’attend aussi à ce que Caltex profite de la journée à l’intention des investisseurs prévue jeudi pour signaler de nouvelles stratégies de création de valeur.

Caltex tente de mettre en évidence les actifs de l’entreprise et de redresser ses activités dans un contexte économique plus difficile qui ajoute de la pression sur les marges bénéficiaires de l’entreprise.

« Je ne suis pas surpris de voir que Caltex tente d’obtenir une offre supérieure », commente de son côté l’analyste Peter Sklar, de la BMO. Et il croit possible que Couche-Tard le fasse.

Conseillée par Goldman Sachs dans ce dossier, Couche-Tard avait initialement proposé 32 $AU par action, le 11 octobre, avant de bonifier son offre conditionnelle à 34,50 $AU le 18 novembre. À ce niveau, Couche-Tard estime que Caltex est valorisée à près de 10 milliards de dollars.

Caltex représenterait la plus grosse acquisition de l’histoire de Couche-Tard.

Salaire minimum

La FTQ garde le cap sur 15 $

La Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) ne revendiquera finalement pas de porter le salaire minimum à 17 $ ou 18 $ l’heure, comme le lui suggéraient certains de ses syndicats. La centrale maintient le cap sur sa revendication de porter le salaire minimum à 15 $ « le plus rapidement possible ».

Les quelque 1000 délégués au congrès de la FTQ en ont ainsi décidé, en amendant les propositions qui leur avaient été soumises à ce sujet.

L’une d’elles, émanant de l’Alliance de la fonction publique du Canada, proposait que la FTQ revendique désormais de le porter à 17 $ l’heure, sans donner d’échéancier précis pour y parvenir, toutefois. L’autre, émanant du Conseil régional du Montréal métropolitain de la FTQ, suggérait même 18 $ l’heure, « avec des hausses annuelles suivant minimalement l’inflation ».

Finalement, la centrale syndicale de plus de 600 000 membres continuera de revendiquer de porter ce salaire minimum à 15 $ l’heure, en envisageant de « mettre à jour » cette revendication et en suivant les études qui seront menées à ce sujet.

L’impatience

En entrevue avec La Presse canadienne mardi, le président de la FTQ, Daniel Boyer, a dit comprendre l’impatience de ses syndicats affiliés, d’autant plus que la situation économique au Québec est bonne et qu’il y a rareté de main-d’œuvre.

« Je comprends les affiliés qui avaient déposé ces résolutions-là d’être impatients, parce que ça ne va pas assez vite. Et c’est ce qu’on a ressenti, aussi, lors des débats au congrès de la FTQ. Mais en même temps, les gens trouvaient que c’était peut-être une étape d’aller un peu trop vite à 17 $, 18 $ l’heure et que ça prendrait des études », rapporte M. Boyer.

L’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), entre autres, mène des études sur le revenu viable au Québec. Il faudra en tenir compte, alors que les autres salaires sont à la hausse, estime M. Boyer.

« Une chose est certaine : il va falloir que ça aille plus vite qu’actuellement, même si, dans les trois dernières années, c’est allé plus vite que d’habitude. Il va falloir accélérer le pas », plaide le président de la FTQ.

Au Québec, 211 groupes ont lancé une déclaration par laquelle ils demandent de porter à 15 $ l’heure le salaire minimum.

Les employeurs craignent une hausse trop rapide

Des associations d’employeurs mettent en garde le gouvernement, affirmant que le fait de hausser le salaire minimum trop rapidement nuirait à l’économie et entraînerait des licenciements, notamment dans le commerce de détail.

Les petites et moyennes entreprises soutiennent que plusieurs en pâtiraient, n’ayant pas la marge de manœuvre suffisante pour hausser ainsi les salaires.

Des employeurs appréhendent aussi une spirale à la hausse, soit l’effet d’entraînement que cela aurait sur les salaires un peu plus élevés que le salaire minimum.

Le salaire minimum est actuellement de 12,50 $ l’heure au Québec. Il est de 14 $ l’heure en Ontario depuis le 1er janvier 2018. Il est de 15 $ l’heure en Alberta depuis le 1er octobre 2018. En Colombie-Britannique, il est de 13,85 $ l’heure et doit être porté à 14,60 $ l’heure le 1er juin prochain.

