Histoire de cour

Tout le monde dehors !

Douze membres de la même famille. Une cour. Une oasis où grands-parents, parents et enfants se retrouvent avec plaisir, en plein cœur de Verdun.

UN DOSSIER DE DANIELLE BONNEAU et d’Olivier jean

En famille dans la cour

Une cour à l’arrière de deux triplex jumelés, à Verdun, a subi une transformation extrême. Le but ? Créer différentes zones où les 12 membres de la famille, qui habitent quatre des six logements, pourront se retrouver spontanément.

« Cela marche », s’est dit Stephanie Mitchell, le premier beau jour du printemps, lorsqu’elle a regardé par la fenêtre et a vu ses deux filles prendre le thé, confortablement assises dans le coin salon.

Ce tête-à-tête impromptu lui a fait plaisir. Car c’est exactement ce qu’elle cherchait à provoquer quand elle a commencé à imaginer la cour autrement, il y a deux ans, avec son conjoint, Alain Tassé. « On voulait un espace pour créer des souvenirs, pas juste de fêtes de famille, mais aussi de cafés pris ensemble le matin ou de verres de vin le soir », explique-t-elle.

« J’aime la façon dont la cour est utilisée. Il y a de la place. Des fois, nous sommes tous réunis, mais pas toujours. Nous pouvons être dehors en même temps, sans être nécessairement ensemble. »

— Stephanie Mitchell

À eux deux, les propriétaires ont cinq filles. Seule la plus jeune, Simone, n’habite pas sur les lieux. Le couple demeure avec Alexandra au rez-de-chaussée du premier triplex, acheté en 1992. Au-dessus vivent Jessica, son fils Félix et son conjoint Alexandre. Annie et son conjoint Mikhael ont emménagé, quant à eux, dans l’appartement situé au dernier étage. Jaya, son conjoint Pierre-Luc et leurs enfants Rébéka et Alec occupent, par ailleurs, le rez-de-chaussée du triplex adjacent, acquis en 2010.

Plus grande envergure

Stephanie Mitchell et Alain Tassé avaient déjà entrepris des démarches auprès de l’entreprise Réflex Paysage quand le triplex dans lequel ils habitent a été lourdement endommagé par un incendie, en novembre 2016. Vers la même période, le père de Mme Mitchell est mort. Ces deux facteurs ont contribué à faire évoluer leur réflexion, les amenant à donner une plus grande ampleur à leur projet.

Ils ont préféré attendre la fin des travaux à l’intérieur avant de tourner leur attention vers l’extérieur. L’aménagement de la cour a été terminé le 20 octobre dernier. La famille en profite donc pour la première fois cet été.

« Nos petits-enfants sont enchantés, souligne Mme Mitchell. Ils ont pris possession de la cour avec leurs amis, tout en étant très respectueux. »

Ses zones préférées ? « Le coin salon, pour corriger des examens, lire, jaser, prendre un verre, énumère l’enseignante. J’aime aussi le coin pour manger, avec la pergola et les lumières suspendues. »

Elle essayait depuis longtemps d’avoir un potager, sans succès. Un immense garage, qui donnait sur la ruelle et qui a été enlevé il y a deux ans, projetait beaucoup d’ombre. Le sol, par ailleurs, n’était pas assez riche.

Tout cela est chose du passé. Fines herbes et légumes prennent de l’expansion dans de grands bacs, qui contribuent à verdir l’espace. « Chaque jour, je fais le tour pour regarder ce qui pousse, souligne-t-elle en montrant fièrement son premier piment. C’est tellement facile ! » Elle s’occupe de deux des bacs, et Pierre-Luc, qui a le pouce vert, en a pris deux autres sous son aile.

Alain Tassé aime aussi beaucoup leur nouvel environnement.

« Je ressens de temps en temps le besoin d’avoir la paix, mais il ne faut pas que cela dure trop longtemps. Il y a toujours un prétexte pour se rassembler. Si on peut le faire dehors, c’est vraiment plaisant. »

— Alain Tassé

Il est patient, sachant que les vignes pousseront et que les cèdres prendront de l’expansion, pour leur procurer une plus grande intimité.

Son coin favori ? « Là où se trouve Stephanie, répond-il en riant. C’est souvent le salon, très confortable. Si elle est ici avec son tricot, je m’installe avec mon iPad pour lire. »

Ensemble, plus que jamais, ils profitent de la proximité des leurs.

Plusieurs défis à relever

Deux cours séparées

Stephanie Mitchell et Alain Tassé ont enlevé la clôture au milieu de la cour lorsqu’ils ont acheté le triplex adjacent au leur, en 2010. L’arrondissement de Verdun a exigé que la cour demeure segmentée en deux, afin qu’elle puisse être divisée de nouveau, advenant la vente d’un des deux immeubles. « Tout est réparti d’un bord comme de l’autre, indique le concepteur du projet, Dave Jean, qui dirige la réalisation des aménagements paysagers de l’entreprise Réflex Paysage, établie à Chicoutimi. La ligne de séparation est omniprésente, mais on ne peut pas la sentir. »

Îlot de verdure

« Les propriétaires ne voulaient pas de gazon, parce qu’il devenait boueux, explique Dave Jean, qui a poussé plus loin sa formation en horticulture en étudiant le design de jardin à Londres [Inchbald School of Design]. On a excavé aux endroits où on intégrait de la végétation et on a ajouté 30 cm de terre. Entre les bâtiments, où c’est ombragé, on a planté beaucoup de fougères et un arbre pour créer un mini sous-bois. Ce sera vert et luxuriant. Le potager est dans des bacs plus élevés. C’est plus facile de travailler et c’est assez performant. En jouant avec les hauteurs, c’est aussi plus dynamique. »

Différentes zones

Trois zones ont été créées sur des terrasses de bois, utilisées chacune à leur façon. La première, près de la cuisine des propriétaires, comporte une pergola. La deuxième se trouve près du logement au rez-de-chaussée du second triplex, tandis que la troisième s’avère en retrait, un peu plus loin de l’action. Pour Dave Jean, qui se prépare avec son frère Frédéric à prendre la relève de l’entreprise familiale, fondée en 1989, l’important est d’utiliser vraiment la cour. Ce que facilitent les axes de circulation sur des surfaces de bois et des pavés qui ont été récupérés.

Plus grande intimité

Des cèdres ont été plantés le long de la clôture, et des plantes grimpantes ont été intégrées pour rendre plus intime la cour, située non loin d’une rue très achalandée. « Les végétaux vont prendre plus de place avec le temps, et les arbres vont se déployer, souligne Dave Jean. On a recouvert deux des trois portes de la clôture avec du bois, pour que ce soit plus opaque. On n’a pas mis de vigne à ces endroits pour ne pas avoir de problème à ouvrir les portes. »

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