INTERNATIONAUX D’AUSTRALIE

Un tableau des plus relevés en lever de rideau

Pas moins de 11 joueuses peuvent aspirer au premier rang mondial cette année à l’Open d’Australie, alors que chez les hommes, le trio Federer-Nadal-Djokovic semble plus « fragile ». Le tournoi pourrait aussi sourire aux Canadiens, avec le retour en forme d’Eugenie Bouchard, la percée de Bianca Andreescu et la présence parmi les têtes de série de Milos Raonic et Denis Shapovalov.

un dossier de michel marois

Bouchard et Andreescu veulent causer la surprise

On l’a entendu souvent récemment : Eugenie Bouchard est de retour. Après plusieurs saisons difficiles, la joueuse de 24 ans a redressé la barre et elle joue actuellement à un bon niveau.

« Elle connaît enfin un bon départ, cette année », a rappelé l’Américaine Chris Evert, analyste à la télévision, cette semaine en conférence téléphonique, en faisant allusion aux performances de Bouchard à la Classique ASB d’Auckland, il y a quelques jours en Nouvelle-Zélande.

Battue en quart de finale en simple (par la future championne Julia Görges), championne en double (avec l’Américaine Sofia Kenin), la Canadienne a amorcé la nouvelle saison de façon prometteuse.

« Je l’ai vue s’entraîner l’hiver dernier à Boca Raton [Floride], a souligné Evert. Elle travaillait vraiment fort, aussi bien en gymnase que sur les courts. Elle semble mettre un peu plus d’enthousiasme dans son travail, un peu plus d’énergie, de l’énergie positive, dans son jeu, dans son attitude.

« Je pense aussi qu’elle est moins craintive qu’elle l’était au cours des deux ou trois dernières années, qu’elle retrouve un peu du plaisir à jouer et à compétitionner. »

« En fait, je pense qu’elle commence à devenir un peu plus mature et, oui, c’est vrai, de bonnes choses pourraient arriver à Genie Bouchard cette année. »

— Chris Evert, ex-joueuse et analyste

Tout le monde a noté la meilleure forme physique de la Canadienne, en grande partie attribuable au retour à ses côtés du préparateur physique Scott Byrnes, qui était là en 2014, l’année de tous ses succès. L’arrivée de l’entraîneur Michael Joyce (ex-entraîneur de Maria Sharapova, Victoria Azarenka et Johanna Konta) semble aussi avoir eu un impact positif sur le jeu et surtout la confiance de Bouchard.

Cela dit, il convient de rester réaliste, comme l’a rappelé Patrick McEnroe, analyste au réseau ESPN, cette semaine : « On se souvient qu’elle a explosé sur la scène du tennis avec cette année exceptionnelle, en 2014, avant de reculer de façon assez dramatique. Toute l’attention, les médias, la gloire, la pression, le fait aussi que son jeu est assez unidimensionnel, tout cela l’a frappée en même temps et elle a eu de la difficulté à s’adapter.

« C’est bien de la voir de retour en forme. Comme Chrissie [Evert] l’a dit, elle semble dans un bon état d’esprit actuellement et elle travaille de toute évidence très fort pour progresser. De façon réaliste, alors qu’elle est autour du 80e rang mondial, elle peut peut-être grimper jusqu’au top 30 d’ici la fin de l’année.

« Je crois toutefois que, lorsqu’elle a réussi cette poussée jusqu’au top 5 [fin 2014], ce n’était pas réaliste de penser qu’elle allait y rester. On l’a d’ailleurs vite constaté au cours des saisons suivantes. Mais ce n’est pas davantage normal de la voir au-delà du top 50 et je crois qu’elle y sera de retour d’ici la fin de l’année. »

Bouchard aura toutefois de la difficulté à réaliser de grands progrès au cours du prochain mois. Elle avait atteint le deuxième tour l’année dernière à Melbourne (battue par Simona Halep) et elle risque de devoir affronter Serena Williams à cette étape cette année, si elle réussit à triompher de la Chinoise Peng Shuai au premier tour.

La patience est donc de mise, mais la suite s’annonce intéressante.

ANDREESCU ENCORE SUR SON NUAGE

Étonnante finaliste du tournoi d’Auckland il y a quelques jours, avec des victoires contre Caroline Wozniacki et Venus Williams, la Canadienne Bianca Andreescu s’est qualifiée pour les Internationaux d’Australie et tentera encore de surprendre quelques favorites.

