Policier

Le meilleur du polar

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Notre choix

Descente dans les enfers du sexe !

Le commandant Corso, l’étrange et inquiétant antihéros de La terre des morts, un thrilller époustouflant de Jean-Christophe Grangé, est un flic atypique, un ancien délinquant écorché vif, en instance de divorce, qui a été retiré jadis de son milieu pourri par l’actuelle cheffe de la Brigade criminelle qui l’a pris sous son aile. Pour enquêter sur les meurtres horribles de plusieurs strip-teaseuses, Corso doit plonger dans l’univers déviant des méandres du porno, du bondage et de la perversité là où des pratiques sexuelles pour le moins surprenantes font des préceptes du Kāma Sūtra de chastes conseils pour midinettes. Son principal suspect est un redoutable ex-détenu condamné pour meurtre et viol, un débauché de la pire espèce devenu un peintre renommé. Est-il le meurtrier recherché ? Corso en est persuadé, mais encore faut-il le prouver… Dès lors, c’est un duel sans merci qui s’engage entre les deux hommes. Malgré quelques scènes de violence, à la limite du supportable, ce thriller mené à un train d’enfer est un des meilleurs de cet auteur qui a déjà eu la fâcheuse habitude de rater ses dénouements. Cette fois, la finale de cette intrigue cauchemardesque est aussi saisissante que le reste de ce récit que le lecteur a du mal à lâcher.

Extrait

« Tuer deux hommes en une nuit – ses sixième et septième en dix-huit années de service –, ce n’était pas rien. D’ordinaire, pour digérer un tel traumatisme, il suivait un rituel : il filait à Saint-Jacques-du-Haut-Pas, la première église qu’il avait découverte à Paris quand il s’était enfin libéré de sa banlieue, et il implorait le pardon de Dieu.

Bien que flic, bien que conscient de l’omniprésence du mal en tout homme, il ne démordait pas de sa vision optimiste du cosmos, incluant une cinquième force fondamentale : l’amour. Voilà pourquoi, dans le silence de la paroisse chargée d’encens, il se livrait à un auto-exorcisme après que le sang eut coulé. »

Critique

CHASSE À L’HOMME AU KENYA

Là où meurent les rêves est le premier polar de l’écrivain américain Mukoma Wa Ngugi. L’action commence à Madison (Wisconsin), lorsque le cadavre d’une jeune femme blonde est trouvé devant la porte de Joshua Hakizimana, militant africain pour la paix, qui a sauvé la vie de centaines de personnes pendant le génocide rwandais. Le héros serait-il un vulgaire assassin ? L’affaire fait grand bruit à cause des tensions raciales locales. Elle est confiée à l’inspecteur Ishmael, rare Afro-Américain dans le coin. Puisque l’identité de la victime est inconnue, l’enquête piétine jusqu’à ce qu’un appel anonyme suggère à l’enquêteur de rechercher la vérité au Kenya. Commence alors une expédition périlleuse en terre inconnue, dans une région encore meurtrie par le génocide. Aidé par David Odhiambo, alias O., de la police locale, il se lance sur les traces du tueur dans les bidonvilles de Nairobi. Mais la traque s’avère plus périlleuse, plus terrifiante que prévu, et les deux complices doivent affronter des ennemis coriaces, prêts à tuer pour empêcher la découverte de la vérité. Riche en action, avec ce qu’il faut de détails pittoresques, ce récit passionnant est le premier épisode d’une nouvelle série plus que prometteuse.

EXTRAIT

« Il est toujours difficile d’échapper à une lame. Le plus important, c’est l’endroit de la blessure et sa profondeur. Donc ce qu’il faut avant tout, c’est protéger ses poignets et ses organes vitaux. Les coups portés ailleurs seront sans gravité. Par chance, l’homme était beaucoup plus petit que moi. Après ce premier assaut, je parvins à l’empoigner de façon à ce qu’il ne puisse me blesser que superficiellement à l’épaule.

