Festival de Cannes 

Cure de jouvence à 1 milliard pour les hôtels

Vieillissante, l’hôtellerie cannoise a inversé la tendance en 10 ans : environ 1 milliard de dollars ont été investis et les établissements quatre ou cinq étoiles qui chouchoutent les vedettes pendant le festival de cinéma auront bientôt tous fait peau neuve. Coup d’œil avant l’ouverture du festival, demain.

Emblématique de ce coup de jeune, le Carlton, avec sa façade classée Belle Époque, a encore plusieurs années de travaux de rénovation et d’agrandissement devant lui, avec au passage la construction d’appartements qui seront proposés à la vente.

Propriété qatarie depuis 2014, l’hôtel pourrait voir sa facture grimper jusqu’à 453 millions de dollars, selon Michel Chevillon, président du Syndicat des hôteliers de Cannes (133 établissements).

Il fait le compte : le Radisson Blu a rouvert après travaux en 2009, le Marriott la même année, le Majestic en 2010, le Grand Hôtel en 2013, le Gray d’Albion en 2017, le Martinez en 2018 et le Croisette Beach en 2019.

Ces hôtels de luxe ont tous été rénovés, restructurés, agrandis : « Si on ajoute la petite hôtellerie indépendante qui investit tout au long de l’année et qui représente la moitié des 5500 chambres, on n’est pas loin du 1,5 milliard de dollars sur la décennie, assure M. Chevillon. Pour une petite ville de 70 000 habitants, c’est rare ! »

Rare, mais nécessaire, car l’hôtellerie est le premier employeur privé de Cannes : 2750 emplois directs, 20 000 dans l’ensemble de l’hôtellerie-cafés-restauration.

« On s’était un peu endormis. Il n’y avait pas une baisse de fréquentation, mais une baisse de la satisfaction de la clientèle. Et puis sont arrivées des chaînes internationales. Pour être sûrs de garder nos parts de marché, il fallait nous mettre au goût du jour. »

— Michel Chevillon, président du Syndicat des hôteliers de Cannes

Le Martinez, le plus gros hôtel de Cannes avec 409 chambres, a rouvert il y a un an « après un chantier colossal et inédit à 226 millions de dollars », selon sa direction qui a tout fait refaire, jusqu’aux canalisations.

Le Majestic, dont la plus belle suite se loue 51 300 $ la nuit en été, s’est doté d’une nouvelle aile et a embauché 40 personnes supplémentaires.

« Pompes à cash »

« Ces travaux, c’est une très bonne affaire pour ces hôtels qui sont des pompes à cash », observe Ange Romiti, responsable du syndicat CGT. Grâce aux rénovations, le Majestic est passé de 68 à 124 millions de chiffre d’affaires de 2010 à 2018. « Il faut voir cela plus largement : ça a coûté beaucoup d’argent aux contribuables pour embellir la Croisette, les rues adjacentes, etc., et tous ces propriétaires d’hôtels en bénéficient », ajoute M. Romiti.

Selon lui, cela profite moins aux salariés, avec une pression généralisée pour augmenter la rentabilité à coups de contrats courts, de saisonniers et d’extras : « La réglementation n’est pas respectée », affirme-t-il. En 2016, en plein Festival de Cannes, la CGT avait organisé une manifestation, vite écourtée par la police.

Une mine d’or pour les petits hôtels aussi

« Le Festival ? C’est une mine d’or », s’enthousiasme le réceptionniste d’un hôtel. Pour beaucoup de Cannois, le Festival du film représente une manne financière considérable. « Pour mon patron, le Festival, c’est la poule aux œufs d’or », insiste Hervé, employé dans un hôtel deux étoiles situé à quelques mètres de la Croisette. « Pour preuve, une chambre commercialisée à 60 $ grimpe à 392 $ pendant le festival », argumente-t-il. À quelques mètres, un confrère trois étoiles multiplie par cinq le prix des chambres durant le célèbre événement.

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