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Quand une altercation paralyse le métro

Une altercation. Une personne aspergée de gaz poivre. Un réseau de métro paralysé. Les Montréalais ont vécu une heure de pointe matinale infernale hier, illustrant la fragilité du réseau de transports en commun de la métropole. Et pour la mairesse Valérie Plante, l’incident vient souligner l’importance de doter Montréal d’une nouvelle ligne de métro pour soulager un réseau arrivé à saturation.

Une altercation dégénère

Vers 8 h 10 hier matin, deux hommes qui se trouvaient sur le quai de la station Champ-de-Mars ont eu une altercation. La situation a rapidement dégénéré, au point où l’un d’eux a fini par asperger l’autre d’une substance irritante, vraisemblablement du gaz poivre. L’agresseur, âgé d’une quarantaine d’années, a rapidement fui la scène en montant à bord du métro qui se dirigeait alors vers la station Berri-UQAM. Une quinzaine de personnes qui se trouvaient à Champ-de-Mars ainsi que dans la voiture à bord de laquelle le suspect est monté ont été incommodées, dont une a dû être transportée à l’hôpital. « J’ai failli vomir tellement c’était étouffant », a relaté une personne présente.

Effet domino

L’altercation a entraîné un effet domino dans la quasi-totalité du réseau de métro. Par mesure préventive, la Société de transport de Montréal (STM) a en effet décidé d’interrompre pendant quelques dizaines de minutes le service sur les trois lignes passant par Berri-UQAM. Comme Champ-de-Mars se trouve tout près de la principale station dans le réseau montréalais, l’« effet de piston » créé par le passage des trains risquait de répandre la substance irritante. « Si on ne veut pas se retrouver avec du poivre de Cayenne à la station Jean-Drapeau ou à Mont-Royal, il faut arrêter le métro afin que ça ne se propage pas », a indiqué Philippe Schnobb, président de la STM. La station Champ-de-Mars a ainsi dû être ventilée d’urgence pour permettre la reprise du service.

Gaz poivre

Policiers et pompiers ne savent pas avec certitude quelle substance a été utilisée, puisqu’ils n’ont pas retrouvé de bonbonne, mais les symptômes des usagers incommodés permettent de croire qu’il s’agirait de gaz poivre. N’ayant pas de certitude au moment d’arriver sur place, les forces de l’ordre ont suivi les protocoles en cas de matières dangereuses, qui appellent à la prudence. « Les pompiers, on est souvent en réaction : il y a un feu, on va l’éteindre. Mais en matières dangereuses, on met les freins, on doit observer avant d’aller à l’intérieur », a expliqué Michel Bourgeois, chef de division au Service de sécurité incendie. Rappelons que la possession d’un dispositif permettant d’asperger du gaz poivre dans le but de l’utiliser contre une personne est interdite. La mairesse Valérie Plante a d’ailleurs jugé inutile de posséder un tel appareil dans la métropole. « Montréal est une ville sécuritaire, on ne devrait pas se promener avec ce type de substance. Et on voit ce que ça peut causer comme impact pour des milliers de personnes. »

Saturation du métro

L’incident et, surtout, ses conséquences sont venus mettre en lumière la fragilité du service de métro, selon Valérie Plante. « Ça démontre à quel point notre système de métro est à saturation, surtout à l’heure de pointe. Quand un incident comme cela arrive, ça paralyse tout le métro », a-t-elle observé. La mairesse y voit une raison supplémentaire de réclamer une ligne rose, qui viendrait contourner Berri-UQAM. « Les Montréalais et les gens des banlieues veulent prendre le métro, mais quand il arrête, on a beau mettre des autobus en surface, on ne peut pas déplacer autant de monde de façon efficace », a-t-elle dit.

Pas assez d’autobus

La STM a en effet confirmé ne pas disposer de suffisamment d’autobus pour pallier l’interruption du service dans le métro. « Compte tenu du nombre de personnes qui voyagent sur la ligne orange et la verte aux heures de pointe, remplacer le service métro par le bus, c’est impossible. Il n’y a pas assez de bus pour le faire », a dit Philippe Schnobb. Aux heures de pointe, tous les autobus de la STM sont déjà en circulation, si bien que des véhicules doivent être retirés d’autres lignes lorsque le transporteur doit renforcer le service le long des axes du métro pendant une panne. Pas moins de 66 000 personnes transitent à l’heure de pointe matinale par Berri-UQAM, soit l’équivalent de la population de la ville de Granby.

Et une manifestation

Un autre incident a perturbé l’heure de pointe matinale hier. Vers 7 h 30, une vingtaine de manifestants ont bloqué l’accès au pont Jacques-Cartier en érigeant une clôture drapée d’une banderole. Ils souhaitaient dénoncer l’arrestation, la veille, de militants contre un projet d’oléoduc en Colombie-Britannique. Les manifestants se sont enfuis à l’arrivée des policiers, mais six ont été rattrapés et arrêtés. Ils seront accusés de méfait, en vertu du Code criminel. Si l’enquête de la Sûreté du Québec détermine que l’action a été planifiée, des accusations de complot pourraient également s’ajouter.

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