La FTQ en zone paritaire

Par ailleurs, la plus grande centrale syndicale du Québec se targue d’avoir atteint la parité dans son instance supérieure. Au terme de son congrès, le bureau de direction de la FTQ, qui est composé de 17 personnes, compte désormais 7 femmes et 10 hommes – une première pour la centrale de plus de 600 000 membres. Les femmes représentent donc 41 % des membres du bureau de direction. « La FTQ est représentative de ses membres et il y a de plus en plus de femmes qui y militent. Et je vous avoue que c’est rafraîchissant pour l’organisation. Je vois d’un bon œil l’arrivée des femmes en plus grand nombre au bureau de la FTQ », s’est exclamé Daniel Boyer, président de la FTQ, en entrevue avec La Presse canadienne mardi.

Taxe numérique

Paris et Washington entre menaces et promesses de dialogue

Le champagne, la maroquinerie et le roquefort bientôt deux fois plus chers aux États-Unis ? Washington a menacé de surtaxer des produits emblématiques en représailles à la taxe française sur le numérique, mais les présidents Trump et Macron ont assuré que ce différend pouvait être réglé par le dialogue.

« Nous avons un différend mineur » et « nous allons probablement pouvoir le surmonter », a déclaré Donald Trump lors d’une rencontre à Londres avec son homologue français, en marge d’un sommet de l’OTAN. « Je pense qu’avec le président Trump, nous pouvons régler cette situation », a estimé Emmanuel Macron de son côté.

Le « différend mineur », ce sont en l’occurrence 2,4 milliards de dollars de produits français que les États-Unis ont menacé lundi de surtaxer à brève échéance. Parmi eux, des exportations emblématiques telles que des fromages, du vin pétillant, des cosmétiques, de la porcelaine, des sacs à main.

Washington estime être en droit d’imposer sur ces produits des tarifs douaniers additionnels pouvant aller jusqu’à 100 % si Paris ne renonce pas à sa taxe sur les entreprises du numérique, qui cible, selon les États-Unis, « injustement » les mastodontes américains, les GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon).

L’imposition de tarifs douaniers punitifs sur les produits français – qui s’ajouteraient à d’autres surtaxes déjà décidées par les États-Unis en raison d’un contentieux autour de l’avionneur Airbus – ne pourra pas intervenir avant la mi-janvier, à l’issue d’une période de consultations.

Le ton conciliant des deux présidents contraste avec celui plus offensif des ministres des deux pays.

L’UE agira « d’une seule voix »

Les taxes sur le numérique, que ce soit celle appliquée en France ou celles annoncées en Italie et Autriche, sont « anti-américaines », a dit mardi le ministre américain du Commerce Wilbur Ross, sur CNBC.

« L’Europe n’a pas vraiment de champions hi-tech […]. Il y a beaucoup de jalousie », selon lui.

Le ministre français de l’Économie, Bruno Le Maire, avait, lui, tempêté plus tôt contre une menace américaine « inacceptable » et fait savoir dès lundi que « jamais » la France ne renoncerait à sa taxe.

L’Union européenne, elle, « agira d’une seule voix » face à la dernière offensive américaine, a promis mardi un porte-parole de la Commission européenne.

Les Européens, jusqu’ici incapables de trouver une solution commune sur la taxation du numérique, chercheront à engager « immédiatement des discussions avec les États-Unis sur la manière de résoudre cette question à l’amiable ».

La taxe française impose les géants du numérique à hauteur de 3 % du chiffre d’affaires réalisé en France.

Ce dispositif doit rapporter à l’État français quelque 400 millions d’euros, une somme qui peut sembler dérisoire – Apple a par exemple annoncé il y a un peu plus d’un mois un bénéfice annuel de plus de 55 milliards de dollars. Mais cela n’empêche pas la taxe française de semer depuis le début la zizanie entre Paris et Washington.

Emmanuel Macron et Donald Trump avaient déjà promis d’aplanir leur différend lors du dernier G7, en donnant à l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) le mandat de négocier un vaste accord international sur la question épineuse de la fiscalité du numérique.

Les grands noms de la tech se voient régulièrement reprocher de ne pas payer leur juste part d’impôt, grâce à des montages d’optimisation qui leur permettent de transférer leurs bénéfices vers des États à faible fiscalité.

Rectificatif

Le Québec rattrape l’Ontario

Dans le texte publié mardi sur le marché du travail, il aurait fallu lire que la structure industrielle du Québec explique le tiers, et non les deux tiers, de l’écart de productivité du Québec avec l’Ontario. Aussi, l’écart moyen entre le taux de chômage des immigrants arrivés depuis moins de cinq ans est comparé aux natifs et non aux immigrants en général. Nos excuses.

— La Presse

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