Sports

Les skateuses vers les Olympiques

Pour la première fois, le skateboard va faire son entrée aux prochains Jeux olympiques de Tokyo, en 2020. Une révolution pour ce sport issu de la contre-culture, où une communauté mondiale de femmes est prête à faire tomber les barrières d’une pratique jugée encore masculine.

Le skate est-il aussi un sport de filles ? Derrière cette question volontairement provocante se cache une vérité un peu taboue, à un an des Jeux olympiques. En effet, dans le monde des « riders » où le cool et le fun sont les deux mantras d’un art de vivre cheveux au vent, cette pratique a encore du mal à inclure les filles de façon égale.

Florent Balesta, le directeur technique de la Fédération française de roller et skateboard, est en charge des équipes de France masculine et féminine pour les prochains JO de Tokyo. Avec sa casquette de sélectionneur, il admet qu’on n’arrive pas encore à une véritable parité. « Le skate souffre un peu d’une certaine image, à tort. On travaille la question depuis 2013, avec la mise en place du collectif junior pour les filles afin de détecter celles qui ont un potentiel. » Car il faut attendre le début des années 2000 pour voir la première génération de skateuses en France, des pionnières comme Marie Dabbadie ou Emilie Rougier. 

Du talent

Deux décennies plus tard, la glisse sur le bitume devient discipline olympique où chaque pays va avoir son équipe féminine. Parmi celles qu’on pressent le mieux pour Tokyo, Shani Bru, 21 ans, championne de France dans la catégorie bowl (module de skatepark en forme de bol). « Dans les compétitions internationales, le niveau des filles ne cesse de s’améliorer, et je remarque un vrai respect des skateurs professionnels envers leurs homologues féminines », résume-t-elle. 

À 26 ans, Charlotte Hym, championne de France du street, mène de front sa thèse et les compétitions pour le ticket d’entrée à Tokyo. 

« Le business a longtemps été orienté sur les hommes, car il y avait très peu de filles. Mais c’est en train de se démocratiser et les marques de skate signent également des contrats avec des femmes. »

— Charlotte Hym, skateuse 

Les lignes seraient enfin en train de bouger à l’approche des J.O. Et pour celles qui ont envie d’en faire juste pour le fun ? « Quand j’ai commencé à me remettre au skate en 2014, après dix ans d’interruption, je ne voyais aucune fille qui pratiquait dans les skateparks », se souvient Sophie, présidente de l’association Realaxe dont le but est d’encourager les femmes à faire du skate. Chaque premier dimanche du mois, elle organise en région parisienne des « girl sessions » ouvertes à tous (filles et garçons), avec pour objectif de transmettre sa passion et de donner aux femmes davantage confiance en elles. Elles sont aujourd’hui une soixantaine à se retrouver chaque mois, un joli gang de skateuses qui grandit grâce aux réseaux sociaux. 

Cette communauté de filles qui s’éclate séduit forcément les marques de streetwear, et c’est ainsi qu’Adidas va soutenir l’association dans son prochain projet, à savoir des cours hebdomadaires pour tous les âges. 

Girl power

Sur Instagram, la communauté des skateuses militantes proclamant un girl power explose, comme les Anglaises du Nefarious Skate Crew (8 400 abonnés) ou les Américaines du Santa Cruz Lady Lurkers (15 600 abonnés). 

Il ne faut surtout pas réduire ces filles à leurs looks ultrastylés. Les messages délivrés démontrent une véritable passion pour le skate, avec l’envie de la partager et de s’entraider dans la pratique. Et ça marche. Les plus populaires sont les Californiennes du collectif Grlswirl apparu en 2018 et qui compte déjà 75 300 abonnés à travers le monde. Avec une âme profondément féministe, le groupe est né d’un ras-le-bol d’entendre des propos sexistes sur leurs planches dans les rues de Venice Beach, considérée pourtant comme « le » spot mondial de la glisse urbaine. Neuf filles décident alors de s’unir pour « rider » ensemble. 

« Notre but est d’offrir un espace sûr où les filles soient bien pour skater. Nous voulons les aider à vaincre leurs peurs afin qu’elles se sentent plus fortes et que, dans le futur, voir une femme sur un skate fasse partie de la norme », détaille Monroe Alvarez, l’une des fondatrices de Grlswirl. 

Leur rendez-vous hebdomadaire remporte un tel succès que le collectif s’affiche désormais à New York et que le gang devrait conquérir le bitume de dix prochaines villes cette année. 

Phénomène inattendu et repéré sur le circuit mondial cet été, l’âge très précoce de certaines athlètes ayant un niveau déjà redoutable, à faire pâlir leurs aînées. Elles ont entre 10 et 13 ans, font le show et impressionnent le public. Certaines ont même détrôné les légendes de la discipline, comme la star brésilienne Leticia Bufoni, éclipsée du podium des fameux X Games à Minneapolis en août dernier. La Japonaise Cocona Hiraki, 10 ans, est ainsi devenue la plus jeune athlète (hommes et femmes confondus) médaillée de l’histoire de cette compétition. Même chose à la prestigieuse Street League Skateboarding à Los Angeles en juillet, la Brésilienne Rayssa Leal a remporté le titre, à 11 ans seulement. 

En France, notre plus jeune espoir s’appelle Madeleine Larcheron, 13 ans, qui tente aussi de se qualifier pour Tokyo. Biberonnées aux vidéos de leurs idoles, avec qui elles se mesurent aujourd’hui, ces enfants futures stars du skate peuvent faire la fierté des surfeuses de l’asphalte qui ont tracé la route.

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