VIRÉE DES GALERIES Francine Savard

En passant par Guido…

Inspirée du titre d’une œuvre de Guido Molinari, l’exposition Multi noirs, 1997-2014 est présentée à la Fondation Guido Molinari. L’occasion d’un bain rafraîchissant dans la couleur qui a inspiré tant d’artistes, de Borduas à Soulages, et de retrouver le langage de Francine Savard à travers des œuvres qui jalonnent sa carrière.

Sans être une disciple de Molinari, Francine Savard ne renie pas cet héritage. « Ce n’est pas quelque chose que l’on prend avec soi, dit-elle. C’est quelque chose que l’on trouve dans son travail à un moment donné. Et on se dit alors : “Ciel, que je suis Québécoise ! Il y a donc du Moli dans ça !” Mais quand on les sortira de ce contexte, ces tableaux vont redevenir du Savard ! » 

En tout cas, les murs blancs de la salle principale de la Fondation Guido Molinari accueillent avec joie… les noirs de Francine Savard. Joie, vraiment ? Oui, car Francine Savard s’est associée aux deux piliers de la fondation (Gilles Daigneault et Lisa Bouraly) pour donner un coup de chapeau au prince de l’abstraction géométrique tout en profitant de la topologie des lieux pour présenter quelques œuvres des séries des 18 dernières années.

Ces œuvres ont déjà généré leur propre discours, mais distillent – sous l’œil virtuel d’un Guido Molinari qu’on croirait voir sortir de son atelier – une tout autre lecture. Et sont-ce des noirs ? Pas vraiment. Ses Suites # 57, # 89, # 54, # 53 et # 80 – créées, avec quatre autres, en 2005 et exposées alors chez René Blouin – se succèdent sur le mur principal de la salle. On y perçoit des objets graphiques plus qu’une couleur. Logique : Francine Savard est aussi designer graphique…

DES NOIRS QUI N’EN SONT PAS

Mais en examinant de plus près ces cinq formes nées d’un regard photographique porté sur de simples boîtes en carton lors d’un « événement d’atelier », on constate qu’elles ne sont pas noires. Ces « multi noirs », que Francine Savard a créés comme si elle voulait « puncher » dans le mur, ont de très légers reflets brun, violet, bleu et vert ajustés de telle sorte que les cinq formes sont à la fois concordantes et différentes.

Parmi les autres œuvres, on retrouve une bibliothèque contemporaine ou une réserve muséale – c’est selon – dans son Musée imaginaire (1997), mais aussi Partitions (2007), avec son langage fragmenté et chaotique, ainsi que les quatre œuvres Et, Ou, Si et Mais, qui parlent du texte et du sens qu’on se fait de la vie et qu’on exprime alors par les mots : « Il fait beau, mais il pleut ». Et pourquoi pas « Il fait beau et il pleut » ? aurait demandé l’écrivain Yves Navarre.

Dans l’ancien coffre-fort de l’édifice, contigu à l’atelier de Molinari, Francine Savard expose Dépôt de peinture, photographie d’un fond séché de pot de peinture. « Une ruine », comme elle le nomme. L’âme de son travail. Une ruine porteuse d’esprit. Une ruine rappelant un lac asséché, une ruine à préserver, tout comme ce coffre-fort que la Fondation recycle en espace d’art.

Enfin, en clin d’œil à l’œuvre Multi-blanc de Guido Molinari, dans laquelle elle avait perçu la présence d’une carte géographique, Francine Savard a créé Multi-noir, 2014, une œuvre en forme de plan urbain qui reprend, en noir et en blanc, celle des rues et des maisons du quartier de la Fondation. 

GOGUEN/MOLINARI

Avant de quitter la Fondation, il faut monter à l’étage pour voir l’exposition Goguen/Molinari, dessins 1955-1959. Quand on regarde de loin les dessins en noir et blanc de ces deux artistes, la complicité entre Jean Goguen (1927-1989) et Guido Molinari (1933-2004), pour ces seules œuvres, semble à la limite du mimétisme. Comme le dit Gilles Daigneault, directeur de la fondation, on a l’impression qu’ils peignaient côte à côte. Jean Goguen n’avait jamais exposé ces expérimentations graphiques des années 50 de son vivant. Une mise au jour qui tombe bien avec cette mini-rétrospective consacrée au génie de Francine Savard.

À la Fondation Guido Molinari (3290, rue Sainte-Catherine Est) jusqu’au 26 avril

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