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Après 100 heures de panne, l’opposition décrète l’état d’alerte

Après quatre jours dans le noir, le Venezuela était toujours pratiquement sans électricité hier, alors que l’Assemblée nationale a placé le pays en « état d’alerte ». Le courant restait instable dans les quartiers de Caracas, même si les feux de signalisation fonctionnaient à nouveau dans la métropole. Certains commerces ont également repris leur activité, les transactions électroniques étant en partie rétablies. Mais pour certains citoyens plus vulnérables, il était trop tard.

Situation « calamiteuse »

L’Assemblée nationale, dominée par l’opposition, a placé hier le Venezuela en « état d’alerte », arguant de la situation « calamiteuse » du pays, confronté à une catastrophe alimentaire et sanitaire après 100 heures de panne de courant. Le décret soumis au Parlement par son président Juan Guaidó, également président par intérim autoproclamé reconnu par une cinquantaine de pays, fait appel à la « coopération internationale » pour sortir le pays de l’ornière. Il a également décrété la suspension des livraisons de pétrole à Cuba, défendant la nécessité de faire « des économies d’énergie », au moment où la population est confrontée à la pire crise énergétique de l’histoire du pays, malgré ses colossales réserves d’or noir.

Au moins 15 patients morts

Alfredo avait la bouche sèche et des nausées après trois jours sans dialyse. Avec la panne électrique, la machine qui le maintient en vie restait désespérément silencieuse. Dimanche, il a profité d’un bref rétablissement du courant dans certains quartiers de Caracas et s’est senti revivre. Selon les informations communiquées par l’ONG Codevida à l’AFP, au moins 15 patients souffrant d’insuffisance rénale sont morts depuis le début de la panne jeudi en fin d’après-midi. Des 10 200 patients identifiés au pays, au moins 3000 dépendent pour leur survie de trois dialyses par semaine, assure Francisco Valencia, directeur de l’ONG Coalition d’organisations pour le droit à la santé et la vie (Codevida). « Je suis venu tenter ma chance, et grâce à Dieu, j’ai eu du courant », reprend Alfredo Quintero, 23 ans, qui dépend de ce rein artificiel depuis cinq ans.

Trois dialyses par semaine 

Normalement, 115 patients viennent se faire dialyser ici trois fois entre le lundi et le samedi. La panne, que le gouvernement attribue à un sabotage et à une « guerre de l’électricité », entrave le bon fonctionnement des 139 lieux de dialyse du pays dans la majorité des établissements. « C’est pire qu’un pays en guerre », se désole Harlen Pereira, employé de banque de 51 ans, qui attend son frère Harold. Après plusieurs jours d’attente, ce dernier vient enfin de réussir à se faire dialyser. Pour l’infirmière Maria Godoy, pourtant, qui lutte pour soulager ses patients en les raccordant aux machines, ces dernières journées ont été très « stressantes ». À chaque nouvelle panne, elle a dû déconnecter les patients du filtre qui purifie leur sang pendant quatre heures, en temps normal.

La faute aux États-Unis ?

Pour le président en exercice, Nicolás Maduro, cette panne géante qui touche l’ensemble du pays est due à une attaque « cybernétique » fomentée par les États-Unis avec l’opposition contre la principale centrale hydroélectrique vénézuélienne. Une explication qualifiée de « scénario hollywoodien » par M. Guaidó, qui a dénoncé devant les députés « la corruption et l’impéritie » des services de l’État responsables de l’électricité – la production et la distribution d’électricité ont été réunies et nationalisées en 2007.

Manque d’eau et de nourriture

Même si le courant était en partie rétabli hier dans la capitale, la crise énergétique se poursuit bel et bien : hier à l’aube, une installation électrique a explosé à Caracas pour des raisons inconnues et des magasins ont été pillés dimanche. L’eau et la nourriture commencent à manquer. À tel point que le gouvernement a annoncé qu’il allait commencer hier des distributions dans les quartiers populaires. Le président socialiste Maduro a décrété une nouvelle journée chômée pour les administrations et les écoles hier, faute de transports publics.

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