ROMAN AMÉRICAIN

Après After

After, tome 1 – La rencontreAnna ToddLes éditions de l’Homme, 572 pages

Grâce à sa trilogie romanesque After, l’Américaine Anna Todd est la nouvelle star de l’édition, et tous les médias, y compris Libération, Le Monde ou le New York Times, ont souligné le phénomène sans trop d’ironie ou de mépris. Même s’il s’agit essentiellement d’une très classique histoire d’amour entre une jeune fille prude et un mauvais garçon, jalonnée d’épisodes érotiques explicites – et surtout expliqués. C’est peut-être là la raison de ce succès planétaire.

Écrite en 2013 en 300 courts chapitres par la jeune Texane Anna Todd sur son téléphone intelligent à l’aide de l’application Wattpad, le premier tome d’After est une « fan fiction » inspirée par le chanteur Harry Styles du groupe pop One Direction. Elle a été lue en ligne par plus de 1 milliard de lecteurs (surtout des lectrices). Toujours offert gratuitement sur internet, After est pourtant devenu un mégasuccès en librairie, cette histoire d’amour entre jeunes universitaires, baptisés Hardin et Tessa, étant désormais vendue en version « papier » et traduite en plusieurs langues. Si la trilogie est devenue depuis une pentalogie en anglais – est-il besoin de préciser que les droits pour un film ont également été signés ? –, le premier tome, After – La rencontre, vient tout juste d’arriver dans les librairies québécoises.

Alors que Fifty Shades of Grey, lui aussi une fan fiction née en ligne, a « initié » des milliers de lectrices à l’univers du sadomasochisme, After a peut-être bien permis à des tas de jeunes lectrices d’en apprendre plus sur les relations sexuelles toutes simples, y compris le plaisir féminin ! Que ce soit le cunnilingus ou la pose d’un condom, la « première fois » ou l’orgasme, tout est abordé clairement dans le premier et gros tome d’After, loin des exploits sexuels chers à la pornographie en ligne ou des « fuck friends ».

Anna Todd était-elle consciente qu’After pouvait servir de guide d’initiation en matière sexuelle ? « Pas au début, nous répond-elle, j’écrivais d’abord pour le plaisir. Mais je suis très contente d’avoir, par exemple, toujours montré que Tessa et Hardin utilisent la contraception. La teneur sexuelle d’After explique certainement une partie de son attrait, surtout que la plupart des romans qui tournent autour d’une relation amoureuse abordent habituellement tous les aspects, sauf la sexualité. Ce n’est pas très réaliste ! »

Chose certaine, cette particularité d’After, qui rappelle celle de Fifty Shades, a donné naissance, aux États-Unis, à l’expression « sex-seller » !

VIEUX JEU ET PAUVRE

Précisons-le, l’héroïne d’After n’est pas particulièrement sympathique : Tessa, surnom de Teresa, est une jeune sainte-nitouche de 18 ans, dotée d’une mère « contrôlante » et d’un petit ami très comme il faut. Alors qu’elle réalise enfin son rêve d’entrer dans un « college » huppé rempli d’étudiants riches, la jeune fille issue d’un milieu pauvre, élevée par une mère de famille monoparentale qui méprise les hommes, est habitée par une grande ambition : celle de ne dépendre de personne.

Jusqu’à ce qu’elle rencontre Hardin (le Harry de la version originale en ligne, inspiré de Harry Styles, du groupe One Direction). Hardin, un jeune homme évidemment tourmenté, secret (et riche) qui éveille les sens de Tessa, c’est le moins qu’on puisse dire. C’est après (« after ») cette rencontre que Tessa deviendra peu à peu une jeune femme plus affirmée.

« J’ai fait de Tessa une fille vieux jeu parce que je voulais que les lecteurs puissent à la fois s’identifier un peu à elle sans qu’elle leur ressemble trop, explique Anna Todd, qu’ils la trouvent difficile à aimer, comme Hardin d’ailleurs. Ni l’un ni l’autre ne sont très sympathiques. Et il fallait que Tessa ait une mère “contrôlante” pour agir et penser comme elle le fait : elle est tiraillée entre sa volonté de régenter sa propre vie et le fait qu’elle est toujours dominée par ceux qu’elle aime. »

« Elle est ambitieuse et naïve ! Dans la vraie vie, Tessa serait sans doute victime d’intimidation et de trahison à cause de sa volonté désespérée de réussir et de son incapacité à s’intégrer. »

C’est peut-être pour ces deux traits de caractère qu’autant de jeunes lectrices s’identifient à Tessa : faible estime de soi, mais volonté de s’en sortir.

L’un des bons côtés du succès d’After, c’est que Tessa et Hardin étudient en littérature et qu’ils se passionnent tous deux pour Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë et Orgueil et préjugés de Jane Austen !

« Je lis depuis toujours, explique la jeune auteure de 26 ans. Alors, c’est vraiment cool de voir des adolescentes lire des classiques auxquels elles ne se seraient peut-être pas intéressées, sinon. Une enseignante m’a raconté qu’un grand nombre d’étudiantes de sa classe sont venues la supplier de leur passer Les Hauts de Hurlevent ! Or, plus tôt dans l’année, on les avait forcées à lire ce roman, qu’elles avaient détesté. Parce que Hardin et Tessa le lisaient, elles voulaient elles aussi le lire, avec peut-être d’autres yeux. »

« Je ne suis pas sûre d’être prise plus au sérieux parce que mes livres sont maintenant en version papier, conclut Anna Todd. Pour une lectrice comme moi, c’est bien sûr extraordinaire, d’entrer dans une librairie et d’y voir mes livres. Mais en même temps, j’adore l’écriture en ligne diffusée sur les réseaux sociaux, et j’ai bien l’intention de le faire encore ! »

After, tome 1 – La rencontre, d’Anna Todd

« Tu ne sais rien de moi, espèce de connard arrogant ! Ma vie n’a rien à voir avec ça ! Mon alcoolique de père s’est barré quand j’avais dix ans et ma mère a bossé comme une malade pour me payer des études. Dès que j’ai eu seize ans, j’ai trouvé un boulot pour l’aider à payer les factures. Et il se trouve que mes vêtements me plaisent, à moi. Désolée de ne pas m’habiller en pute, comme toutes les nanas que tu connais ! Pour quelqu’un qui essaie tellement de se démarquer et d’être différent des autres, je trouve que tu critiques surtout les gens qui sont différents de toi. »

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