JEAN-PHILIPPE DÉCARIE

Alain Bouchard est encore loin du crépuscule

Alain Bouchard et les trois autres cofondateurs de la chaîne de dépanneurs Couche-Tard n’ont pas jeté l’éponge et souhaitent toujours faire modifier la « clause crépusculaire » de la convention d’actionnaires qui pourrait leur faire perdre le contrôle de l’entreprise d’ici cinq ans.

Au cours de l’assemblée annuelle des actionnaires d’Alimentation Couche-Tard, qui se déroulait hier à Laval, le président exécutif du conseil de la multinationale des magasins dépanneurs a tenté de rassurer un actionnaire inquiet de constater que l’entreprise pourrait éventuellement passer sous contrôle étranger.

On le sait, les quatre fondateurs de Couche-Tard – Alain Bouchard, Jacques d’Amours, Richard Fortin et Réal Plourde – possèdent ensemble 22,7 % des actions de Couche-Tard, qui leur assurent, en raison du jeu des actions à droit de vote multiple, 60 % du contrôle de la société.

Une « clause crépusculaire » inscrite aux statuts de l’entreprise – « Ça n’a pas été ma meilleure décision », a précisé Alain Bouchard – prévoit que la dualité de classes d’actions disparaisse le jour où les quatre fondateurs auront atteint l’âge de 65 ans, ce qui sera le cas dans cinq ans exactement.

Pour modifier ainsi les statuts constitutifs de Couche-Tard, les fondateurs devaient obtenir l’assentiment de 66 % des autres actionnaires du groupe, un appui qu’ils ont été incapables d’obtenir, notamment de la part de certains gros investisseurs institutionnels, dont les fonds Fidelity.

« Les fondateurs sont encore très préoccupés par la question, mais on n’a pas fait de relance auprès de nos actionnaires. Mais on regarde les possibilités de prendre un autre chemin [pour arriver à nos fins]. »

— Alain Bouchard, président exécutif du C.A. d’Alimentation Couche-Tard, durant l’assemblée

En conférence de presse, Alain Bouchard n’a pas voulu préciser de quel chemin il s’agissait au juste. Il est tout simplement resté muet devant toutes les relances sur cette voie alternative qui pourrait permettre au groupe de fondateurs de conserver le contrôle de l’entreprise au-delà des cinq prochaines années.

Cela dit, le principal actionnaire de Couche-Tard s’est montré beaucoup moins pessimiste qu’il ne l’a déjà été quant à une éventuelle dilution du groupe de contrôle composé des quatre fondateurs de la multinationale.

Avec une capitalisation boursière de 37 milliards US, Couche-Tard est devenue un énorme morceau à avaler, convient-il. De plus, l’entreprise peut compter sur l’appui de gros actionnaires qui pourraient faire bloc avec les quatre fondateurs contre une éventuelle tentative de prise de contrôle.

Ce qui inquiète toujours Alain Bouchard, c’est qu’une situation comme celle de 2008, lorsque l’action de Couche-Tard est tombée de 30 $ à 10 $ dans la foulée du krach boursier, se répète et rende alors le groupe vulnérable à une prise de contrôle hostile.

Mais avant même de prendre un chemin alternatif pour éventuellement modifier la « clause crépusculaire », Alain Bouchard souhaite rencontrer certains investisseurs importants qui auraient révisé leur position au sujet des actions à droit de vote multiple.

« Beaucoup de gros actionnaires ont cédé leurs droits de vote à une firme qui s’occupe des règles de gouvernance et qui vote de façon très stricte », souligne le président exécutif du conseil.

ENCORE LA CROISSANCE

Chose certaine, Couche-Tard n’a pas, encore cette année, déçu ses actionnaires. Comme à son habitude, l’entreprise a multiplié les acquisitions tout en générant une robuste croissance organique.

Durant le dernier exercice, Couche-Tard a ajouté 654 magasins à son réseau mondial, en réalisant l’acquisition du groupe Topaz, en Irlande, de 277 sites Esso en Ontario et au Québec ainsi que de 286 sites Shell au Danemark.

Au mois d’août dernier, Couche-Tard a aussi annoncé la plus importante acquisition de son histoire en complétant le rachat de CST Brands, qui chapeaute un réseau de 2100 succursales en Amérique du Nord, dont 533 au Canada exploitées sous les enseignes Ultramar-Dépanneur du coin.

Comme si cela ne suffisait pas, Couche-Tard a aussi récemment annoncé l’achat de 53 sites Cracker Barrel en Louisiane. Le groupe a aussi mis en branle son offensive d’homogénéisation de toutes ses enseignes sous la grande marque mondiale Circle K.

Fait à souligner, Alain Bouchard, à qui certains ont toujours reproché de rémunérer de façon minimale les employés de ses dépanneurs, n’est pas contre l’idée de hausser le salaire minimum à 15 $ l’heure.

« C’est une question de marché. Si des États décident de fixer le salaire minimum à 15 $, on va vivre avec, puisqu’on va transférer la hausse aux consommateurs. Si l’effet est généralisé, l’effet devient nul », constate, philosophe, Alain Bouchard.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.