ENTREVUE

« Ce que nous voyons actuellement n’est que le commencement »

Steve Forbes, président du conseil et éditeur en chef de Forbes Media, est l’orateur de marque du Forum FinTech, qui se déroule aujourd’hui et demain au Palais des congrès de Montréal. Il prendra la parole ce soir au cours d’une conférence qui a pour thème « le futur est meilleur que vous ne le pensez ». Entretien.

Comment percevez-vous le bouleversement amené par les « fintechs » – ces entreprises qui utilisent la technologie pour améliorer l’efficacité des services financiers – sur le secteur financier ?

Le secteur financier dans son ensemble subira ce que le secteur des médias imprimés a subi avec l’avènement du web il y a 15 ou 20 ans. D’énormes changements s’en viennent. D’abord, touchant la façon dont les paiements sont traités, mais aussi la manière dont les capitaux sont prêtés et investis. Ce que nous voyons actuellement n’est que le commencement.

Comment les institutions financières devraient-elles réagir ?

Certaines vont réaliser que le monde change, et celles-là vont tenter de prendre le virage. D’autres vont faire la même erreur que certains journaux, ou vont commettre l’erreur qu’IBM a faite dans les années 80, en négligeant l’importance des ordinateurs à pouvoir fonctionner en réseau. Vous allez voir un certain nombre de réponses. Tout le monde sait que de grandes choses commencent à se produire. Mais il n’est pas facile d’amener une grande institution à s’ajuster de façon agile. Cette situation met beaucoup de pression sur les gestionnaires. Certaines institutions vont réussir à le faire, d’autres pas.

Donnez-nous un aperçu du discours que vous allez prononcer ce soir à Montréal ?

Je vais parler des politiques monétaires des grandes banques centrales et expliquer comment elles causent plus de tort que de bien. Je vais aussi dire qu’on peut déjà voir des signes qui montrent que ce qui a été fait dans les dernières années n’aide pas l’économie mondiale. Nous allons observer d’importants changements dans la façon de gérer les politiques monétaires au cours des prochaines années, ce qui sera très bon pour la croissance économique mondiale. À court terme, il y aura encore des turbulences, mais à long terme, nous allons finalement pouvoir obtenir de nouveau la prospérité que nous avons eue dans les années 80 et 90.

Vous avez été candidat à l’investiture républicaine à deux reprises, en 1996 et en 2000. Comment percevez-vous la campagne de Donald Trump jusqu’ici ?

Elle se déroule en montagnes russes. Il remonte la pente actuellement. Il a effectué des ajustements. Notamment, il se colle davantage à des discours préparés. De l’autre côté, Hillary Clinton commet de grosses bévues. C’est à croire qu’elle souhaite que Donald Trump l’emporte. Comme on dit au tennis, elle fait des fautes directes. Entre autres, ce week-end en réponse aux attaques terroristes survenues au New Jersey, à New York et au Minnesota. Sa réponse a tellement été faible et tiède. Ce n’est pas tant les mots utilisés que la façon de les livrer. C’était atroce. Était-elle somnambule ? Ça donne une importance particulière au débat présidentiel de lundi prochain. Si elle n’offre pas une bonne performance, Trump sera difficile à battre.

Que feriez-vous si vous étiez Donald Trump ?

J’axerais davantage mon discours sur les politiques. J’approfondirais certainement ma pensée sur les impôts. Ses propositions visant à réduire les taux d’imposition sont très bien. Et c’est beaucoup mieux que ce que Hillary Clinton propose. J’aurais toutefois souhaité qu’un des deux candidats plaide pour l’instauration d’un impôt uniforme [flat tax, où les revenus sont imposés selon un taux unique] qu’on retrouve dans une quarantaine de pays.

Quel est l’avenir des médias imprimés ?

Les médias imprimés seront de plus en plus alignés avec les médias électroniques. Les gens veulent obtenir leurs informations rapidement. Le défi, autant pour les médias imprimés que pour les médias électroniques, tient au fait que les gens veulent de plus en plus de vidéos. La consommation de bande passante explose. Comme l’a déjà dit le célèbre expert en management Peter Drucker, les entreprises doivent se rappeler leur raison d’être. Lorsque vous faites ça, vous ne vous laissez pas effrayer autant si les outils vous permettant d’atteindre vos objectifs changent ou sont modifiés.

Votre magazine sera-t-il encore imprimé dans cinq ans ?

Je le pense. Mais la proportion de ce qu’on publie en ligne sera encore plus importante. Le gros changement avec l’internet, c’est de voir que la consommation se fait de plus en plus à l’aide d’appareils mobiles [téléphones et tablettes] plutôt qu’à partir d’un ordinateur de bureau.

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