Amazonie

« La déforestation va exploser »

Les politiques du nouveau président du Brésil menacent la planète, soutient Greenpeace

La déréglementation environnementale engagée par Jair Bolsonaro, président du Brésil controversé, risque d’accélérer dramatiquement la déforestation de l’Amazonie et menace du même coup « l’ensemble de la planète », prévient Greenpeace.

Tica Minami, une militante qui coordonne une importante campagne de sensibilisation dans le pays, a indiqué hier depuis São Paulo qu’il était indispensable de préserver l’immense forêt pour espérer contrer le réchauffement climatique.

« Les mesures du nouveau gouvernement vont l’affecter directement. Or il n’est pas possible, sans la forêt amazonienne, de limiter la hausse de température sous la barre de 1,5 °C », indique Mme Minami en évoquant la cible identifiée dans l’accord de Paris pour limiter les impacts du réchauffement.

Jair Bolsonaro s’est empressé à son arrivée au pouvoir il y a dix jours de transférer au ministère de l’Agriculture la responsabilité de délimiter les territoires autochtones, qui forment une part importante de la partie protégée de la forêt amazonienne.

Il a confié le Ministère à Tereza Cristina, qui a longtemps dirigé le lobby agroalimentaire au sein du Congrès.

Le poste de ministre de l’Environnement a été attribué à un élu de l’État de São Paulo, Ricardo Salles, qui est aussi favorable au développement du secteur agroalimentaire.

M. Salles a déclaré aux médias brésiliens que le débat sur le réchauffement climatique était « secondaire » et qu’il était urgent de mettre un terme à la « prolifération d’amendes environnementales » dans le pays.

Le président Bolsonaro a déclaré que le pouvoir d’inspection et d’intervention de l’Institut brésilien de l’environnement et des ressources naturelles (Ibama) serait réduit à cette fin.

Forêt en danger

Tica Minami, de Greenpeace, note que toutes les mesures annoncées risquent de faire le jeu des grands propriétaires agricoles désireux d’élargir leurs activités en empiétant sur la forêt amazonienne. Les sociétés minières et les producteurs de bois, légaux et illégaux, y verront aussi une occasion d’étendre leurs activités.

Le prédécesseur de M. Bolsonaro, Michel Temer, avait entrepris d’assouplir certaines restrictions environnementales et l’effet s’est fait sentir rapidement sur le rythme de déforestation de l’Amazonie, dit Mme Minami.

8000 km2

Superficie du territoire qui a été rasé d’août 2017 à juillet 2018, soit le plus haut niveau observé en dix ans

« Avec les mesures de Bolsonaro, la déforestation va exploser », souligne Mme Minami.

On estime que près de 20 % de la forêt amazonienne a déjà été perdue depuis le début des années 70. Des chercheurs ont prévenu récemment qu’il est possible qu’un « point de bascule » entraînant une mutation importante de la forêt soit bientôt atteint si la tendance n’est pas inversée.

De plus en plus meurtrier ?

La représentante de Greenpeace craint par ailleurs que les réformes environnementales annoncées se traduisent par une flambée de violence.

Le Brésil, selon l’organisation Global Witness, est déjà le pays le plus meurtrier de la planète pour les militants qui travaillent à la défense des ressources naturelles. Les accrochages risquent de se multiplier à mesure que les exploitations se multiplieront.

En 2017, 57 militants ont été tués, dont 25 lors de tueries de masse. En avril, neuf villageois qui s’opposaient aux visées d’un producteur de bois sur leurs terres ont été torturés et assassinés par des tueurs à gages. La quasi-totalité des affrontements sanglants étaient liés à l’Amazonie.

Anthony Pereira, spécialiste du Brésil rattaché au King’s College de Londres, note dans une étude récente que nombre de Brésiliens ne partagent pas le point de vue de Jair Bolsonaro voulant qu’il soit impossible de concilier développement et environnement.

Un mouvement écologiste bien structuré existe depuis longtemps dans le pays et tentera de freiner les élans réformistes du nouveau président, souligne-t-il.

Des pressions pourraient aussi venir de l’extérieur, par l’entremise de pays qui vont appeler le gouvernement brésilien à respecter ses engagements passés en matière de lutte contre le réchauffement climatique.

Mme Minami pense que les campagnes orchestrées par des organisations comme le Consumers Goods Forum, un regroupement d’entreprises occidentales boycottant les producteurs contribuant à la déforestation, auront aussi une influence sur les orientations du gouvernement.

« L’enjeu ultime est de conserver une planète sur laquelle on peut vivre », relève la représentante de Greenpeace.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.