Un peu chanceuse avec un tirage qui l’a placée au premier tour face à la jeune Américaine Whitney Osuigwe (16 ans, titulaire d’un laissez-passer), Andreescu pourrait ensuite tomber sur la Lettone Anastasija Sevastova (13e), demi-finaliste à New York l’été dernier.

Qu’importe, la Canadienne semble encore sur un nuage et elle pourrait y rester encore quelques jours, au moins !

La facilité avec laquelle elle a traversé les qualifications – deux de ses adversaires se sont retirées – lui a permis de récupérer après ses huit matchs de la semaine précédente. Et, comme Bouchard, elle ne jouera son premier match que mardi (à compter de demain soir, heure de Montréal).

De bonnes conditions pour remporter un premier match en carrière en Grand Chelem.

Raonic et Shapovalov sous pression

Respectivement 16e et 25e têtes de série, les Canadiens Milos Raonic et Denis Shapovalov sont logiquement attendus au moins au troisième tour, cette année, aux Internationaux d’Australie.

L’affaire s’annonce toutefois compliquée. Particulièrement pour le premier, qui a hérité d’un tableau diabolique avec notamment un premier match contre l’imprévisible Nick Kyrgios (3-3 face à face en carrière) et un possible rendez-vous avec Stanislas Wawrinka au deuxième tour.

Demi-finaliste à Melbourne en 2016, deux fois quart de finaliste (2015, 2017), Raonic avait sombré au premier tour l’an dernier et certains commencent à penser que ses meilleures années sont déjà derrière lui.

À 28 ans, le Canadien est pourtant dans la moyenne des joueurs du top 30, mais c’est vrai qu’il y a une nouvelle génération qui prend de plus en plus de place, à commencer par Shapovalov et Félix Auger-Aliassime ici même au pays.

L’Américain Patrick McEnroe, analyste au réseau américain ESPN, estime néanmoins qu’il ne faut pas enterrer les joueurs comme Raonic, coincés entre le « Big Four » vieillissant et cette « Next Gen » dont on attend encore l’éclosion en Grand Chelem.

Raonic, Kei Nishikori, Kevin Anderson ou Grigor Dimitrov ont tous réussi de belles poussées dans les grands tournois au cours des dernières années, sans toutefois jamais aller jusqu’au bout.

« Vont-ils finir pour gagner un titre en Grand Chelem ? Je ne le crois pas, a averti McEnroe en conférence téléphonique. Mais ils ont encore les moyens de traverser la première semaine, atteindre les quarts de finale, les demi-finales, la finale même, comme Anderson l’a fait à Wimbledon l’an dernier.

« L’expérience est un atout très important en Grand Chelem. »

— Patrick McEnroe, ex-joueur et analyste

« C’est difficile de gérer ces matchs en cinq manches, les journées de congé, la pression du public et des médias. Il faut être passé par là, plusieurs fois, avant d’y être un peu à l’aise.

« Raonic possède cette expérience et il a souvent obtenu de bons résultats, avec notamment une finale à Wimbledon en 2016, sa meilleure saison. Malheureusement, il a souvent été blessé et reste fragile physiquement. »

beaucoup à prouver

À 19 ans et en pleine forme, Denis Shapovalov n’a pas les mêmes soucis que Milos Raonic, mais le deuxième joueur canadien a lui aussi des doutes à dissiper cette année à l’Omnium d’Australie.

On ne peut évidemment exiger de lui qu’il joue déjà les premiers rôles en Grand Chelem, comme son aîné, mais Shapovalov s’était arrêté trois fois au deuxième tour l’année dernière – en Australie, à Roland-Garros et à Wimbledon –, bien en deçà de ses objectifs.

Sorti à son premier match de la saison, à Auckland la semaine dernière, le Canadien est un peu à court de compétition, même s’il a défait Jack Sock dans un match de démonstration jeudi à Kooyong, près de Melbourne.

