Retour dans les grandes ligues

Le coureur québécois Guillaume Boivin participera au Tour d’Italie le mois prochain

Fin 2015, Guillaume Boivin a fait un pari en acceptant un contrat avec une jeune équipe israélienne. Démoralisé après une parenthèse d’un an sur le circuit américain, l’ancien coéquipier de Peter Sagan dans la défunte Cannondale tenait à retourner en Europe, quitte à refaire ses preuves dans une formation de troisième division.

Deux saisons plus tard, Boivin revient dans les grandes ligues. Après avoir disputé l’Amstel Gold Race, où il a fini 52e dimanche aux Pays-Bas, il participera au Tour d’Italie, dont le grand départ sera donné exceptionnellement à Jérusalem, le 4 mai. L’équipe Israel Cycling Academy a annoncé hier la sélection du Québécois de 28 ans.

« Je suis super fier », a réagi Boivin, joint en Croatie, où il finalisera sa préparation pour le Giro en disputant le tour national à partir d’aujourd’hui.

« Quand Cannondale a fermé [fin 2014], ça n’a pas été facile pour ma carrière. Je suis retourné faire une année aux États-Unis. Je me suis battu fort pour revenir. J’ai pensé arrêter tout ça. Ma femme Catherine, ma famille et mes proches m’ont encouragé à poursuivre mon rêve. C’est vraiment grâce à eux que je me suis relevé. Depuis ce temps, c’est ce que j’ai en tête, revenir au plus haut niveau. »

« Dévouement à l’équipe »

Boivin est le quatrième membre d’Israel Cycling Academy à recevoir la confirmation de sa place pour le 101e Giro, premier grand tour de l’histoire à démarrer à l’extérieur de l’Europe. Les vétérans Rubén Plaza et Ben Hermans, neuvième de la première étape du Tour des Alpes hier, et le jeune Letton Krists Neilands, à l’attaque dans le Poggio lors du dernier Milan-San Remo, avaient reçu le feu vert la semaine dernière. Quatre autres coureurs seront annoncés plus tard.

« On a décidé d’assurer la place de “G” puisqu’il a démontré encore et encore son dévouement à l’équipe et sa volonté de faire passer le bien collectif avant ses propres ambitions », a expliqué le directeur sportif Kjell Carlström dans un communiqué.

« C’est un coureur fort et expérimenté dont nous avons besoin dans les moments décisifs sur les étapes du Giro. Je tenais à lui confirmer son poste pour qu’il puisse se détendre l’esprit et se préparer à ce défi. »

— Kjell Carlström, directeur sportif de l’équipe Israel Cycling Academy

À ses deux années World Tour avec Cannondale, Boivin a pris deux fois le départ du Tour d’Espagne. Victime d’une chute collective, il avait abandonné avant la fin de la 10e étape en 2013. L’année suivante, il s’est rendu jusqu’à Madrid, terminant neuvième de la 12e étape. À mi-parcours, il avait appris que son contrat ne serait pas renouvelé dans la foulée de la fusion de Cannondale et Garmin.

Le médaillé de bronze aux Mondiaux U23 en 2010 est revenu disputer une saison dans le circuit nord-américain avec l’équipe Optum-Kelly Benefit, remportant le titre canadien sur route cet été-là. Désabusé, il avait évoqué la retraite en marge du Grand Prix de Québec.

Plaisir retrouvé

Boivin a retrouvé le plaisir de rouler avec Cycling Academy, avec qui il a terminé septième de la semi-classique Kuurne-Bruxelles-Kuurne, en février, et découvert Milan-San Remo (47e) le mois dernier. « J’ai quand même un bon niveau, je suis toujours là, pas trop loin, capable de suivre. Ça faisait quand même longtemps que je n’avais pas couru à ce niveau. Ça m’encourage. »

Au Tour de Croatie, il sera poisson-pilote pour les deux sprinters désignés, l’Italien Kristian Sbaragli et le Norvégien Sondre Holst Enger. « On va essayer de gagner une étape et de trouver une bonne cohésion avant le Giro. »

Israel Cycling Academy, passée en deuxième division l’an dernier, est l’une des quatre formations invitées par les organisateurs du Tour d’Italie, en plus des 18 équipes du World Tour. Les trois premières étapes auront lieu à Jérusalem, entre Haïfa et Tel-Aviv et entre Be’er Sheva et Eilat.

« Ça va être gros, a prédit Boivin. Ça fera découvrir Israël à tous les coureurs et téléspectateurs. C’est une destination qui gagne en popularité, mais la plupart des gens en connaissent ce qu’ils entendent à la télé, et ce n’est pas toujours rose. Ce n’est pas vraiment la réalité d’Israël en tant que pays. J’ai passé du temps là-bas et c’est vraiment le fun à visiter. Pour nous, c’est excitant. On va être un peu comme quand les Canadiens sont en séries à Montréal… »

Troisième Québécois

Guillaume Boivin sera le troisième cycliste québécois à disputer le Giro, l’un des trois grands tours avec le Tour de France et le Tour d’Espagne. Hugo Houle, son ancien coéquipier chez SpiderTech qui roule aujourd’hui pour Astana, l’a terminé en 2015 et 2016. Dominique Rollin y a aussi participé en 2012 et 2013. Le Canadien Ryder Hesjedal l’a remporté en 2012. Trente-huitième l’an dernier, Michael Woods, grimpeur d’Ottawa aux forts liens avec le Québec, sera le leader d’EF Education First-Drapac cette année.

Dans la neige

Quand il n’est pas en course aux quatre coins de l’Europe, Guillaume Boivin a désormais son pied-à-terre chez la cycliste Karol-Ann Canuel, à Gérone, en Espagne, où ils doivent théoriquement profiter de conditions clémentes pour rouler en hiver…

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