Opinion Hassan Serraji

COUPE DU MONDE DE SOCCER
Au-delà du sport

Aussi loin que je puisse remonter dans le passé, je vois mon défunt père s’émerveiller en contant l’exploit de mon pays d’origine au Mondial du Mexique, en 1970.

Non seulement le Maroc a été le premier pays africain, arabe et musulman à se qualifier aux phases finales d’une coupe du monde de football, mais il a aussi marqué l’histoire quand il a ouvert le score contre l’Allemagne, la géante mannschaft du mythique gardien Sepp Maier et de l’impitoyable butteur Gerd Müller !

Comme les mômes des contrées où le foot est roi, j’ai passé le clair de mon enfance à courir derrière des ballons de fortune sur les terrains vagues de ma cité.

Avec mes amis, on se surpassait d’ingéniosité pour s’équiper modestement et organiser des tournois de quartiers. Ces parties, parfois interminables, accaparaient tout notre temps libre ou presque.

Le foot a ainsi occupé une place importante dans ma vie et celle de mes semblables. Et même si les derbys locaux déchiraient la population, les Lions de l’Atlas, l’équipe nationale du Maroc, cimentaient le peuple autour d’eux. De la sorte, le Mondial est devenu le rendez-vous par excellence tous les quatre ans.

Mon premier souvenir de cette messe du ballon rond remonte à l’été 1978, quand l’imposant téléviseur cathodique qui trônait au milieu de notre salon m’a révélé les images en noir et blanc des phases finales de la Coupe du monde en Argentine.

Le Maroc n’ayant pas été qualifié aux trois éditions qui ont suivi celle de 1970, j’ai dû attendre 1986 pour enfin voir de mes propres yeux la retransmission directe d’une partie du Maroc depuis le Mexique. Ce bonheur incommensurable s’est répété deux autres fois, aux États-Unis, en 1994, et en France, en 1998.

J’ai ainsi vécu des souvenirs inoubliables, surtout en 1986. Après deux matchs nuls contre la Pologne et l’Angleterre, les Marocains ont malmené les Portugais 3 à 1 dans un match d’anthologie pour se classer premiers devant les trois favoris de leur poule, et ainsi devenir la première équipe africaine, arabe et musulmane à passer au deuxième tour d’un mondial.

Et même si le Maroc n’arrivait pas à faire partie de l’une des messes planétaires du ballon rond, j’ai appris à m’intéresser aux sélections nationales d’ailleurs.

Dans un premier temps, je me suis logiquement rabattu sur les équipes africaines ou arabes. Ce fut le cas en 1982 en Espagne. Malgré un conflit politique qui a causé la rupture des relations diplomatiques et la fermeture des frontières entre le Maroc et sa voisine l’Algérie, l’exploit de cette dernière m’a comblé de bonheur quand elle a surclassé avec brio les Allemands dans une victoire historique de 2 à 1. Et que dire du Cameroun de Roger Milla qui a ouvert l’édition de l’Italie, en 1990, en battant la tenante du titre, l’Argentine de la pépite Maradona, avant de se propulser jusqu’aux quarts de finale ? Ou encore le Sénégal, le Ghana et le Nigeria quand ils ont dignement représenté le continent noir.

Sous le charme

Au fil des éditions, j’ai aussi élargi ma palette d’équipes préférées de partout, pourvu qu’elles ne se mettent pas sur le chemin du Maroc ! Je suis ainsi tombé sous le charme de l’Argentine de Maradona et celle de Messi, de la France de Platini et celle de Zidane, de l’Espagne de Butragueno et celle d’Iniesta, de l’URSS de Dassaev, de l’Angleterre de Lineker, de l’Italie de Rossi et celle de Schillacci, de la Roumanie de Hagi, de la Bulgarie de Stoitchkov, sans oublier le Brésil ainsi que l’Allemagne dans presque toutes leurs versions, et j’en passe.

À travers les différentes éditions du Mondial que j’ai suivies religieusement depuis 1982, pour un gamin comme moi dans sa petite ville perchée sur l’Atlas de mes aïeux, voir mes semblables tenir la dragée haute à des Occidentaux qui évoluent dans des championnats fortunés, à des années-lumière de la précarité du foot ailleurs sur notre planète, m’a convaincu que tout est possible.

Comme c’est le cas pour la plupart des millions d’amateurs de partout, la magie du ballon rond m’a aussi fait transcender les frontières, les origines ethniques, les couleurs de peau, les croyances, les idéologies et tous ces obstacles qui déchirent l’humanité depuis la nuit des temps.

Malgré la mainmise de l’argent sur le sport-roi à la faveur de plus en plus des nantis de l’humanité, le Mondial résiste, contre vents et marées, et demeure encore pour des millions de mômes un exutoire pour rêver à l’infini. Jusqu’à nouvel ordre !

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