« J’ai l’impression que mon jeu est présentement exactement au même niveau que mon classement [27e]. »

— Denis Shapovalov

« J’ai l’impression d’être à ma place et d’être en mesure de rivaliser avec tous les meilleurs joueurs. Je suis très confiant en mes moyens. Je dois simplement continuer de progresser, rester concentré sur mes objectifs et travailler fort. »

Shapovalov a hérité d’un tableau relativement favorable… jusqu’au troisième tour, où il pourrait affronter le favori Novak Djokovic. Il devra toutefois se méfier, puisque la saison dernière, ce sont des joueurs moins bien classés que lui – Maximilian Marterer (70e) et Benoît Paire (47e) – qui l’ont éliminé à Roland-Garros et à Wimbledon.

Parmi les favoris des parieurs

Avec son palmarès en Grand Chelem, Milos Raonic ne peut être négligé et il est d’ailleurs le 10e favori des parieurs avec une cote de 50/1. Novak Djokovic (11/10), Roger Federer (9/2) et Rafael Nadal (9/1) sont encore en tête de liste, devant les jeunes Alexander Zverev (11/1) et Karen Khachanov (25/1). Denis Shapovalov se retrouve à égalité au 20e rang avec une cote de 100/1. Chez les femmes, si Serena Williams est encore la favorite, la Canadienne Eugenie Bouchard fait un retour sur les listes des parieurs, quand même très loin à 150/1.

Internationaux de tennis d’Australie

Sous la loupe

Le premier tournoi du Grand Chelem de la saison sera-t-il encore dominé par la vieille garde du tennis ? La liste des candidats aux titres est très longue. En voici quelques-uns.

Serena Williams

Américaine, 37 ans, 23 titres majeurs, 16e mondiale

De plus en plus avare de ses sorties depuis la naissance de sa fille Olympia, Serena est quand même toujours redoutable – à tous les points de vue –, d’autant qu’elle n’est qu’à un titre majeur du record de 24 détenu par la controversée Australienne Margaret Court. Son tableau est truffé de pièges – Simona Halep, dès le quatrième tour –, mais l’Américaine en a vu d’autres.

Naomi Osaka

Japonaise, 21 ans, 1 titre majeur, 4e mondiale

La Japonaise a vraiment explosé sur la scène du tennis la saison dernière avec un premier titre en Grand Chelem à New York. Très attendue à Melbourne, elle découvre toutefois maintenant la pression d’être la favorite et a avoué récemment, après une défaite un peu inattendue à Brisbane, qu’elle devait apprendre à mieux gérer ses émotions.

Aryna Sabalenka

Biélorusse, 20 ans, 11e mondiale

Une autre révélation de la saison 2018, Sabalenka a entrepris l’année avec un titre à Shenzhen et sera l’une des favorites à Melbourne, même si elle a hérité d’un tableau difficile. Grande et puissante, la Biélorusse peut soutenir les échanges devant toutes ses rivales, mais elle doit elle aussi apprendre à gérer la pression des matchs importants en Grand Chelem.

Ashleigh Barty

Australienne, 22 ans, 15e mondiale

En progrès constant tout au long de la dernière saison, l’Australienne sera évidemment l’une des favorites du public. Pas la plus puissante, elle compense par la constance et la variété de son jeu, bien servie par son expérience du double (elle et l’Américaine CoCo Vandeweghe ont remporté les Internationaux des États-Unis en 2018). Plusieurs favorites sont toutefois sur sa route.

Sans oublier 

Difficile de négliger le trio de tête du classement mondial, la Roumaine Simona Halep (1), l’Allemande Angelique Kerber (2) et la Danoise Caroline Wozniacki (3), d’autant qu’elles ont toutes remporté un titre majeur la saison dernière. Elles ont toutefois chacune des choses à prouver cette année à Melbourne et elles trouveront sur leur route plusieurs jeunes aspirantes douées et prêtes à les déloger.

Novak Djokovic

Serbe, 31 ans, 14 titres majeurs, 1er mondial

Après un long passage à vide, le Serbe a retrouvé son jeu l’été dernier et il a raflé les titres à Wimbledon et aux Internationaux des États-Unis, en route vers le premier rang mondial. Déjà six fois champion à Melbourne, il a connu quelques ratés récemment et devra quand même se méfier des premiers tours avec quelques matchs compliqués contre peut-être Tsonga, Shapovalov et Medvedev.