Incapable d’attraper son arme, je le forçai finalement à lever le couteau au-dessus de nos têtes, m’avançai vers lui et lui filai un coup de genou dans le ventre. Il se plia aussitôt en deux. »

Critique

HARRY BOSCH REPREND DU SERVICE

Retraité de la police de Los Angeles, Harry Bosch reprend du service comme inspecteur de réserve au San Fernando Police Department. Avec ses collègues, il tente de mettre la main sur un violeur en série. Par ailleurs, à titre d’enquêteur privé, il travaille sur une autre affaire : un magnat de l’industrie aéronautique, qui sent sa mort prochaine, souhaite savoir s’il a un héritier. Dans sa jeunesse, sous la pression de sa famille, il a dû quitter sa petite amie enceinte. Mais cette quête d’un éventuel descendant qui toucherait l’essentiel sinon toute la fortune du milliardaire n’est pas du goût de tout le monde. Les recherches de Bosch vont s’avérer plus dangereuses que prévu. Si cette partie du récit est passionnante à suivre, avec son lot de surprises et de rebondissements, il en est tout autrement pour la traque du violeur, résolue presque par hasard. Pas de brillantes déductions à la Sherlock Holmes, mais un bon coup de pouce de la Providence et l’affaire est dans le sac. Michael Connelly est toujours un excellent conteur, mais on notera tout de même que dans une partie de son roman – affligé du titre médiocre de Sur un mauvais adieu –, il cède parfois à la facilité et que son Bosch vieillissant a un peu perdu de sa superbe et de son mordant !

Extrait de Sur un mauvais adieu

« Après avoir quitté le commissariat, Bosch prit le Harbour Freeway et repensa à l’affaire Whitney Vance. Qu’il n’ait trouvé aucune date de naissance ou autre renseignement sur Vibiana Duarte dans la base de données du DMV était décevant, mais pas plus qu’un petit revers temporaire. Il se dirigeait vers le sud et Norwak où se trouvait la mine d’or de son voyage dans le temps : le service de santé publique du comté de Los Angeles où, inspecteur des affaires non résolues, il avait passé tellement d’heures aux archives qu’il savait exactement comment les employés aimaient leur café. Il avait confiance : c’était là qu’il pourrait répondre à certaines questions sur Vibiana Duarte. »

Critique

CAS DE CONSCIENCE

Les chiens de chasse, de Jorn Lier Horst, est le deuxième polar de la série mettant en vedette l’inspecteur William Wisting et sa fille Line, journaliste, déjà rencontrés dans Fermé pour l’hiver (Série noire, 2017). Cas de conscience pour l’inspecteur : Rudolf Haglund, incarcéré depuis 17 ans pour l’enlèvement et le meurtre de la jeune Cecila Linde, a recouvré la liberté et son avocat affirme qu’il est en mesure de prouver que son client a été condamné sur la base d’indices falsifiés. Provisoirement relevé de ses fonctions, Wisting (il était responsable de l’enquête) va reprendre tous les éléments du dossier pour tenter de faire la lumière sur cette affaire et découvrir les éventuels responsables de la manipulation des preuves. Car le policier reste persuadé que Haglund était coupable. Pendant ce temps, sa fille Line s’intéresse à une affaire de meurtre. Or, il s’avère que la victime, Jonas Ravneberg, avait des liens avec Haglund… Les chiens de chasse est un polar de procédure policière très classique qui a remporté plusieurs prix prestigieux. Ancien inspecteur de police, l’auteur connaît bien les ficelles du métier, ce qui contribue au réalisme de son intrigue qui se lit avec plaisir malgré quelques coïncidences un peu forcées.

Extrait des Chiens de chasse

« Wisting jeta un coup d’œil sur la feuille posée sur le siège passager. Il avait un nom. Il savait qui avait fabriqué la fausse preuve contre Haglund. Mais ce n’était pas un élément qui tiendrait face à des juges. Offrir une cigarette à Haglund en garde à vue pouvait passer pour un geste normal, et rien n’attestait que c’était précisément ce mégot-ci qui avait été échangé contre l’échantillon A-3. Cependant, pour Wisting, il n’y avait pas l’ombre d’un doute. À la lumière du nom qu’il avait trouvé, tout s’éclairait, mais cela ne lui facilitait pas la tâche, loin de là. »

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