Roger Federer

Suisse, 37 ans, 20 titres majeurs, 3e mondial

Double champion en titre, Federer a toutefois marqué le pas la saison dernière après sa victoire à Melbourne et commence, à 37 ans, à montrer une certaine fragilité dans les situations tendues en fin de match. Bien reposé, il sait que l’Open d’Australie est peut-être maintenant sa meilleure chance d’ajouter un titre majeur à son glorieux palmarès.

Alexander Zverev

Allemand, 21 ans, 4e mondial

Il est encore jeune, mais Zverev tarde à confirmer son potentiel en Grand Chelem. Jusqu’ici, il n’a atteint les quarts de finale qu’une fois (Roland-Garros, 2017) et n’a franchi le troisième tour qu’une autre fois en 14 participations. Il est très doué, certes, mais certains lui reprochent une éthique de travail qui est loin de celles de Federer ou de Nadal. Un titre à Melbourne lui permettrait d’effacer bien des doutes.

Kei Nishikori

Japonais, 29 ans, 9e mondial

L’Open d’Australie est le tournoi le plus important de l’année en Asie et le retour en forme du Japonais suscite beaucoup d’intérêt là-bas. Avec un premier titre en trois ans récemment à Brisbane, Nishikori a montré qu’il avait retrouvé un bon niveau. Saura-t-il toutefois le confirmer dans un long tournoi de deux semaines et des matchs en cinq manches ?

Sans oublier 

À respectivement 22, 20 et 19 ans, le Russe Karen Khachanov (9), le Grec Dimitri Tsitsipas (15) et l’Australien Alex De Minaur (29) sont parmi les plus brillants de cette fameuse « nouvelle génération » de joueurs qui veulent remplacer le « Big Four » au sommet du classement masculin. Khachanov est sans doute le plus près d’une percée en Grand Chelem, mais les deux autres seront aussi dangereux et pourraient tomber respectivement sur Federer et Nadal au début de la deuxième semaine du tournoi.

Internationaux d’Australie  En bref

Les chaleurs extrêmes seront mieux gérées

Les organisateurs ont adopté de nouvelles règles cette saison afin de mieux protéger les joueurs en cas de chaleurs extrêmes, et ces règles risquent d’être utilisées rapidement puisque des températures de 36 °C et 37 °C sont prévues demain et mardi à Melbourne. Un indice combinant la température et l’humidité sera mesuré à plusieurs endroits sur le site du tournoi et les arbitres pourront accorder des repos prolongés et même suspendre le jeu si cet indice atteint certains niveaux. — Michel Marois, La Presse

Internationaux d’Australie  En bref

L’entrée en scène des Canadiens se fera demain

Tous les joueurs canadiens ne feront leur entrée que la deuxième journée des Internationaux d’Australie. Eugenie Bouchard (contre Peng Shuai) et Bianca Andreescu (contre Whitney Osuigwe) seront les premières en action, puisqu’elles joueront les deuxièmes matchs au programme, respectivement dans l’Arena 1573 et le court 15, probablement pas avant 21 h demain soir, heure de Montréal. Denis Shapovalov (contre Pablo Andujar) jouera immédiatement après Bouchard sur le même court, alors que Milos Raonic devra patienter jusqu’en soirée (3 h mardi matin HE) avant d’affronter le favori local Nick Kyrgios dans le Hisense Arena. — Michel Marois, La Presse

Internationaux d’Australie  En bref

Finis, les ultramarathons !

Comme à Wimbledon, les organisateurs des Internationaux d’Australie ont décidé de limiter la longueur des matchs en introduisant un bris d’égalité dans la manche décisive de tous les matchs. Les Internationaux des États-Unis utilisaient déjà le jeu décisif habituel, alors que Wimbledon va mettre en place cette année un jeu décisif quand les joueurs seront à égalité 12-12 dans la manche ultime. En Australie, le jeu décisif sera joué à 6-6, mais le vainqueur sera le premier à atteindre 10 points, au lieu des 7 points habituels. On ne risque donc plus d’assister à des ultramarathons, mais il convient de rappeler que le match le plus long de l’histoire à Melbourne – la finale de 2012 remportée par Novak Djokovic devant Rafael Nadal – avait duré 5 heures 53 minutes sans même aller au-delà de 6-6 dans la manche décisive. Le pointage : 5-7, 6-4, 6-2, 6-7 (5) et 7-5 !

— Michel Marois, La Presse

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